Vivre la conversion, attendre la recréation

3° D. Avent C — (Lc 3,10- 18) « Tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins » (1,76). La mission de Jean est la dernière annonce du salut (préface II de l’Avent). Pour bien la comprendre en lisant cet évangile, il faut réintégrer les trois versets 7-8-9 qui introduisent le dialogue de Jean avec ses visiteurs. 

L’interpellation prophétique de Jean

« Jean disait aux foules qui arrivaient pour être baptisées par lui : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui expriment votre conversion ». Ce discours virulent à la foule est typique des discours prophétiques comme ceux de Sophonie, d’Isaïe, d’Ézéchiel et bien d’autres. Jean, porte-parole de Dieu annonce le temps du jugement eschatologique et la venue de son messie. C’est un appel à la conversion et à se préparer à ce jour. En soulignant que Dieu peut faire surgir, à partir de pierres vulgaires, arides et sans vie, des enfants à Abraham, il annonce déjà la portée universelle du salut, en raison d’abord de la grâce de Dieu et non de l’héritage des pères. Ainsi, Jean le baptiste (nous) invite à la conversion, (nous qui sommes) cette engeance de vipères pour devenir enfants d’Abraham, par grâce, produisant de bons fruits.

La question en retour : que devons-nous faire ?

La parole de Jean suscite alors une série de questions en rafale : que devons-nous faire ? Autrement dit : que devons-nous faire pour être trouvés justes devant Dieu et son jugement ? Le choix du public présent auprès de Jean représente donc ceux qui ressentent ce besoin vital d’être en véritable adéquation avec Dieu et accueillir son pardon par le baptême. Et cela, en dépit de leur vie-même qui les écarte du Temple et de la Loi : publicains et soldats ; autrement dit des exclus, comme aussi les bergers de la Nativité. Quant à eux, les sadducéens eux ont l’assurance du Temple et ses sacrifices ; les pharisiens ont l’assurance de la Loi de Moïse et des règles de pureté.

Écouter l’homélie

Des réponses : charité fraternelle, justice et paix

  • La première exigence de conversion (qui nous concerne tous) et destinée à la foule, est la charité fraternelle. Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas. Si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même.
  • L’autre exigence, destinée aux collecteurs d’impôt, est dans cette même ligne, et dans celle de la justice : N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé. Les collecteurs d’impôt prélevaient la somme due à Rome et s’attribuaient, en plus (selon leur désir), leur part. Ici, Jean leur demande de verser l’impôt, mais de cesser de spolier leurs compatriotes.
  • Pour les soldats, l’exigence demeure encore dans la charité et la justice afin de réorienter leur vie dans la paix : Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde. La violence dont il est question est celle des pillages et des exactions gratuites que les soldats commettaient, impunément, lors des campagnes militaires (voire en temps de paix).

Plus fondamentalement, les trois réponses de Jean renvoient chacun à ses responsabilités, notamment dans le souci de l’autre, en se refusant à toute tentation d’égoïsme, de domination, d’abus et de violence.

Derrière cette attitude, qui se refuse à toute velléité de domination, se profile déjà toute la figure de Jésus : Celui qui vient (3,16). Il annoncera un royaume de paix et non de vengeance. Il sera celui qui accueille les pécheurs, mangeant avec eux, leur offrant le pardon du Père, et cela même à ses accusateurs et bourreaux…

Et surtout : l’attente de celui qui vient recréer

Luc présente le peuple en attente. Elle concerne l’espérance dans l’avènement du jour de Dieu : le jour où le Seigneur fera justice à son peuple par la main de son Messie. Certes, la question d’attribuer à Jean le titre de Messie devient légitime. Mais, Jean annonce un autre baptême, et une autre venue. Celui qui doit venir aux attentes de son peuple sera bien supérieur à Jean, pour qui dénouer la courroie de ses sandales, signe d’hospitalité, serait trop d’honneur.

Jean évoque un baptême dans l’Esprit Saint et le feu. Avec ces deux termes, le texte suggère ainsi l’avènement du jugement de Dieu. L’Esprit Saint peut représenter, selon la tradition biblique, cet Esprit (ou souffle) Créateur de Gn 1,2 qui planait sur la surface des eaux, ou encore ce souffle du Seigneur insufflé en Adam en Gn 2,7. Quant au feu purificateur, qui vient détruire le mal, il est nécessaire à la nouveauté, à la recréation. Car le baptême qu’inaugurera le Christ sera bien un acte (re)créateur, pour chacun et le peuple. Ce sera l’œuvre même de Dieu, Père, Fils et Esprit, pour rétablir le peuple dans une nouvelle Alliance.

Soyez dans la joie. Le Seigneur est proche. La paix de Dieu gardera vos coeurs.