En marche vers le Père

(5è D Pâques A — Jn 14,1-12) Écouter l’homélie

Voici qu’à la lumière de la résurrection, nous faisons une relecture des perspectives que Jésus ouvrait à ses disciples au cours de ses paroles d’adieu. Il les invitait à ne pas se troubler et à croire. « Que votre cœur ne soit pas bouleversé » est le refrain qui encadre ce chapitre 141 (1 et 27-29). Cette invitation nous rejoint aujourd’hui : « En cette heure sombre de l’histoire, il a plu à Dieu de nous envoyer répandre le parfum du Christ là où règne l’odeur de la mort. Oui, nous sommes là ! Surmontons le sentiment d’impuissance et de peur ! » (Léon XIV, jeudi saint, messe chrismale, 2 avril 2026).

Vers la demeure du Père

Les premiers versets du ch. 14 sont une magnifique catéchèse où Jésus parle du but en termes de lieux : maison de mon Père au singulier, nombreuses demeures, au pluriel, et de place à préparer. Mais aussi en termes d’aller et de retour : c’est lui qui va préparer une place pour chacun, c’est lui qui va venir à nouveau, pour nous prendre près de lui. C’est comme s’il voulait nous dire qu’il prend un soin tout particulier pour chacun(e) de nous, que nous aurons une demeure personnalisée dans l’unique Maison du Père. Et c’est « afin que là où je suis, vous aussi, vous soyez » (v. 3c) ; et il le demandera ensuite dans la grande prière pour l’avenir de son Église : « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire » (17, 24).

Connaître le but

Jésus a tracé à ses disciples un chemin de sainteté, il leur a montré la voie spirituelle sur laquelle ils doivent maintenant s’avancer. Mais ils ne comprenaient pas très bien.« Pour aller où je vais, vous savez le chemin », leur dit Jésus (Jn 14, 4). Thomas, le premier, avait dit à haute voix ce que les autres pensaient tout bas : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jn 14, 5). « Seigneur, où vas-tu ? » avait déjà interrogé Pierre (13, 36). Bref, la perplexité était générale ! Mais après la résurrection, nous n’ignorons ni le but, ni le chemin. Notre GPS est en place, les indications nous sont données. Le but est de rétablir la communion avec le Père, brisée par le péché ; le chemin en est Jésus.

Marcher sur le Chemin

La réponse fameuse de Jésus à Thomas a profondément marqué le christianisme : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6). Jésus invite Thomas (les apôtres et nous-mêmes) à le suivre en toute chose. Il nous invite à nous ancrer en lui par la foi, de sorte à avancer aussi en confiance vers la Maison du Père. Liturgiquement parlant, nous avons ce dimanche une suite de l’évangile du Bon Pasteur : « il marche à leur tête, et les brebis le suivent » (Jn 10, 4), et encore : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 10).

Du baptême à la résurrection

Nous nous nourrissons encore des trois évangiles de Carême. Jésus est le Chemin parce qu’il marche vers nous, s’arrêtant à notre puits de Jacob pour nous donner l’eau vive de son Esprit, comme à la Samaritaine. Jésus est la Vérité qui illumine nos vies de sa Lumière : par le baptême, il nous fait le don de la foi, comme à l’aveugle-né. Jésus est la Vie, la vie éternelle dès maintenant, et la résurrection promise dans le monde céleste qui nous attend, dans la maison du Père, comme il le montre par le retour à la vie de Lazare. Comme à Philippe, Jésus nous dit : « Je suis dans le Père et le Père est en moi » (14, 11).

Avec nos frères, pour le salut du monde

Notre perspective n’est pas celle d’un salut individuel, mais celle d’une construction, celle de l’Église qui préfigure le Royaume de Dieu, et nous y fait entrer. Le livre des Actes nous parle d’une Église en croissance : « La parole de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem », ce qui a provoqué le choix des Sept pour le service. La 1è Lettre de Pierre nous parle d’une Église en chantier jusqu’à la fin des temps : « Vous aussi, comme pierres vivantes,entrez (et faites entrer)dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint ».

Annoncez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.


1 Le chapitre 14 de St Jean s’articule en deux parties autour d’un mot qui lui est cher : le verbe demeurer, très présent en Jean sous la forme « demeurer en », notamment dans la première lettre. Et le substantif demeure (monè en gr.), présent seulement deux fois dans l’évangile, ici au ch. 14, comme s’il invitait à une double partition : notre demeure dans la maison du Père (vv. 2-14) et le Père fait sa demeure en nous (vv. 15-29)