Jésus, nourriture du don de soi

(Corps et Sang du Seigneur A — Jn 6,51-58) — écouter l’homélie

En cette fête du Corps et du Sang du Seigneur, nous méditons à nouveau le don qu’il nous fait de sa présence comme pain de Vie descendu du Ciel. Si la Manne était un don préfiguratif : « pour te faire découvrir que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur » (Dt 8), l’Eucharistie est un don conclusif, car « tout est accompli » (Jn 19, 30), le Corps est livré, le Sang est versé ; le Christ est ressuscité ; le mémorial est efficace.

Jésus le Pain Vivant

Moi, je suis le pain vivant (v. 51). Non pas le pain qui fait vivre, comme celui que nous mangeons à chaque repas. Mais le pain qui possède la vie en lui-même et qui est apte à la communiquer, car il est descendu du ciel. C’est le pain epiousion, transcendant, le pain « supersubstantiel » comme le traduira saint Jérôme en latin (« Notre pain epiousionde demain -, donne-le nous aujourd’hui », dans le grec du Notre Père.) Le Pain de Vie qu’est Jésus nous fait vivre éternellement, sans pour autant supprimer le passage par la mort corporelle.

Croire, mais aussi manger

Qui mangera ce pain vivra à jamais… (v. 51). Il ne s’agit plus seulement de croire (Jn 6, 47), mais aussi de manger. Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la Vie du monde… Jésus est Pain vivant, chair vivifiante. Saint Jean ne rapporte pas le récit de l’institution de l’eucharistie, contrairement aux trois synoptiques (« Ceci, mon corps livré pour vous »). Mais ce verset 51 en est l’annonce tout-à-fait identique (« C’est ma chair livrée pour la vie du monde »).

Le scandale

Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? Le celui-là est un peu condescendant, méprisant… Ils sont comme scandalisés par une telle affirmation. Jésus le soulignera plus loin : cela vous scandalise ? (v. 61). Car « murmurer », dès l’A.T., c’est résister à l’action de Dieu qui nous sauve. La réponse de Jésus, solennelle à nouveau (« en vérité »), est tranchante : si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la Vie en vous. Pour recevoir la Vie éternelle, non seulement il faut croire en Jésus Pain de Vie, mais il faut manger cette chair vivifiante du Fils de l’homme.

Mâcher

Pour avoir la vie éternelle, il faut manger la chair (v. 53, en grec : phagein), mâcher, croquer (v. 54, en grec : trôgein)… Ce changement de mot est intentionnel pour bien souligner le réalisme de la communion eucharistique. Il ne s’agit pas de communier à un symbole, à un signe, mais réellement à la chair crucifiée et glorifiée du Christ. Il s’agit d’un vrai repas où l’on mange réellement l’humanité du Christ ressuscité. On communie donc pour ressusciter… C’est une vraie nourriture. Les autres nourritures ne sont que pour le corps périssable, pour la vie terrestre ; celle-ci est pour la vie éternelle, en vue du corps glorifié.

Trois effets vivifiants

Ils sont exposés dans ces trois versets, et Jésus y emploie encore trois fois le mot MÂCHER.

56 Qui MÂCHE ma chair et BOIT mon sang demeure en moi et moi en lui. 57 De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même CELUI QUI ME MÂCHE, lui aussi vivra par moi. 58 Voici le pain descendu du ciel ; il n’est pas comme celui qu’ont mangé les pères et ils sont morts ; qui MÂCHE ce pain vivra à jamais ».

Ces trois effets sont

* La présence de Jésus en nous : il demeure en nous, et nous demeurons en lui.

* La vie divine en nous : c’est la Vie même du Père et du Fils que Jésus nous donne par l’Esprit.

* La vie éternelle : elle nous fait dépasser la mort pour vivre en Dieu et ressusciter.

« La spiritualité dont nous avons besoin est une spiritualité eucharistique, c’est-à-dire une spiritualité de l’unité ecclésiale dans l’amour. L’Incarnation et Pâques révèlent Dieu qui entre dans notre condition humaine et la transfigure par le don de soi. Ce don reste présent et agissant dans l’Eucharistie où le Seigneur se communique et rassemble l’Église, afin que son offrande devienne principe d’unité et source de vie nouvelle » (Léon XIV, Magnifica Humanitas, n° 234) .