vendredi saint — (Jn 19,23- 24)
Prenons quelques instants pour méditer deux versets de ce récit de la passion où il est encore question de tissage.
L’évangile de Jean sur la tunique
Il est intéressant de comparer ce passage de Jean sur la tunique sans couture avec le texte des synoptiques, par exemple avec Mt 27, 35 : « Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en les tirant au sort ». Ils mentionnent le fait, mais ne lui consacrent qu’un bref verset. Jean, lui, développe une perspective ample à partir d’une citation modifiée du Ps 21, 19 : « Ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats » (19,23- 24).
La tunique tissée tout d’une pièce est symbole de l’unité de l’Église
Le texte de Jean distingue : — Les vêtements partagés en quatre — La tunique non déchirée (divisée, schizô)
Dans l’interprétation patristique, les vêtements du Christ représentent l’Église : — Distribués en quatre parts : « C’est l’Église répandue partout dans le monde » (St Augustin) — La tunique tissée tout d’une pièce, en revanche, est le symbole de l’unité de l’Église (St Cyprien). A contrario, le prophète Ahias (1 R 11, 29-31) déchire un vêtement coûteux pour annoncer et symboliser la division du peuple.
L’Église naît de la croix dans l’unité
Ce symbole, placé ici, est dans la pensée de Jean l’accomplissement de la parole de Caïphe, dévoilée en 11, 49-52 : « il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas… il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation ; et ce n’était pas seulement pour la nation, c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés ». Au pied de la croix du Christ, l’Église naît au Calvaire UNE. Jean parle de ce qu’est l’Église au moment même où elle prend naissance, à la croix.
Marie mère de l’unité
Un détail très important du texte grec est fait de petites particules qui distinguent deux tableaux : — Men… D’une part… les soldats — de… D’autre part… sa Mère. Les traductions françaises ont tendance à effacer l’articulation (d’une part, d’autre part). Il faut comprendre ceci : ce que font les soldats dans le premier tableau est comme l’annonce et la préfiguration de ce qui se produit dans le second tableau.
On passe du symbole à la réalité : de la tunique tissée tout d’une pièce qui représente l’Église, à l’unité réalisée dans la mère de Jésus avec le disciple. En d’autres termes, c’est en eux que se réalise l’unité du peuple messianique de Dieu, le nouvel Israël. Pas d’Église sans Marie au milieu, pas de vrai chrétien sans Marie au cœur. Marie est mère de l’unité.
Jusqu’à la fin des temps
Il faut encore citer le récit de la pêche miraculeuse après Pâques, avec le magnifique symbole du filet qui, malgré les 153 gros poissons, ne se déchira pas, ouk eskhistê (21,11). On devrait traduire : ne s’est pas divisé. Tout le monde, pratiquement, admet que le filet non déchiré de la pêche miraculeuse est un signe symbolique de l’unité, ou plutôt, de la non-division de l’Église. Sur le rivage de l’histoire humaine, Pierre remettra à Jésus venu en gloire le filet qui ne se déchire pas, l’Église qui aura retrouvé cette unité que nous réclamons avant chaque communion : « donne-lui toujours cette paix et conduis-la vers l’unité parfaite ».
Une bonne nouvelle que nous pouvons proclamer en ce vendredi saint est que l’unité, avant d’être un objectif à atteindre, est un don à accueillir. Le fait que la tunique soit tissée « de haut en bas », explique saint Cyprien, signifie que « l’unité apportée par le Christ vient d’en haut, du Père céleste, et qu’elle ne peut par conséquent être divisée par celui qui la reçoit, mais doit être accueillie intégralement ». À l’heure de la dispersion de votre monastère, l’unité n’est pas moins vécue en dehors de la proximité géographique, puisqu’elle est donnée d’en haut
