La vie heureuse selon l’Évangile

4° D. TO A — Mt 5, 1-12

Le lecteur de l’Évangile selon saint Mathieu est propulsé dès le chapitre cinq, dans une situation quasiment intemporelle, dans laquelle Jésus prend la stature très imposante d’un nouveau Moïse. Pourtant, Jésus empreinte aux Psaumes son langage (« Heureux »), et aux prophètes comme Jérémie ou Sophonie, son intérêt pour les petits, la miséricorde, et la religion du cœur. Le nouveau Moïse commence donc par faire voler en éclats une image trop convenue de Moïse législateur.

Le texte des Béatitudes en Matthieu

C’est comme un regard posé sur les hommes de tous les temps pour discerner ceux qui sont en marche vers la sainteté. Deux types de personnes sont privilégiées sur ce chemin : les pauvres en esprit et les persécutés.

3 Bienheureux les pauvres en esprit CAR IL EST À EUX LE ROYAUME DES CIEUX

4 Bienheureux les humbles, car eux, ils hériteront la terre

5 Bienheureux les endeuillés, car eux, ils seront consolés

6 Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, car eux, ils seront rassasiés

7 Bienheureux les miséricordieux, car sur eux seront les miséricordes

8 Bienheureux ceux qui sont purs dans leur cœur, car eux, ils verront Dieu

9 Bienheureux les artisans de paix, car eux, ils seront appelés fils de Dieu

10 Bienh. ceux qui sont persécutés à cause de la Justice CAR IL EST A EUX LE ROYAUME DES CIEUX

Le sel et la lumière du bonheur (Mt 7, 13)

– La première et la dernière béatitudes sont au présent ; y est rattachée une promesse absolue identique, qui manifeste un état de maturité : « car il est à eux le Royaume des Cieux ». Il s’agit d’abord des pauvres en esprit, et ensuite des persécutés à cause de la Justice. Ces deux états absolus qualifient la sainteté véritable : la pauvreté en esprit est comme le sel de la sainteté, la persécution est une conséquence de la lumière des fruits de sainteté. Les récompenses annoncées sont des promesses au futur, et manifestent un état de maturation.

– Le sel de la sainteté (qui est pauvreté en esprit) a trois saveurs : l’humilité, le renoncement (le deuil des biens du monde), la faim et la soif de la justice (le désir de la sainteté). C’est le SEL, qui diffuse de l’intérieur, au niveau du CŒUR. Ce sont les RACINES cachées de la sainteté des disciples.

– La lumière de la sainteté (qui attire la persécution) brille de trois éclats de justice : la miséricorde envers les pauvres, la pureté personnelle et conjugale, la construction de la paix… C’est la LUMIÈRE, qui brille extérieurement, et se traduit par des ACTES. Ce sont les FRUITS manifestés de la sainteté des disciples.

Écouter l’homélie

Accueillir le cadeau du Royaume de Dieu

L’adjectif « heureux » tiré des psaumes exprime le bonheur de pouvoir accueillir le Royaume de Dieu, longtemps attendu, accordé maintenant en Jésus. C’est pour cette grâce offerte que Jésus les félicite. Une telle faveur obtenue nécessite de s’y adapter par la conversion. Souvenons-nous, c’est la toute première parole prononcée par Jésus : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4, 17). La conversion consiste à changer de direction pour suivre le Christ dans le Royaume de Dieu. L’enseignement de Jésus en Mt 5-6-7 est une pédagogie du salut, focalisée sur la conversion à l’Évangile.

Non pas adhérer à une loi, à une éthique philosophique, mais marcher à sa suite

Les béatitudes tracent le chemin de l’homme nouveau, l’homme mis sur la route de la grâce, de la paix et de l’amour. C’est la « vie heureuse » selon l’Évangile. Voilà le vrai message chrétien, tout autre que celui de la « sobriété heureuse ». Mais Jésus en souligne ensuite les difficultés inhérentes : persécutions, insultes, calomnie, mais aussi joie et récompense qui en résulteront.

La conversion chrétienne ne concerne ni la loi comme dans le judaïsme, ni l’éthique comme dans la philosophie grecque ; elle revêt un caractère au-delà de la morale, c’est le fait de suivre celui qui affirme : « Vous avez appris qu’il a été dit… Eh bien, moi, je vous dis… ». La perspective est à long terme ; il s’agit d’entrer dans le Royaume de Dieu (Mt 7, 21), en bâtissant dès maintenant notre maison sur le roc (Mt 7, 24).

Jésus n’annonce pas un bonheur étriqué, mais un dépassement de soi, œuvre de l’Esprit de Dieu en nous. Prenons le temps, cette semaine, de vérifier comment nous nous ouvrons à l’Esprit pour cultiver laborieusement (car elle a un coût) la « vie heureuse » selon l’Évangile. Au niveau des racines (le sel), la pauvreté de cœur, l’intériorité. Au niveau des fruits de lumière, vécus dans le combat spirituel et la persécution (deux faces d’une même réalité).