La Croix glorieuse

14 septembre (Jean 3,13- 19)

Le 14 septembre, l’Église célèbre une des sept fêtes du Seigneur au cours de l’année liturgique. C’est une fête très ancienne. Elle s’enracine sans doute dans la célébration de la dédicace de la basilique constantinienne du Saint-Sépulcre, le 14 septembre 335. La célébration de cette fête était marquée par des ostensions de la croix, et se transforma rapidement en fête de la Croix glorieuse. Dans la liturgie actuelle, la fête de la Croix glorieuse se situe au terme d’un parcours spirituel de quarante jours commencé le 6 août à la fête de la Transfiguration. Image : voûte du choeur, St Paul hors les murs, Rome.

Le regard de foi sur le serpent d’airain et sur la croix

Cet épisode du livre des Nombres nous est offert comme préfiguration de la Croix. Les Israélites mordus par les serpents regardent le serpent d’airain fixé sur une poutre par Moïse, et sont sauvés de la mort. Ce serpent est un signe et non un objet magique. Seul un regard de foi, de confiance en Dieu à travers Moïse, donne la guérison. Pour nous, il s’agit bien de contempler le Fils de l’homme « élevé » sur la croix, et d’accueillir le don de l’Amour sauveur ainsi manifesté.

Comme le serpent dressé était le lieu du salut pour le peuple d’Israël empoisonné par le venin, ainsi la mort de Jésus sur la croix est-elle paradoxalement l’évènement décisif qui transfuse en nous la Vie divine. Comme le regard de la foi rendait la vie aux Israélites, ainsi toute personne pour qui Jésus crucifié (élevé sur la croix) est victorieux de la mort (élevé vers le Père) reçoit la Vie éternelle. Cette Vie en plénitude est donnée à quiconque croit en lui. Ainsi le don de la Vie éternelle concerne l’aujourd’hui de la foi tout autant que l’au-delà de la mort.

La croix est au cœur de l’amour de Dieu pour le monde

L’amour de Dieu n’est pas un sentiment, une empathie pour ses créatures, mais bien un acte créateur qui culmine dans le don du Fils. Le Père a livré son Fils aux hommes pour leur dire son amour. Le Père et le Fils communient dans un même amour pour le monde. Et malheureusement, le rejet de cet amour par les hommes, par chacun de nous quand nous nous détournons de lui, devient la croix du Père et du Fils. Et elle prend pour le Fils qui s’est fait homme un aspect sacrificiel et sanglant. Parce qu’elle est l’expression ultime de l’amour de Dieu, elle est pour les croyants source de Vie. Ce n’est pas l’étoile de Bethléem qui a été choisie comme signe du salut, mais bien la croix du Golgotha.

La croix est au cœur de notre réponse d’amour

La croix, désormais élevée, est signe de l’amour de Dieu pour nous. Et notre abandon à cet amour nous mène sur un chemin où la croix présente dans nos vies sera vécue comme une réponse à l’image de celle du Fils. Pouvons-nous dire que nous nous livrons à Dieu si nous refusons ou contournons la croix ? L’amour véritable pour Dieu, l’abandon véritable à Dieu prend la forme de l’acceptation de ces croix que la vie nous présente… À nous de les vivre avec lui et pour lui !

La croix est source de vie

Si nous nous prosternons devant la croix, signe de salut et de vie, au cours de la liturgie du Vendredi saint, nous confessons aussi le pouvoir de la croix source de vie en acceptant les croix de nos vies. La croix douloureuse unie à celle du Christ devient mystérieusement glorieuse pour l’éternité.

Nous l’avons dit dans l’oraison d’entrée : « Seigneur Dieu, tu as voulu qu’en acceptant la croix, ton Fils unique sauve l’humanité ; nous t’en prions : fais qu’ayant connu dès ici-bas ce mystère, nous obtenions au ciel les fruits de la rédemption ». Et aussi dans l’oraison après la communion : « Fortifiés par cette nourriture sainte, nous te supplions, Seigneur Jésus Christ : conduis à la gloire de la résurrection ceux que tu as rachetés par le bois de la croix qui fait vivre ».

Le signe de la croix est un geste simple, un geste de foi, un geste d’amour, un geste sacré, un geste « gracieux », et finalement un geste cosmique.