Le Sénat rejette un article-clé de la loi sur l’aide à mourir, mais adopte un texte renforçant l’accès aux soins palliatifs. L’examen de la proposition de loi se poursuit jusqu’au 13 mai. Maud Petit, députée MoDem du Val-de-Marne, raconte son changement d’avis au sujet de l’euthanasie.
Le 19 janvier 2021, la proposition de loi visant à « affirmer le libre choix de la fin de vie et à assurer un accès universel aux soins palliatifs » est déposée à l’Assemblée nationale. Maud Petit vote pour, « les yeux fermés et avec les deux mains ».
« Faut-il laisser les gens souffrir jusqu’à leur mort ? »
Sur le moment, aucune hésitation. Ensuite, les doutes s’installent et les questions se bousculent dans son esprit. « Je ne connaissais pas le sujet », avoue-t-elle, avant d’ajouter qu’elle « ignorait même l’existence des soins palliatifs ». Après ce premier vote, la députée décide de se rendre dans des unités de soins palliatifs. Elle approfondit le sujet, se renseigne, rencontre des spécialistes et des médecins pendant plusieurs années. Une question s’impose alors à elle. « Faut-il laisser les gens souffrir jusqu’à leur mort ? » Maud Petit affirme que la « question est juste », qui plus est présente à l’esprit de bon nombre de Français. Mais « l’euthanasie n’est pas la réponse adéquate » selon elle. La députée se dit reconnaissante que cette loi soit scindée en deux, « distinguant les soins palliatifs de l’euthanasie« . Cinq ans après le début des débats sur ce texte houleux, Maud Petit assume pleinement son changement d’avis. Alors que le Sénat a rejeté, le 11 mai, un article-clé de la loi sur « l’aide à mourir », la députée assure qu’elle « votera contre », lorsque le texte reviendra à l’Assemblée nationale.
D’autres changent aussi d’avis
Maud Petit observe une évolution notable des positions à l’Assemblée nationale depuis 2021. « Aujourd’hui, beaucoup plus de députés sont sensibilisés », explique-t-elle. Les lignes bougent. « Parmi ceux qui étaient favorables, certains doutent » alors que « ceux qui doutaient sont finalement contre ». Si elle reste prudente sur l’issue du texte, Maud Petit souligne néanmoins une prise de conscience croissante, marquée par des « réflexions personnelles » et du « courage » pour dire « finalement, ce texte me dérange et je ne veux pas être celui qui va permettre qu’on autorise l’euthanasie dans notre pays ».
Il y a visiblement urgence
Même si Maud Petit argue ne subir « aucune pression » de façon personnelle, elle reconnaît que cette dernière « existe et se maintient ». Elle se caractérise surtout par « l’urgence« que les partisans du droit à l’aide à mourir font croître. « Ils considèrent que c’est la meilleure des solutions et qu’il faut légiférer au plus vite », explique-t-elle.
L’urgence, c’est de mettre en place des unités de soins palliatifs partout en France et en Outre-mer.
« Vite fait mal fait » semble être l’écho de cette urgence ressentie par la députée. Elle se souvient des propos « profondément choquants » tenus par un de ses collègues. Alors qu’elle lui partage ses craintes sur les potentielles dérives liées à l’euthanasie, ce dernier lui déclare qu’il n’y a « rien de grave, puisque si on vote maintenant, nos successeurs règleront le problème s’il y en a vraiment un ».
Je sais parfaitement que je vais voter pour les soins palliatifs mais contre, une dernière fois, l’euthanasie.
