4° D. Avent C — (Lc 3,10- 18)
Saint Ambroise, évêque de Milan (+ 397) s’exprime ainsi : « Élisabeth a entendu la première la voix de Marie, mais Jean le précurseur a réagi à la grâce. La mère (du précurseur) a entendu un son, l’enfant a exulté sous l’effet du mystère. Elle, elle a perçu l’arrivée de Marie, et lui, celle du Seigneur. Par un double miracle, les mères (Élisabeth et Marie) prophétisent sous l’impulsion de leurs enfants. L’une est remplie de l’Esprit Saint après avoir conçu ; l’autre l’a été avant de concevoir1 ».
Marie, la nouvelle arche d’alliance
Au moment de l’Annonciation, l’Esprit de Dieu couvre Marie de son ombre ; cela signifie qu’elle est la nouvelle demeure de Dieu, la nouvelle tente de l’Alliance, dans laquelle le Verbe de Dieu a choisi d’habiter parmi nous (cf. Jn 1,14). Le récit de la Visitation qui fait suite est tissé d’allusions au transfert de l’Arche d’Alliance à Jérusalem, par le roi David. L’Arche2, établie par Moïse (Ex 40), entrée en Canaan avec Josué (Jos 3,6 ; 8,33) était longtemps restée à Silo, au nord de Béthel, où un temple avait été construit ; prise comme trophée de guerre par les Philistins (1 S 4), elle est reprise par David (2 S 5). Le chapitre 6 en raconte le retour : la montée à Jérusalem. C’est bien à cette montée de l’Arche que Luc assimile la montée de Marie portant Jésus (l’héritier de David : Lc 1,32), dans cette même région de collines. Marie reste 3 mois dans la maison de Zacharie (1,40), comme l’Arche était restée 3 mois dans la maison d’Obededom (2 S 6,10).
Marie, la croyante
Dans ce récit de la Visitation, la salutation d’Élisabeth semble d’une importance primordiale : « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (Lc 1,45). On peut rapprocher ces mots du titre pleine de grâce dans la salutation de l’ange. La plénitude de grâce, annoncée par l’ange, signifie le don de Dieu lui-même ; la foi de Marie, proclamée par Élisabeth lors de la Visitation, montre comment la Vierge de Nazareth a répondu à ce don3. C’est en quelque sorte une clé qui nous fait accéder à la réalité intime de Marie. C’est par la foi que Marie participe au mystère du Christ dans toute l’ampleur de son itinéraire terrestre : « elle avança dans son pèlerinage de foi et, en même temps, de manière discrète mais directe et efficace, elle rendait présent aux hommes le mystère du Christ. Et elle continue encore à le faire4 ». Cette belle réflexion de Jean-Paul II nous conforte dans notre propre pèlerinage de foi : il est une mission qui, de façon cachée, sans que nous ne sachions où et quand, rend présent Jésus en ce monde.
Marie, dans l’abandon
La racine de l’acte de foi de Marie, dans lequel elle s’est toujours maintenue, est audible dans sa réponse à l’Archange Gabriel : « Voici la servante, l’esclave, du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ». Ce oui plein de foi s’enracine lui-même dans le oui du Verbe tel qu’il est contemplé par l’auteur de la Lettre aux Hébreux dans ce chapitre 5 lu en seconde lecture, citant le psaume 40 : « En entrant dans le monde, le Christ dit : Me voici, je suis venu mon Dieu pour faire ta volonté ».
Saint Philarète de Moscou (+ 1867) écrit : « Toutes les grandes actions que nous présente la parole de Dieu se sont accomplies grâce à un grand abandon à Dieu. Par quoi commence l’œuvre du Christ ? Par l’abandon du Fils de Dieu à la volonté de Dieu son Père : « Voilà que je viens faire ta volonté, mon Dieu » (Cf. He 10, 5.7 (Ps 40, 9)), dit-il en s’abaissant dans son Incarnation. Et comment s’achève cette œuvre ? Par le même abandon : « Non comme je veux, mais comme tu veux. Mon Père, je remets mon âme entre tes mains. » (Mc 26, 39 ; Lc 23, 46) Ainsi, l’abandon de soi-même à Dieu est le commencement et l’accomplissement du christianisme et du salut éternel 5 ».
Comment vivre Noël, rendre Jésus présent en ce monde ? Marie balise le chemin, elle nous en montre le fondement, la trajectoire, et la réalisation. Le fondement, c’est l’abandon, le plus grand acte d’amour que nous faisons à l’égard de Dieu. C’est la pratique du premier commandement : aimer Dieu de toute son âme. Cet acte d’amour doit comprendre tout et d’une façon définitive. Il peut être fait par n’importe qui, dans n’importe quel milieu. La trajectoire, c’est la constance dans la foi tout au long de sa vie, pour maintenir l’acte d’amour. La réalisation, c’est l’Arche d’alliance, l’humble présence rayonnante de Jésus au cœur de nos vies.
1 Saint Ambroise, Sur l’évangile de Luc. P.L. 15,1560-1561.
2 Au sein de l’arche d’Alliance sont conservés trois objets sacrés : les Tables de pierre, un vase de manne et le bâton fleuri d’Aaron.
3 Jean-Paul II, Marie Mère du Rédempteur, 1987, n° 12
4 Ibid., n° 33.
5 Saint PHILARÈTE DE MOSCOU (1782-1867), Sermon pour l’Annonciation de la très sainte Mère de Dieu. (Cité par Martin de la Roncière, Trésors spirituels des chrétiens d’Orient et d’Occident, Artège, pp. 51-53).
