29è D TO C — (Lc 18,1- 8)
Ces derniers dimanches, nous méditions sur la foi capable de grandes choses, la foi qui conduit à remercier. Aujourd’hui, nous sommes invités à considérer la foi dans la mise en œuvre de la prière insistante, qu’elle soit prière d’intercession (1è lect.) ou prière de demande (évg.). Cela n’a l’air de rien, mais la prière est un travail qui suppose la sueur, la constance, la confiance, et l’espérance…
La sueur : les bras levés de Moïse
L’intercession et les autres activités, spécialement les activités apostoliques, bien loin de s’exclure ou de se rendre inutiles les unes les autres, s’appellent au contraire mutuellement. Et elles ne sont pas seulement parallèles, elles doivent être coordonnées. Moïse se tient, au sommet de la colline, les mains levées pour la prière, tandis que Josué dans la plaine, combat les Amalécites (Ex 17, 8-16). Le peuple d’Israël soutient les bras de Moïse quand il est fatigué. Ils couraient le risque de perdre la bataille, s’ils négligeaient ce détail. « Quand Moïse tenant la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. » Illustration du pouvoir de la prière d’intercession pour soutenir le combat spirituel. Quand les bras fléchissent, quand la prière se fait moins insistante, alors l’ennemi se fait plus dangereux. Pour ignorer cette réalité spirituelle élémentaire, beaucoup font naufrage.
La constance : prier sans se décourager
Nous mangeons sans nous lasser ! Nous dormons sans nous lasser ! Si l’on en croit les Français face à leur retraite, ils se lassent de travailler. Mais Jésus, lui, nous dit de prier sans nous lasser. Que cette parole de Jésus donne la force de prier aujourd’hui encore. Les paraboles de Jésus sont toujours très simples. Il faut parfois aller jusqu’à « rompre la tête » à Dieu pour recevoir une réponse à sa prière. Et si les élus crient vers lui jour et nuit(v. 7) pour demander la venue du Règne, Dieu le leur accordera rapidement : Jésus viendra. Mais dans quel état sera la terre ? Ce « jour et nuit » que Jésus emploie fait comprendre que la prière ne consiste pas à « faire sa prière » matin et soir, et que c’est un état continuel et persévérant, où un cri s’élève sans cesse du fond du cœur : Père, ton Règne, notre vie d’enfants de Dieu !
La confiance : le secours me viendra du Seigneur
Dans l’A.T., on voit que chaque jour Israël, comme un pèlerin, prend la route en décidant de placer sa confiance résolument en Dieu seul : « Je lève les yeux, vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il ? » (Ps 120)… Ne parlons pas de l’État actuel d’Israël, le plus souvent athée bien que pétri de réminiscences scripturaires, mais de l’Israël biblique, qui répond : « Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. » Ce n’est pas un hasard si Dieu est appelé dans ce psaume 120 « le gardien d’Israël ». Ce peuple a reçu la Révélation du Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre, et a fait l’expérience de sa présence. Dieu dit à Moïse : « J’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances ». Dieu est sans cesse présent à son peuple » (Ex 3,7). Une présence très intime : « Le Seigneur ton gardien, le Seigneur, ton ombrage, se tient près de toi » (hébreu : « à ta main droite »).
L’espérance : Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ?
« Est-ce qu’il les fait attendre ?… Sans tarder, il leur fera justice. » La prière du croyant éprouvé qui crie sa détresse à son Dieu, la prière de l’innocent qui demande justice sera exaucée. C’est une certitude. L’Apocalypse de Jean nous dit clairement que l’exaucement sera donné en finale de l’histoire, lorsque Satan sera vaincu. Demeurons donc fermes dans l’espérance et dans l’attente de la venue glorieuse de Jésus. L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! ». « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Par cette parole, Jésus rattache l’établissement de la justice à sa venue glorieuse. Mais il est sans illusion sur la persévérance des croyants à attendre avec certitude cette intervention finale de Dieu. Jésus attend vraiment de nous plus de foi et plus d’espérance…
La parabole de la veuve importune nous en rappelle une autre, celle de l’ami importun (Lc 11). Cette parabole se trouve entre l’enseignement du Notre Père, et l’exhortation à insister (« demandez et l’on vous donnera »). Elles contiennent l’une et l’autre des mots étonnants pour qualifier l’insistance qui doit caractériser la prière d’intercession ou de demande : « sans-gêne » (11,8), « ennuyer » et « assommer » (18,5). Peut-être de quoi balayer nos découragements et nous motiver pour nous mettre au travail ? !
