3è D TO A — (Mt 4, 12-23)
Après le récit des tentations au désert (cf. 1 D Carême), Matthieu nous plonge dans la préparation de la mission à travers (1) la citation d’une prophétie sur la Galilée et (2) l’appel des 4 premiers disciples. Les deux passages mentionnent la mer, à la fois la « route de la mer » dans la prophétie d’Isaïe, la Méditerranée, et le « bord de la mer » de Tibériade où se situe Capharnaüm, lieu d’appel de disciples pêcheurs…
En Galilée, carrefour des nations, le soleil se lève
– En précisant que Capharnaüm est situé dans les territoires de Zabulon et de Nephtali, Matthieu y voit l’accomplissement d’un oracle d’Isaïe : « Dans un premier temps, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali1 ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée des nations. » (Is 8,23). Selon Matthieu, c’est la venue de Jésus qui est le lever du soleil messianique, car l’Évangile commence à poindre. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » Cela convient bien à l’épiphanie de Jésus, lumière des nations. Elle rappelle aussi l’étoile « à son lever » qui avait mis en chemin les mages, ces sages originaires des « nations ».
– Le nom de Galilée se rattache à la racine galal, « rouler, tourner ». Ce pays est une plaque tournante, un lieu de circulation intense, un carrefour de routes. Nazareth est au cœur de la Galilée. Capharnaüm se trouve sur le chemin de la mer qui offre un accès commode à la Syrie méridionale. Cette citation montre aussi que Jésus a pensé l’annonce évangélique à tous les peuples de la terre à partir de la Galilée. C’est la raison pour laquelle, en Matthieu, l’ange annonce aux femmes que Jésus ressuscité donnait rendez-vous à ses disciples « en Galilée » (Mt 28,7 et Mc 16,7), promesse tenue par son apparition sur une montagne de ce pays, d’où la Galilée devient le point de départ de la mission universelle de l’Église (Mt 28,19).
Jésus en Galilée, pauvre parmi les pauvres
– Les scribes et les pharisiens de Jérusalem méprisaient généralement les gens de Galilée. Bien que plus riches que les Judéens à cause de la fécondité du sol, les Galiléens étaient vus comme des Israélites de moindre qualité : trop de contacts avec les nombreux païens de Galilée, d’où une pratique de la Loi altérée…
– Pourtant, c’est bien à ces hommes et ces femmes à la réputation fâcheuse que Jésus lance son premier appel. Matthieu écrit : « À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (v. 17). De plus, c’est parmi les Galiléens que sont choisis quatre apôtres. Ce ne sont pas des intellectuels, surtout pas de grands esprits. Plus tard, ce ne sera pas leur enseignement qu’ils donneront, mais bien celui d’un autre, celui de Dieu. Ils n’ont pas la compétence pour en inventer un. La docilité de leur foi servira de modèle. « Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent » (v. 20).
– Jésus s’attache aussi spécialement aux malades. « Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple (v. 23). En agissant ainsi, Jésus donne les lignes maîtresses de l’évangélisation pour tous les temps. Il faut donner Dieu et sa Parole aux plus délaissés. C’est à ceux qui pourraient douter de l’amour de Dieu à cause de la pauvreté et de la maladie qu’il faut le proclamer.
L’appel des pêcheurs d’hommes
– Matthieu a introduit chaque fois le nom des disciples par la mention de « deux frères », tout en gardant l’écho dédoublé, « André son frère », « Jean son frère ». Avec ce mot répété quatre fois, il valorise non seulement ce thème essentiel de la fraternité des disciples, mais le « deux par deux », qui résonnera encore lors de l’envoi en mission. La fraternité est un pilier de fondation du groupe apostolique. La division au contraire introduit la stérilité (cf. 2è lect.)
– Jésus, par le jeu de mots « pêcheurs d’hommes », exprime la continuité qu’il voit entre l’ancien métier de ces hommes et leur ministère à venir. Ils seront en définitive probablement sept marins-pêcheurs dans le groupe des premiers disciples (voir Jn 21,2- 3), formant une majorité absolue corporatiste au sein des Douze, donnant inévitablement une couleur dominante au fonctionnement de ce groupe d’hommes.
– Plusieurs mots sont répétés (en ces 5 versets) mettant en valeur la charte véritable de l’Église à venir : la mer comme lieu du voyage et d’une mission qui sera déterminante pour le christianisme, le bateau et la solidarité vitale qu’il signifie, le partage obligé du produit des filets, le recours à la grâce enfin comme étant le mode opératoire spécifique de la pêche, bien soulignée par d’autres récits, à la différence du contrôle et de l’efficacité que représente le patient et productif labeur agricole ou pastoral.
Venez à ma suite !
1 Au moment de l’expansion assyrienne, au 8° siècle, ces deux tribus dont les territoires étaient limitrophes, avaient été annexées en même temps. Les paroles d’espérance ont paru s’accomplir lorsque Josias, roi de Jérusalem, a récupéré la Galilée, cent ans plus tard. Mais selon Matthieu, c’est la venue de Jésus qui est le lever du soleil messianique, car l’Évangile commence à poindre.
