En quoi le XIXe siècle aide-t-il à comprendre notre rapport à la mort et au deuil ?

Guillaume CUCHET, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, codirecteur du Centre d’histoire du XIXe siècle de la Sorbonne. Auteur de La religion des morts – comment le XIXe siècle a inventé le deuil moderne (Seuil)

Lever l’interdit de tuer, administrer la mort, la programmer, en faire un protocole supervisé par l’État, c’est le nouveau monde dans lequel nous allons peut-être entrer, si le texte du député Olivier Falorni venait à être adopté à l’Assemblée nationale, où le vote solennel était prévu pour aujourd’hui.

Ce matin, on va s’intéresser à notre attitude devant la mort. Sans la mort, pas de religion. C’est dire si la religion dispose d’une rente à vie ! Mais mourir est une chose, le deuil en est une autre. Même si la question de l’euthanasie se pose en raison de la décrépitude induite par le grand âge, phénomène inédit propres aux sociétés opulentes, ce qui nous arrive ne serait sans doute pas possible sans une éviction progressive de la mort socialement ritualisée et puissamment reliée à la perspective métaphysique du salut.

Contrairement à une idée reçue, la mort n’est pas un invariant, au sens social du terme. On ne l’inscrit pas de la même manière selon les époques.

Ce que montre Guillaume Cuchet, c’est que nos pratiques funéraires que l’on croyait si anciennes remontent en fait à ce long XIXe siècle qui fut, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, la matrice de changements profonds, malgré l’instabilité politique.

Guillaume Cuchet a mené l’enquête sur la religion des cimetières, sur les pas de l’historien Philippe Ariès (1914-1984), inventeur de l’histoire de la mort en Occident. L’Ancien Régime y apparaît sous un jour fort différent : autant, avant la Révolution, les mentalités s’intéressaient à la prière pour les âmes, autant le XIXe instaure le rituel de la visite des tombes, lesquels deviennent un point d’ancrage culturel fort capable même de surmonter les divisions idéologiques.

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