14° D. TO A — Mt 11,25-30 — Écouter l’homélie
Jésus reproche à ses contemporains de ne pas savoir reconnaître l’œuvre multiforme de Dieu (critiquant aussi bien Jean-Batiste que lui-même : « Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs », 11,19). Il se lamente sur les villages du tour du lac pour leur incrédulité (« Malheureuse es-tu, Corazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! », 11,21). En contraste voulu avec ces sévères constats qui précèdent, voici un passage plein d’espérance et de douceur : c’est d’abord (1) une prière de louange de Jésus (v. 25-26), puis (2) une déclaration sur la situation du Fils (v. 27) et enfin (2) un appel à l’adresse de ceux qui peinent (v. 28-30).
Louange du Fils au Père
De tonalité bien juive, la prière s’adresse au Créateur, maître du ciel et de la terre (« Tout m’a été confié par mon Père »), qui se révèle à qui il veut. Car beaucoup de choses échappent complètement « aux sages et aux savants » qui, tels les scribes, enseignent au nom de Dieu, alors que les « tout-petits », les simples, se voient révéler ces choses. Dans ce paradoxe, Jésus constate et confesse, littéralement, « le bon vouloir » du Père (v. 26 ; cf. 3,17 : « en qui j’ai mis mon bon vouloir »). Il s’agit du Royaume, annoncé en actes et en paroles, qu’à la différence des « sages » professionnels les petits ont accueilli. Cette prière reflète bien l’évaluation que Jésus pouvait faire de sa mission et elle fournit le modèle de toute prière missionnaire, qui en relisant les succès et les échecs, découvre avec bonheur les intentions de Dieu.
L’intimité du Fils avec le Père
« Personne ne connaît le Fils, sinon le Père ». Ainsi Dieu voit en Jésus son Fils et se fait connaître de lui comme tel. « Personne ne connaît le Père, sinon le Fils »… Jésus se sait lié à Dieu par une relation absolument unique.… « et celui à qui le Fils veut le révéler » : dans les paroles et les gestes de Jésus, les tout-petits ont découvert Dieu comme un Père. En Jésus, Dieu se révèle effectivement en personne. Cette réciprocité s’applique par conséquent au regard de la foi : son objectif est aussi bien de connaître le Père par le Fils que de connaître le Fils grâce au Père.
Jésus appelle ceux qui peinent sous le poids du fardeau…
« Venez à moi ! » Telle était déjà l’invitation de la sagesse divine (cf. Pr 9,5 ; Si 24,19). Mais le Dieu des prophètes appelait aussi son peuple à trouver en lui le réconfort (Is 50,4 ; Jr 6,16). Jésus juge que l’enseignement des pharisiens pèse lourd sur les petites gens (cf. Mt 23,4). Ce fardeau qui pèse, c’est aussi cette façon d’observer la Loi à la force du poignet qui ne peut que provoquer le découragement. C’est pourquoi il propose « son joug ». La voie de la sagesse de l’Évangile qui n’est pas une doctrine à apprendre ni une proposition éthique, mais une Personne à suivre : Lui-même, le Fils unique en parfaite communion avec le Père. Il n’est plus question de devenir sage ou savant, ni d’acquérir une sagesse ou une connaissance de la Loi de Moïse. La connaissance pour le disciple ne se réduit pas un savoir mais à une relation, à l’image du Fils qui connaît le Père, et inversement. Le joug en question est décrit non comme une charge, mais comme un don fraternel : prenez sur vous mon joug.
La parabole du joug
Ce que le poids du joug de bois procure aux bœufs qui le portent sur leur nuque, ce n’est pas à proprement parler un repos qui consisterait en un temps d’arrêt et de récupération venant interrompre une longue période de travail. Il s’agit plutôt de cette sorte de soulagement (« vous trouverez soulagement pour vos âmes », v. 29) que s’apportent mutuellement les bêtes de trait, grâce au mouvement de balançoire qui rythme et allège la pesanteur de leur marche. C’est un mouvement lent, patient et solidaire, à la faveur duquel les bœufs s’épaulent l’un l’autre afin de mieux se répartir l’effort et de se partager la charge. Le joug détermine un lien de dépendance. Ainsi en est-il de la relation que le Seigneur Jésus nous invite à entretenir avec Lui : Lui le Fils, qui est la Face du Père, portera notre joug tandis que nous porterons le Sien.
Chargez-vous de mon joug, et apprenez de moi,
parce que je suis doux et humble de cœur,
et vous trouverez soulagement pour vos âmes.
