4è D TP C — (Jn 10, 27-30)
Ce quatrième dimanche de Pâques est habituellement dédié à la prière pour toutes les vocations, consacrées et ministérielles, et ajoutons-le, conjugales. Il s’y rajoute cette année l’élection du pape Léon XIV, vocation unique dans l’Église. Nous y lisons le chapitre 10 de Saint-Jean sur le bon Pasteur, en trois parties successives au cours des trois années. C’est l’occasion aussi de nous rappeler le grand nombre de fois où le pape François a dit que le pasteur doit « connaître l’odeur de ses brebis ».
Il y a brebis et brebis
Cette année, quelques versets seulement ; ce ont des paroles fortes de Jésus où il parle de « ses » brebis (10,27). Pour resituer dans leur contexte plus large ces quelques versets de la fin du chapitre 10, on y apprend qu’on est en train de célébrer Hannouka, la fête qui célèbre la dédicace du Temple en 164 av. J.-C après sa profanation par Antiochus Épiphane. Elle a lieu en décembre, en plein hiver. Jésus, va et vient dans le Temple, sous la colonnade de Salomon. Et les tensions reprennent avec les responsables religieux, ils sont comme des loups qui encerclent le troupeau que Jésus veut défendre.
Ils le somment de déclarer ouvertement s’il est le Christ. Jusque-là, Jésus a employé des images : « Je suis la vigne, je suis le pain de vie, je suis la lumière du monde, je suis la porte… ». En répondant à ces requêtes, Jésus renvoie ses contradicteurs à ses propres œuvres, aux signes accomplis et à sa parole (10,37- 38). Et il mentionne « ses » brebis qui ont entendu sa voix : elles l’ont écouté et elles l’ont suivi, contrairement aux responsables religieux.
Je connais mes brebis, mes disciples
Il en parle donc comme de personnes qui ont accepté de l’écouter et qui ensuite l’ont suivi. En écho à cette définition du disciple, nous pouvons contempler cette foule immense de témoins, revêtus de robe blanche lavée dans le sang de l’agneau, qui viennent de la grande épreuve, et qui ont donc suivi Jésus le Pasteur, jusqu’au martyre (Ap 7, 1è lecture).
Jésus, le Pasteur, souligne cette relation de communion et d’intimité entre lui et ses brebis en utilisant le verbe « connaître ». « Moi je les connais ». Non seulement il nous connaît, mais encore : « je leur donne la vie éternelle ». Il est intéressant de constater que dans le passage des Actes des apôtres (Ac 13, 2è lecture), Paul et Barnabé parlent de ceux qui se sont tournés vers le Christ comme étant « destinés à la vie éternelle » (Ac 13,48), et de ceux qui s’oppose à eux comme « indignes de la vie éternelle » (Ac 13,46). Ainsi, être disciple de Jésus bon Pasteur comporte trois caractéristiques : l’écouter, le suivre, et recevoir de lui la vie éternelle.
Le Pasteur protège de sa main ses brebis
À cette mission de vie qui est celle de Jésus envers ses brebis, s’ajoute aussi une mission de protection. La présence du verbe « arracher », répété deux fois, ne va pas sans rappeler la façon dont Jésus a parlé du voleur, « qui ne vient que pour voler, égorger, et faire périr » (Jn 10,10). Jésus affirme donc que « personne ne les arrachera1 de ma main » (v. 28) ; puis juste, après il ajoute, « personne ne peut les arracher de la main du Père » (v. 29), car le Père les lui a données. « Le Père et Moi nous sommes Un » (v. 30). En arrière-fond se dessine le grand combat spirituel, qui traverse l’histoire humaine où une force obscure est à l’œuvre pour arracher les brebis de la main de Jésus et les faire périr. Jésus le dit aussi dans la parabole du semeur en parlant de la semence tombée au bord du chemin : « Le Mauvais survient et s’empare de ce qui a été semé dans son cœur » (Mt 13,19).
Cette protection s’exprime par l’image de la main, si fréquente dans l’Écriture. « Ta main me conduit, ta droite me saisit » (Ps 138,10). Non seulement la main de Jésus protège, mais les premiers disciples y font appel pour ouvrir des chemins nouveaux : « Étends donc ta main pour que se produisent guérisons, signes et prodiges, par le nom de Jésus, ton Saint, ton Serviteur » (Ac 4,30).
Cette audace des apôtres caractérisera le pontificat du pape Léon XIV, dont les premières paroles furent : « Frères et sœurs bien-aimés, ceci est le premier salut du Christ ressuscité, le bon pasteur qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu. Moi aussi, je voudrais que ce salut de paix pénètre votre cœur, qu’il rejoigne vos familles, toutes les personnes, où qu’elles soient, tous les peuples, toute la terre. La paix soit avec vous ! (…) Permettez-moi de prolonger cette bénédiction : Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne triomphera pas ! Nous sommes tous dans les mains de Dieu. Alors, sans peur, unis main dans la main avec Dieu et entre nous, avançons. Nous sommes des disciples du Christ. Le Christ nous précède. Le monde a besoin de sa lumière. L’humanité a besoin de Lui, comme d’un pont pour être rejointe par Dieu et son amour ».
1Le verbe grec harpazein (arracher, ravir, s’emparer – cf. Ph 2,6) est identique dans les v. de Jn et Mt cités ici.
Voir aussi la Petite École Biblique sur le bon Pasteur https://petiteecolebiblique.fr/132-jesus-le-bon-pasteur/
