Venir à Dieu avec humilité

30è D TO C — (Lc 18,9- 14)

Après la veuve et le juge, après les 9 lépreux ingrats et le Samaritain guéri qui remercie, après le riche et le pauvre Lazare, voici un nouveau jeu de figures parallèles et opposées : le pharisien et le collecteur d’impôts, tous deux en prière. L’introduction de la parabole («  à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres ») montre la tendance de Luc à ne pas gommer le caractère polémique de certaines paraboles (cf. 14,7 ; 15,1- 3).

L’autosatisfaction de la réussite religieuse

Voici deux personnes devant Dieu pour prier. Le pharisien, content de lui-même, se décerne des félicitations. Il pratique une religion de l’effort et du « donnant-donnant » : j’observe la Loi, donc je suis juste ; par conséquent Dieu me doit la récompense éternelle. Le publicain, lui, sait bien qu’il est pécheur, et sa prière est celle-ci : « Aie pitié du pécheur que je suis » (v. 13). C’est cette prière qui plaît à Dieu. C’est si facile de croire qu’on peut se passer de Dieu pour aller à Dieu et pour plaire à Dieu ! Par exemple, en faisant des efforts pour mener une vie droite, et en estimant ainsi qu’on a le droit à la bienveillance de Dieu. Ou encore, en pensant que cela nous fait mériter la vie éternelle parce qu’on est « dans les clous ».

La prière narcissique, perversion de l’action de grâces

Jésus brosse le portrait d’un type de spiritualité bien réel. La prière est « eucharistique » par son entrée en matière : « Ô Dieu, je te rends grâces ». Mais le contenu manifeste qu’elle est la perversion de l’action de grâces, dont l’objet devrait être la grâce de Dieu, son action miséricordieuse et puissante, comme l’exemple nous en a été donné par le lépreux guéri (Lc 17,6). Le pharisien s’exprime ici à la première personne, cinq fois de suite : toutes ses paroles trahissent une hypertrophie du moi (même égocentrisme que dans le soliloque du riche en 12,17ss.). Le texte grec dit littéralement qu’il prie non pas « en lui-même », mais « devant lui-même ». Il s’écoute prier, sa prière est narcisique.

Écouter l’homélie

La conscience d’être irrémédiablement endettés

Ce ne sont pas nos « mérites », nos « bonnes actions », qui peuvent être notre justification pour nous approcher de Dieu. Chacun, nous avons besoin d’être graciés, comme Jésus l’a enseigné lors d’un repas chez Simon à travers une petite parabole qu’il est bon de relire (Luc 7, 41-43). C’est bien pourquoi Jésus nous fait demander dans le Notre Père : « Remets-nous nos dettes ». Par conséquent, le seuil de toute vraie prière consiste d’abord à se reconnaître pécheur. « Tout homme qui s’abaisse sera élevé ». Jésus reprend là un enseignement très biblique : Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles.

La prière juste est à la fois repentir et confiance

Cette petite prière : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! » se prolonge dans une sœur jumelle, la prière orthodoxe dite « de Jésus » : « Jésus fils de Dieu, Sauveur, aie pitié de moi pécheur ». S’abaisser devant Dieu, ce n’est pas une attitude masochiste, c’est simplement reconnaître devant lui en vérité notre état de créatures. La vraie prière biblique est celle de David après son péché d’adultère (Ps 51). Elle exprime à la fois un repentir humble et convaincu (« mon péché, moi, je le connais, ma faute est devant moi sans relâche ; contre toi, toi seul, j’ai péché, ce qui est coupable à tes yeux, je l’ai fait »), et en même temps la confiance dans le pardon de Dieu et l’espérance en sa miséricorde (« Détourne ta face de mes fautes, et tout mon mal, efface-le. Dieu, crée pour moi un cœur pur »).

La prière humble devient trinitaire

La prière humble fait entrer dans la louange du Dieu trois fois Saint. La vie céleste est un déploiement de la louange dans la contemplation de la majesté divine. Le Dieu trinitaire est le seul digne de louanges. « Gloire au Père au Fils et au Saint-Esprit ! » Cette doxologie est la belle et éternelle prière de l’humble. C’est la prière de la Vierge Marie, « Mère du Fils de Dieu, et, par conséquent, fille de prédilection du Père et sanctuaire du Saint Esprit » (LG 53). Saint Paul l’exprime ainsi dans la 2° lecture :

« Le Seigneur me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. » (2 Tm 4, 18).