J’ai vu le Seigneur !

Jour de Pâques C — (Jn 20,1- 10)

La découverte du tombeau vide se fait en deux grandes étapes : la venue de Marie de Magdala suivie de celle des deux disciples dont Pierre. Trois personnages dont les réactions sont diverses et différentes. Nous venons de l’entendre : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Sommes-nous nous-mêmes non seulement croyants mais convaincus de la Résurrection de Jésus ? Acceptons-nous d’en témoigner ?

Marie-Madeleine se débrouille comme elle peut

Le fait qu’elle soit allée au tombeau pour pleurer et prier dès avant l’aube indique qu’elle était très attachée à Jésus ; elle court avertir les disciples, cela signale aussi son désarroi et sa volonté de vouloir retrouver le corps au plus vite. « Ils ont enlevé le Seigneur, et nous ne savons pas où ils l’ont mis. » Il y a dans cette attestation à la fois une certitude et de l’ignorance. Une certitude : elle ne prononce pas le nom de Jésus, mais elle le désigne comme « LE Seigneur ». Jésus seul est leur Seigneur, et il n’est pas besoin de le nommer. Après la rencontre avec Jésus elle dira : « J’ai vu le Seigneur », et les disciples diront à Thomas : « Nous avons vu le Seigneur ». De l’ignorance : sans être entrée dans le tombeau, elle imagine que le corps de Jésus n’y est plus et qu’il ne peut alors y avoir d’autre raison qu’un enlèvement. Or elle se trompe, ce qui veut dire qu’elle ne peut imaginer qu’il est vivant, ressuscité ; mais aussi qu’elle a mal interprété le signe de la pierre enlevée.

Tout le monde ne regarde pas de la même façon

Ce récit de la découverte du tombeau vide contient trois verbes grecs différents pour désigner l’action de voir, malheureusement traduits indifféremment en français : # blépô, aux v.1 et 5, qui dénote un regard se focalisant sur un objet (ou sur une personne), un regard aigu, attentif : Marie-Madeleine regarde la pierre, et le disciple bien-aimé regarde les linges ; # théôréô, au v.6, qui décrit un regard prolongé : Simon-Pierre regarde longuement les linges ; # et horaô (utilisé à l’aoriste de l’indicatif, eiden) au v.8, dénotant un regard qui comprend et saisit le sens de ce qui est vu : le disciple bien-aimé vit et crut. Cette distinction (ou progression ?) est intéressante, car on la retrouve certainement dans nos vies : # se contenter de voir avec attention — # regarder longuement en cherchant à comprendre sans y parvenir — # voir et recevoir une illumination profonde… D’où la supplication à l’Esprit Saint de donner une lumière surnaturelle, la foi.

Écouter l’homélie

La foi en la résurrection est une expérience progressive

Le chapitre 20 de Jean forme un ensemble en constante progression : Pierre et le disciple bien-aimé ; Marie-Madeleine ; les Dix sans Thomas, puis les Onze… Ainsi, on passe # d’un Jésus absent (v.1-10) à un Jésus qui apparaît (v.11 et ss) ; # d’un Jésus apparaissant à un seul personnage (Marie-Madeleine ; v.11—18) à un Jésus apparaissant finalement au groupe des Onze (v.23-29) ; # du disciple bien-aimé qui voit les signes et croit à la résurrection de Jésus (v.8) au même Jésus déclarant bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu (v.29). La foi en la résurrection de Jésus s’étoffe peu à peu de dimensions nouvelles à travers les expériences complémentaires des uns et des autres. N’est-ce pas la même chose dans nos communautés d’Église ? N’avons-nous pas besoin de nous enrichir et de nous instruire par le partage ?

Reconnaître le ressuscité par les signes qu’il donne

Même pour nous, voir interpréter les signes de la présence du Ressuscité dans nos vies reste difficile. Le récit de Jean décrit en peu de mots la fébrilité de Marie-Madeleine et des disciples. Leur maître et Seigneur est mort, même son corps a disparu. N’ayant plus trace de celui qu’ils avaient suivi et aimé ils se trouvent dans le désarroi le plus complet, et surtout dans le non-sens, à la recherche d’explications. Pourquoi donc Jésus ne s’est-il pas fait immédiatement reconnaître des disciples après sa résurrection ? Il y a là sans doute une pédagogie de la foi : apprendre à reconnaître Jésus par les signes annonçant qu’il est vivant et mystérieusement présent. Le disciple bien-aimé sut reconnaître le signe des « linges posés à plat » (v. 5), probablement pas d’abord dans une lumière de compréhension intellectuelle, mais dans une lumière de foi et d’amour. À nous aussi, Jésus donne de petits signes, des signaux faibles de sa présence vivante. Avons-nous au cœur assez d’amour pour les reconnaître ?

Ces signes ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom (Jn 21,32)