L’engagement du disciple

8è D TO C — (Lc 6,39-45)

Voici donc la 3è partie des paroles de Jésus « sur la plaine ». Après les béatitudes, paroles de consolation annonçant aux pauvres qu’ils sont aimés et leur promettant un retournement final, la 2è partie était centrée sur l’amour pour les ennemis qui fait de nous des Fils du Très-haut. La 3è partie insiste, en langage parabolique, sur la mise en pratique de cet enseignement1 et la vie fraternelle qui en découle. Cette clé de compréhension se trouve à la fin du ch. 6, avec la parabole des deux maisons qui n’est pas lue ce matin.

Mise en garde contre l’aveuglement spirituel

« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? » (v. 39). Le disciple qui ignore et ne met pas en pratique l’enseignement précédemment donné par Jésus est aveugle (ou aveuglé) et donc incapable d’aider ou de guider les autres. « Le disciple n’est pas au-dessus du maître » (v. 40). Il doit suivre fidèlement les instructions formulées par Jésus, son maître, sans les modifier ou les ignorer. « Une fois bien formé, chacun sera comme son maître » (v. 40). Même si le disciple demeure inférieur à son maître, néanmoins, s’il est bien instruit, ses conseils et son enseignement auront la même valeur.

L’aveuglement spirituel est un grand danger. Plus un homme ignore qu’il ne voit pas, plus il met en danger ceux qui l’entourent et lui font confiance. Jésus a dénoncé cette illusion redoutable : « guides aveugles » dit-il aux Pharisiens (Mt 23,16-19) ; ou encore : « ce sont des aveugles qui guident des aveugles » (Mt 15,14). Ne pas voir la vérité n’est pas forcément une faute. Ce qui fausse la conscience, c’est de se croire détenteur de la lumière.

La paille et la poutre, l’arbre et son fruit, le trésor du coeur

En lisant la parabole suivante, celle de la paille et de la poutre, on s’aperçoit que Jésus avait déjà averti précédemment : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugé » (v. 37) ; ou encore : « la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous » (v. 38). Jésus continue donc à nous inviter à donner de la profondeur à notre amour fraternel, à creuser jusqu’au roc pour poser sur les fondements de ses paroles.

Ce serait pure hypocrisie d’aider les frères en leur signalant leurs manques légers, alors que soi-même on n’observe pas les exigences radicales formulées par Jésus. « Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère » (v. 42). Par cette parabole, Jésus nous invite à être conscients de nos manques et de nos défauts graves, et à nous comporter avec humilité.

Celui qui se comporte en hypocrite se reconnaît à ses mauvais fruits, et un vrai disciple se reconnaît également aux bons fruits qu’il porte, à son amour miséricordieux en actes. Les paroles, comme les actions, expriment ce qu’il y a dans le coeur, ajoute Jésus : « ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (v. 45).

Écouter l’homélie

La pédagogie dynamique de Jésus

Il faut toujours essayer de comprendre comment les grands ensembles de paroles de Jésus ont été composés et articulés par les évangélistes. Si l’on reprend ce chapitre 6 de Luc médités ces trois derniers dimanches, nous pouvons discerner la progression.

  • Descendu de la montagne, arrêté dans la plaine, au contact « d’un grand nombre de ses disciples et d’une grande multitude de gens » (v. 17), Jésus part du constat qu’ils sont « venus l’entendre et se faire guérir de leurs maladies » (v. 18).Ce sont des personnes en souffrance, à qui il va délivrer un message de consolation et une promesse de retournement final de leur situation (v. 20-26, béatitudes).
  • Il les enseigne sur les exigences du Règne de Dieu : le danger redoutable des richesses, l’amour pour les ennemis, la gratuité, la miséricorde. Un amour qui prend le Père comme MODÈLE, et qui nous transforme en Fils du très-haut ; abreuvés à la SOURCE de l’Esprit Saint comme il le dira plus tard.
  • Enfin, il déclare qu’être disciple dépend de l’attachement et de l’obéissance à son enseignement. Ainsi se construira une communauté fondée sur le roc de la Parole divine, où l’humilité, le refus du jugement et de la domination sont la règle.

Être témoin n’est pas d’abord dire qui est Jésus. C’est faire ce que Jésus dit. Car dire sans faire est une imposture.


1Cette 3è partie est de type sapientiel, qui se reconnaît à l’usage répété des images et des comparaisons : deux aveugles, deux arbres, deux types d’hommes (bon et méchant), deux maisons.