5° D. TO A — Mt 5, 13-16
Si Matthieu a disposé là, tout au début de la parole publique de Jésus, ces deux définitions singulières disant : « vous êtes le sel », « vous êtes la lumière », deux paroles qu’il est seul parmi les synoptiques à rapporter, c’est qu’il leur reconnaît une portée très large et très profonde, extraordinaire.
Sel et lumière, c’est une clé des béatitudes
Le sel de la sainteté (qui est pauvreté en esprit) a trois saveurs : l’humilité, le renoncement ou deuil des biens du monde, la faim et la soif de la justice (le désir de la sainteté). C’est le SEL, qui diffuse de l’intérieur, au niveau du CŒUR. Ce sont les RACINES cachées de la sainteté des disciples.
La lumière de la sainteté (qui attire la persécution) brille de trois éclats : la miséricorde envers les pauvres, la pureté personnelle et conjugale, la construction de la paix… C’est la LUMIÈRE, qui brille extérieurement, et se traduit par des ACTES. Ce sont les FRUITS manifestés de la sainteté des disciples.
Deux images complémentaires
Si le sel a une dimension intérieure et quasiment secrète, invisible dans le mets qu’il assaisonne, et même, s’il est parfaitement dosé, se contentant de révéler les saveurs propres du plat, la lumière, elle, au contraire, tout en rendant visible autre chose, se manifeste inévitablement elle-même : le révélateur ne peut manquer de se révéler lui-même. L’image de la lumière corrige ainsi d’une certaine façon, celle du sel. L’altruisme fondamental, que dit le sel, ne doit pas masquer une auto-manifestation inévitable : je ne suis pas pour les autres en n’étant rien, en m’effaçant, en me cachant, j’ai un témoignage à donner. Cette tension se révèle même dans les orientations pastorales.
Demeurer pour porter du fruit
En lisant chez Matthieu : « vous êtes Lumière du monde », nous avons tous en tête la parole de Jésus disant dans l’Évangile de Jean : « je suis la Lumière du monde » (Jn 8,23). Saint Jean exprime dans son Évangile la même réalité d’une autre façon : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples » (Jn 15, 4-5.8).
Une tension à assumer
Avec ces deux images, Jésus a exclu un « pour-soi-tranquille » refermé sur lui-même. Ce serait mettre la lumière « sous le boisseau » (v. 15) alors que son rayonnement fait partie de sa nature. Ce serait affadir le sel : « si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? » (v. 13). Le fait d’être « pour-les-autres », appelés à être lumière, est une exigence de travailler avec ardeur sur notre « pauvreté de cœur ». Encore une fois, c’est coûteux. C’est pourquoi Jésus traduit en termes de combat spirituel bien des paroles qui suivent : le combat pour le pardon (v. 21-26) ; le combat pour la chasteté (v. 27-30) et le combat pour la fidélité dans le mariage (v. 31-32) ; le combat pour la vérité du langage (v. 33-37) ; le combat pour l’amour envers le malfaisant (v. 36-42) ; le combat pour l’amour envers l’ennemi (v. 43-48)…
La réalité de la vie chrétienne
Si nous vivons les béatitudes, nous sommes sel de la terre et lumière du monde. C’est notre mission de donner goût à ce que nous vivons dans le monde, de donner sens au vécu le plus ordinaire en le pénétrant de l’Esprit divin. C’est notre mission de faire rayonner ce vécu ordinaire jusque dans l’éternité, en le restituant à Dieu dans l’offrande du Fils au Père, l’eucharistie dominicale ou quotidienne. Tout vivre à la gloire et à la louange de Dieu, « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».
« Que votre lumière brille devant les hommes ; alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est dans les cieux. » (v. 16).
