Ton bâtisseur t’épousera

2è D TO C — (Jn 2, 1-11)

La liturgie chrétienne a établi une triple épiphanie, une triple manifestation de Jésus : comme lumière des Nations (à Bethléem), comme Fils du Père (au Jourdain), et comme Époux de l’humanité (à Cana). La progression symbolique est celle de toute vie spirituelle : l’Étoile conduit l’âme à la foi ; l’Eau, sanctifiée du Jourdain, lui confère la Vie par le baptême, et le Festin Nuptial l’unit à son Dieu dans l’eucharistie. En méditant le très riche récit du miracle de Cana, nous soulignerons un seul aspect : la participation des servants.

Quoi qu’il vous dise, faites-le

Telle est la parole que Marie adresse aux servants. L’expression se trouve littéralement dans la bouche de Pharaon disant aux Égyptiens qui lui réclament des vivres : « Allez trouver Joseph et, quoi qu’il vous dise, faites-le ! » (Gn 41, 55). Située dans ce contexte, la parole de Marie est en prise directe sur le manque dont souffre le peuple. Comme au temps où le blé était épuisé en Égypte et en Israël, en cette heure où le vin des noces, le vin de la parole prophétique, est épuisé, Marie appelle à venir à Jésus, le seul qui peut répondre à l’attente d’Israël et à la nôtre. Jésus accomplit la figure de Joseph.

Quoi qu’il vous dise, faites-le. Ces mots de la mère de Jésus adressés aux « servants » sont une invitation à prêter l’oreille à Jésus et à faire « tout ce qu’il demandera ». Elle invite les disciples à la docilité et à l’obéissance à l’égard de la parole de Jésus, autrement dit, à croire en lui (2, 11 ; cf. 1, 12). De cette manière, c’est la maternité spirituelle de Marie qui est déjà implicitement suggérée. « Mon frère et ma sœur et ma mère sont ceux qui accomplissent la volonté de Dieu » (cf. Mt 12, 46-50 ; Lc 8, 19-21). La famille de Jésus au plan spirituel est constituée de ceux qui accomplissent la volonté du Père, à commencer par Marie.

Remplissez ces jarres… maintenant, puisez

Jean souligne avec force l’obéissance ponctuelle des servants envers le Christ. Cela est fort bien mis en lumière par un double parallélisme (v. 7-8) : « Remplissez ces jarres… et ils les remplirent… Portez-en… et ils en portèrent ». Cette exécution parfaite des paroles de Jésus fut obtenue sur l’invitation de Marie. Sa tâche consistait à être « médiatrice maternelle » entre Jésus et les serviteurs. Jean ne parle pas comme ailleurs de serviteurs (doulos : cf. 4, 51 ; 15, 15 ; 18, 10), mais de « servants » (diakonos). Ailleurs dans saint Jean, ce mot désigne les vrais disciples de Jésus : « Si quelqu’un me sert (diakonei), qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon « serviteur » (ho diakonos ho emos) » (12, 26). Les « servants » qui obéissent à Jésus représentent le nouveau peuple de Dieu, les disciples, qui « suivent » fidèlement leur Maître, le « servent » et sont auprès de lui.

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Ils lui en portèrent… ne pas venir les mains vides

C’est dire aussi que nous ne pouvons venir à la célébration dominicale les mains vides, mais porteurs de nos offrandes et sacrifices unis au sacrifice du Christ. Jean-Paul II, dans la Lettre Dominicae Cenae de 1980 l’explicite ainsi : « Tous ceux qui participent à l’Eucharistie, sans sacrifier comme lui (le prêtre), offrent avec lui, en vertu du sacerdoce commun, leurs propres sacrifices spirituels, représentés par le pain et le vin depuis le moment de leur présentation à l’autel ». Nous comprenons sans doute mieux l’invitation conclusive de l’offertoire : « Priez, frères et sœurs, que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout-puissant ».

À Pontmain, Marie a demandé le sacrifice, la participation de la prière : « Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps, mon Fils se laisse toucher ». L’Ange du Portugal, qui prépare les enfants aux apparitions de la Vierge à Fatima, leur demande : « Offrez sans cesse au Très-Haut des prières et des sacrifices. (…) De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice en acte de réparation pour les péchés par lesquels il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. (…) Surtout, acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra ». On ne vient pas à la célébration de l’eucharistie dominicale les mains vides.

On peut dire que Marie redit continuellement à tous les hommes ce qu’elle disait à Cana : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Elle nous désigne celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6) ; c’est lui que le Père a donné au monde afin que l’homme « ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16). Nous sommes ainsi invités à le laisser agir à travers nos pauvres actions : en apportant notre propre contribution pour que le bon vin de la miséricorde divine continue à s’étendre sur le monde, nous devons le laisser se manifester comme l’Époux de l’Église.

Ceux qui servaient savaient bien d’où venait ce vin, eux qui avaient puisé l’eau