Où donc est le corps ?

Vigile pascale C – (Lc 24, 1-12)

L’évangéliste Luc aussi, tout comme Jean, est un rédacteur très précis de son évangile. Son chapitre 24 est une lente progression, depuis la découverte du tombeau vide, jusqu’à l’Ascension. La place de Pierre est mise en valeur au détriment de celle des femmes. Et l’insistance sur le CORPS de Jésus est assez évidente.

La découverte du tombeau ouvert

Le récit de Luc met en contraste les deux décou­vertes des femmes : elles trouvent la pierre enlevée mais elles ne trouvent pas le corps. Le corps de Jésus a été enlevé par une résurrection. Ce contraste entre la découverte du tombeau ouvert et la non-découverte du corps de Jésus trouve son parallèle dans Luc 24, 12, où Pierre voit les bandelettes mais pas le corps. Lorsque les femmes, puis Pierre, voient l’intérieur du tombeau, il et elles sont déconcerté(e)s (24, 4a. 12 b) : ce trait illustre que le tombeau vide ne conduit jamais à la foi en la résurrection mais uniquement à l’émer­veillement pour les uns,et à la stupéfaction pour beaucoup.

Ne pas s’étonner, mais se rappeler

Luc résiste à appeler ces hommes des « anges ». Dans Luc 24, 5, les femmes sont simplement effrayées et BAISSENT LE VISAGE vers la terre. Quelle posture ! Et lorsque les « hommes » parlent, leur question « Pourquoi cherchez-vous LE VIVANT parmi les morts ? » (Lc 24, 5) indique le caractère infructueux de leur recherche et signale que Jésus est vivant1.

Les « hommes » dans le tombeau disent aux femmes de SE RAPPELER ce que Jésus leur a dit quand il était encore en Galilée, car elles ont accompagné Jésus en Galilée. Durant le ministère de Jésus, ses disciples n’ont pas compris ce qu’il voulait dire en prédisant sa souffrance, sa mort et sa résurrection. Mais maintenant, au tombeau vide, tout commence à devenir plus clair. Se rappeler ce que Jésus a dit, c’est le commencement d’un processus qui doit impliquer une rencontre avec Jésus ressuscité qui « leur ouvrira l’intelli­gence pour comprendre les Écritures » (24, 45).

Écouter l’homélie

Car la résurrection est l’accomplissement des Écritures

Pour Luc, il faut interpréter la mort et la résurrection de Jésus comme l’accomplissement des Écritures et de l’enseigne­ment de Jésus sur lui-même2. Si bien que la directive donnée aux femmes de se rappeler ce que Jésus avait dit éclipse la demande d’aller annoncer aux autres qui est passée sous silence. Par manière de contraste, dans le quatrième évangile, Marie est envoyée par Jésus ressuscité et quitte le tombeau en délivrant une véritable proclamation apostolique : « J’ai vu le Seigneur » (Jn 20, 18 ; cf. 1 Co 9, 1). N’empêche, dans le récit lucanien du tombeau vide, ce sont toujours les femmes et non pas « les apôtres » qui, les premières, ont la bonne version de l’histoire !

Pierre, celui qui authentifie le tombeau vide

Dans le récit du chapitre entier de Luc 24, Pierre est très présent, mais à travers deux petits versets. D’une part, on nous dit ici qu’il a fait une démarche de vérification au tombeau (v. 12). Les apôtres, en effet, taxent le récit des femmes d’« absurdité » (lèros, 24, 11, radotage, sornette ; trad. TOB : « délire »). Ici Pierre voit les bandelettes mais pas le corps. Plus loin (v. 34), au retour des disciples d’Emmaüs, on apprend que, dans ce temps comprimé du ch 24 où tout se succède à vive allure, Jésus est apparu à Pierre. Ainsi, avec ces deux versets, Pierre devient le témoin de Jésus ressuscité et en conséquence celui qui authentifie la véracité du tombeau vide. Le corps de Jésus que les femmes n’y ont pas trouvé, c’est bien le corps du Ressuscité qui apparaît aux uns et aux autres. Jésus y insistera devant les Onze (v. 39) :

Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai.

1Les disciples auront le regard fixé vers le ciel au moment de l’Ascension (Ac 1,10-11).

2Insistance perceptible en Lc 24, 25-27. 44-47 ; Ac 2, 22-36; 4, 24-28; 13, 26-39