Proclamation inaugurale à Nazareth

3è D TO C — (Lc 1,1- 4 ; 4,14- 21)

Le temps du jeûne au désert est terminé, celui de la mission en Galilée s’ouvre. L’évangéliste Luc place la toute première scène, lors d’un sabbat à la synagogue de Nazareth. Ce lieu et ce moment choisi servent à l’inauguration et l’annonce solennelles d’un temps nouveau : l’aujourd’hui du Christ.

Dans la puissance de l’Esprit, à Nazareth, un sabbat

Luc ne semble pas s’embarrasser de préliminaires et présente d’emblée la renommée de Jésus en Galilée, sans nous en dire plus. L’évangéliste souligne cette puissance de l’Esprit, accompagnant Jésus, annoncée par Jean-Baptiste (« lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu », Lc 3,16), qui manifeste l’avènement des derniers temps. Or cette renommée de Jésus est particulièrement liée à sa prédication, à sa Parole. Tous font son éloge.

Jésus retrouve, humblement, sa petite bourgade natale, lieu de l’annonciation. Luc présente Jésus comme un habitué de la synagogue. Il s’est nourri, a grandi, a mûri dans la foi d’Israël et la prière de ses pères. Comme tout bon croyant, il rejoint sa communauté, à la synagogue, pour l’ouverture du sabbat.

Le sabbat n’est pas seulement un jour chômé pour imiter le repos de Dieu. Dans la Loi, il est lié à deux manifestations divines. 1 — La première concerne le repos du Créateur qui, est aussi la consécration du temps (cf. 7ème jour, Gn 2,1- 4a). Le sabbat devient alors un signe de l’alliance perpétuelle entre Dieu et son peuple (Ex 31,16). 2Dans le décalogue du livre du Deutéronome, le même sabbat est associé à l’événement de la sortie d’Égypte (Dt 5,15). Le sabbat célèbre ainsi Dieu délivrant son peuple de toute servitude. Lié à l’Alliance perpétuelle, le sabbat ne célèbre pas seulement un passé (création ou exode) mais aussi un avenir : celui d’une création renouvelée et d’une délivrance attendue, dont la célébration du sabbat est le signe.

La proclamation solennelle

Jésus, comme à son habitude, se lève pour la lecture d’un passage du livre d’Isaïe. L’évangéliste insiste sur cette démarche liturgique par la succession des gestes : Jésus se lève, on lui remet le livre, il l’ouvre… puis il le referme, le redonne et s’assoie. Ce qui peut apparaître comme des détails donne au texte une réelle solennité. Le passage ainsi proclamé prend toute son importance. Jésus est lui aussi, serviteur de la Parole de Dieu. Et tous, à son écoute, ont « les yeux fixés sur lui » (4,20).

Jésus lit un passage du livre du prophète Isaïe (Is 61,1-3a). Le prophète annonce la venue du Messie, celui qui a reçu l’onction, aux temps derniers, venant délivrer son peuple de son aveuglement et de toute injustice… L’année favorable renvoie aux années jubilaires décrites dans le livre du Lévitique (Lv 25, voir aussi : Ex 21,2 ; Dt 15,12 ; Jr 34,14). Tous les sept ans, ainsi qu’à la 50ème année, les fils d’Israël étaient invités à effacer les dettes de leurs frères, à libérer leurs esclaves hébreux, à offrir à la terre un repos de jachère. Ces années de faveur avaient pour but de rendre justice à la manière de Dieu sur la terre d’Israël dans un esprit de communion et de libération. Il est bon de le rappeleren 2025 où nous célébrons un jubilé 1 centré sur l’espérance..

Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture en vos oreilles

C’est le commentaire le plus court, que seul Jésus pouvait faire. Il s’y présente comme l’Alpha et l’Oméga, l’accomplissement des Écritures. Jésus s’affirme ici comme l’envoyé, consacré et oint par le Seigneur, qu’on appelle Messie ou Christ. Il est bien Celui sur qui l’Esprit repose.

Mais quel est cet aujourd’hui, mot fétiche de Luc ? C’est l’aujourd’hui d’un Sauveur qui nous est né (2,11), l’aujourd’hui du riche publicain Zachée chez qui Jésus veut demeurer (19,5) et l’aujourd’hui du larron en croix qui sera avec Lui dans le paradis (23,43).

Le programme de cet aujourd’hui, c’est l’annonce d’une bonne nouvelle (évangile) aux pauvres et l’accomplissement d’une œuvre de libération pour tous ceux qui l’accueillent dans la foi.

Jésus vient apporter la liberté des Fils heureux dans la maison du Père. Il ne nous demande qu’une chose : garder « les yeux fixés sur lui », qui baptise dans l’Esprit, et écouter la Parole vivante.

1Site du Jubilé https://www.iubilaeum2025.va/fr.html