Dominique Auzenet, membre de la SFEM
La belle prière du Je vous salue Marie
* Nous répétons d’une part les paroles mêmes de l’ange Gabriel à l’adresse de Marie : pleine de grâce, comblée de grâce, la seule trace biblique qui pourrait fonder l’Immaculée Conception. Le pape Jean-Paul II, dans sa lettre de 1987 « Marie, Mère du Rédempteur », fait un long développement sur cette parole de l’ange, et souligne : « Le messager salue Marie comme «pleine de grâce»: il l’appelle ainsi comme si c’était là son vrai nom. Il ne donne pas à celle à qui il s’adresse son nom propre suivant l’état civil terrestre: Miryam ( = Marie), mais ce nom nouveau: «pleine de grâce» (n° 8).
* Nous redisons d’autre part les paroles mêmes qu’Élisabeth, cousine de Marie, lui a adressées lors de leur rencontre, percevant en « celle qui a cru » la grande foi qu’elle a mise en ces paroles angéliques : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? (…) Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » (Lc 1,42-45)
* Enfin avec toute l’Église qui reconnaît en Marie la « Mère de Dieu » (Théotokos, concile d’Éphèse 431), nous demandons l’aide de sa prière dès maintenant et spécialement lors de notre naissance au ciel. Dans les pragraphes suivants, voici comment s’exprime de CEC (1992)

Le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC) aux n° 2676-2677 :
» – « Je vous salue, Marie (Réjouis-toi, Marie). » La salutation de l’Ange Gabriel ouvre la prière de l’Ave. C’est Dieu Lui-même qui, par l’entremise de son ange, salue Marie. Notre prière ose reprendre la salutation de Marie avec le regard que Dieu a jeté sur son humble servante et se réjouir de la joie qu’Il trouve en elle.
– « Pleine de grâce, le Seigneur est avec toi » : les deux paroles de la salutation de l’ange s’éclairent mutuellement. Marie est pleine de grâce parce que le Seigneur est avec elle. La grâce dont elle est comblée, c’est la présence de Celui qui est la source de toute grâce. « Réjouis-toi (… ) fille de Jérusalem (… ) le Seigneur est au milieu de toi » (So 3, 14. 17a). Marie, en qui vient habiter le Seigneur Lui-même, est en personne la fille de Sion, l’arche de l’alliance, le lieu où réside la gloire du Seigneur: elle est « la demeure de Dieu parmi les hommes » (Ap 21, 3). « Pleine de grâce », elle est toute donnée à Celui qui vient habiter en elle et qu’elle va donner au monde.
– « Tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni. » Après la salutation de l’ange, nous faisons nôtre celle d’Élisabeth. «Remplie de l’Esprit Saint » (Lc 1, 41), Élisabeth est la première dans la longue suite des générations qui déclarent Marie bienheureuse, « Bienheureuse celle qui a cru… » (Lc 1, 45) ; Marie est « bénie entre toutes les femmes » parce qu’elle a cru en l’accomplissement de la parole du Seigneur. Abraham, par sa foi, est devenu une bénédiction pour « toutes les nations de la terre » (Gn 12, 3). Par sa foi, Marie est devenue la mère des croyants grâce à laquelle toutes les nations de la terre reçoivent Celui qui est la bénédiction même de Dieu: « Jésus, le fruit béni de tes entrailles. »
– « Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous » Avec Élisabeth nous nous émerveillons: « Comment m’est-il donné que vienne à moi la Mère de mon Seigneur? » (Lc 1, 43) Parce qu’elle nous donne Jésus son fils, Marie est la Mère de Dieu et notre mère ; nous pouvons lui confier tous nos soucis et nos demandes: elle prie pour nous comme elle a prié pour elle-même: « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38). En nous confiant à sa prière nous nous abandonnons avec elle à la volonté de Dieu : « Que ta volonté soit faite. »
– « Prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. » En demandant à Marie de prier pour nous, nous nous reconnaissons pauvres pécheurs et nous nous adressons à la « Mère de la miséricorde », à la Toute Sainte. Nous nous remettons à elle « maintenant », dans l’aujourd’hui de nos vies. Et notre confiance s’élargit pour lui abandonner dès maintenant « l’heure de notre mort ». Qu’elle y soit présente comme à la mort en Croix de son Fils et qu’à l’heure de notre passage elle nous accueille comme notre mère pour nous conduire à son Fils Jésus, en Paradis. »
Le Je vous salue Joseph est un plagiat
“Je vous salue, Joseph,
Vous que la grâce divine a comblé.
Le sauveur a reposé dans vos bras et grandi sous vos yeux.
Vous êtes béni entre tous les hommes,
et Jésus, l’enfant divin de votre virginale épouse, est béni.
Saint Joseph, donné pour père au Fils de Dieu,
priez pour nous, dans nos soucis de famille, de santé et de travail, jusqu’à nos derniers jours,
et daignez nous secourir à l’heure de notre mort. Amen.”
Bien sûr, on n’y met pas Joseph sur le même plan que Marie, on évite les confusions. Il n’en reste pas moins qu’on est mal à l’aise devant cette pâle imitation. Car la charge biblique, angélique et christologique de la salutation mariale ne supporte pas une telle reproduction insipide. Cette piété ne met pas en valeur les grâces propres de saint Joseph. La salutation mariale est nourrie de saveur biblique, évangélique, de même, il faut nourrir la prière à saint Joseph des accents qui lui sont personnels dans les évangiles. En voici une tentative :

Pour prier avec saint Joseph
Prière de la communion des éducateurs chrétiens, Imprimatur diocèse de paris, 2001.
Saint Joseph, Fils de David,
Apprends-nous à reconnaître l’image du Seigneur
dans ceux qui nous sont confiés,
et à la respecter en toutes circonstances
comme David a respecté l’onction de Saül.
Saint Joseph, Époux de Marie,
Apprends-nous à aimer l’Église comme notre propre corps,
et à contempler en elle
l’œuvre de l’Esprit Saint avec un cœur pur.
Saint Joseph, Averti par les Anges,
Et docile à leur message,
Rends-nous attentifs à leur présence pour accomplir
avec promptitude la volonté du Père.
Saint Joseph, Marcheur dans la nuit,
Pour protéger l’Enfant de la méchanceté d’Hérode,
Permets-nous de ne pas donner prise à l’Adversaire,
Sois un bon guide sur un chemin d’invention et de courage.
Saint Joseph, Gardien du Rédempteur,
qui as exercé sur Jésus l’autorité paternelle,
apprends-nous à servir ceux qui nous sont confiés
pour qu’ils grandissent en sagesse et en grâce
devant Dieu et devant les hommes.
Saint Joseph, Serviteur de Dieu,
Homme que Dieu a trouvé selon son cœur,
Pour déposer en ses mains ce qu’Il avait de plus cher,
Apprends-nous à aimer la vérité,
à servir le bien d’autrui, à chercher la paix.
Saint Joseph, Homme juste,
Aide-nous à renoncer à nous-mêmes,
Pour rechercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice,
Recevoir au centuple, en ce temps-ci,
Et dans le monde à venir la vie éternelle. Amen.
Dire « Réjouis-toi Marie » plutôt que « Je vous salue Marie » ?
C’est une autre question, cependant, elle rejoint ce qui est souligné précédemment. Les prophéties de l’A.T. sur la Fille de Sion peuvent s’appliquer à la Vierge Marie, mais pas à Saint Joseph.
Notre chapelet ou rosaire est une succession d’Ave Maria, communément traduit en français par « Je vous salue, Marie ». Certains utilisent une expression plus directe que d’autres trouvent parfois réductrice ou irrévérencieuse - « Réjouis-toi, Marie… » À Lourdes même, durant le Pèlerinage du Rosaire, il arrive que l’une et l’autre expression soit employée, selon celui ou celle qui guide la récitation. Le courrier de quelques pèlerins nous amène à une précision. Fr. Philippe Jeannin, o.p., Revue du Rosaire (n° 124, mai 2001, publiée par les Ed. du Cerf)
Le texte de l’évangéliste Luc (1,28), rédigé en grec, utilise le mot Kaïré, équivalent du latin Ave, comme dans Ave, Cesar morituri te salutant ! et que nous traduisons habituellement par Salut ! C’est la salutation habituelle chez les Grecs, comme plus loin dans l’évangile de la Passion (Mt 27, 29 ou Mc 15, 18) que nous n’hésitons pas à traduire par Salut, roi des Juifs ! Mais nous n’imaginons pas réciter : Salut, Marie… On comprend pourquoi la traduction a préféré : Je vous salue, Marie…
Toutefois, la traduction la plus littérale à partir du texte grec serait plutôt Réjouis-toi, graciée ou comblée de grâce… qu’ont préféré retenir ceux qui se sont penchés sur les formulations liturgiques au lendemain de la réforme liturgique de Vatican II. Ce n’est pas la première fois que résonne ainsi l’appel à la joie. Les annonces messianiques des prophètes de l’Ancien Testament sont fréquentes : Pousse des cris de joie, fille de Sion… Réjouis-toi, toi la stérile qui n’enfantais pas… (Zacharie 9, 9 -1 Joël 2, 21, Sophonie 3, 14). Ces textes sont d’ailleurs souvent repris comme lectures pour les fêtes de la Vierge.
Le Réjouis-toi laisse déjà sous-entendre le fait que celui dont l’ange va annoncer la naissance est bien le Messie attendu. Il a comme un goût d’accomplissement de la promesse. Si l’on compare la formulation de Luc avec les traductions ou adaptations des premiers siècles ou les dialectes orientaux proches de celui que Jésus a dû parler, on trouve plutôt une salutation du style Paix sur toi, Marie… ou Paix à toi… toujours actuelle sous la forme courante de Shalom ! en Israël ou As-Salam ou aléikoum… dans les pays arabes. La paix, comme la joie, est ici une autre thématique messianique. C’est ainsi que Jésus sera désigné comme Prince de la Paix.
L’avis du pape Jean-Paul II

« Au moment de l’Annonciation, Marie, « fille de Sion par excellence » (LG 55), est saluée par l’ange comme la représentante de l’humanité, appelée à donner son consentement à l’Incarnation du Fils de Dieu. La première parole que l’ange lui adresse est une invitation à la joie : « chaïré », c’est-à-dire « réjouis-toi ! ». Le mot grec a été traduit en latin par « Ave », une simple expression de salut, qui ne semble pas correspondre pleinement aux intentions du messager divin et au contexte dans lequel se déroule la rencontre. Certes, « chaire » était aussi une formule de salutation, souvent employée par les Grecs, mais les circonstances extraordinaires dans lesquelles ce mot est ici prononcé sont étrangères au climat d’une rencontre habituelle. En effet, il ne faut pas oublier que l’ange a conscience d’être le porteur d’une nouvelle unique dans l’histoire de l’humanité. Une simple salutation usuelle serait donc ici hors de propos. Au contraire, la référence à la signification originaire de l’expression « chaire », qui est « réjouis-toi ! », semble mieux convenir à cette circonstance exceptionnelle. Comme l’ont constamment souligné surtout les Pères grecs, en citant divers oracles prophétiques, l’invitation à la joie convient particulièrement à l’annonce de la venue du Messie. »
Jean-Paul II, audience générale du 1er mai 1996
Une note sur la gentillesse pour terminer
pour ceux que cet article aurait irrités…
« L’apôtre dit : « Que votre sérénité soit connue de tous les hommes ». Le mot grec que nous traduisons par « sérénité » [traduit par « affabilité » en italien, ndlr] signifie tout un ensemble d’attitudes qui vont de la clémence à la capacité de savoir céder et de se montrer aimable, tolérant et accueillant.

Nous pourrions le traduire par « gentillesse ». Il est nécessaire de redécouvrir avant tout la valeur humaine de cette vertu. La gentillesse est une vertu à risque ou même en voie d’extinction dans la société dans laquelle nous vivons. La violence gratuite dans les films et à la télévision, le langage délibérément vulgaire, la compétition à qui pousse le plus au-delà des limites du tolérable en matière de brutalité et de sexe explicite en public, créent en nous une accoutumance à toute expression de laideur et de vulgarité.
La gentillesse est un baume dans les relations humaines. On vivrait tellement mieux en famille s’il y avait un peu plus de gentillesse dans les gestes, dans les paroles et avant tout dans les sentiments du cœur. Rien n’étouffe davantage la joie d’être ensemble que la grossièreté du style. « Une aimable réponse apaise la fureur, une parole blessante fait monter la colère » (Pr 15, 1-4). « Une bouche agréable multiplie les amis, une langue affable attire maintes réponses aimables » (Si 6, 5). Une personne gentille laisse une traînée de sympathie et d’admiration partout où elle passe ».
P. Cantalamessa ZF06121510
