Par Isabelle de Gaulmyn. LSD cherche à comprendre les ressorts psychologiques et politiques de la crise de conscience qui traverse aujourd’hui le catholicisme. Enquête au sein de la première religion de France. Réalisation Anne Fleury.
Pour écouter la série de 4 émissions : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-catholiques-de-france-la-tentation-radicale
LSD cherche à comprendre les ressorts psychologiques et politiques de la crise de conscience qui traverse aujourd’hui le catholicisme. Enquête au sein de la première religion de France. Réalisation Anne Fleury
Qu’arrive-t-il aux catholiques de France ? Depuis plusieurs années, le latin revient dans les messes, des prêtres portent la soutane et exigent une séparation stricte des rôles entre hommes et femmes. Les pèlerinages traditionnalistes font le plein, renvoyant l’image d’une identité catholique ultra-classique, nostalgique d’une France chrétienne… Le catholicisme demeure la première religion de France, mais la crise des abus sexuels et la sécularisation de la société ont profondément déstabilisé l’institution catholique. Cependant, plutôt que de procéder à une remise en cause en profondeur, tout se passe comme si une partie des fidèles préférait se réfugier dans une conception « Ancien Régime » de la religion, le pied appuyé sur la pédale de marche arrière….
Cette évolution trouve une traduction politique inquiétante. Longtemps, les catholiques, bien que majoritairement situés à droite, formaient un rempart contre les idées d’extrême droite jugées incompatibles avec l’Évangile. Ce n’est plus le cas. Aux dernières élections législatives, plus de 40% d’entre eux ont voté pour les partis de Marine Le Pen ou Eric Zemmour ! Émerge ainsi une droite catholique nationaliste, qui, au nom d’une vision de la France chrétienne, soutient une alliance entre la droite et l’extrême-droite.
Nous avons voulu comprendre cette évolution de fond, qui, au-delà des catholiques, concerne l’ensemble du pays. Car on l’oublie trop souvent : le tissu associatif national reste largement dominé par les organisations chrétiennes, qui des migrants aux gens de la rue, en passant par l’aide au développement ou à l’hébergement jouent un rôle crucial pour la démocratie dans notre pays.
Comment expliquer cette crise de conscience ? Sans doute faut-il remonter au conflit du mariage pour tous qui a opposé des milliers de catholiques au reste de la France. Beaucoup ont alors pris brutalement conscience qu’ils étaient devenus minoritaires dans une société qui ne les comprenait plus. La radicalisation catholique a pris racine à ce moment-là. Aujourd’hui elle est soutenue par des milliardaires catholiques comme Vincent Bolloré ou Pierre-Edouard Stérin. Le mouvement n’est pas propre à la France. Nous sommes allés voir comment, né aux Etats-Unis, avec Trump II, il s’est étendu en Europe : de la Hongrie de Victor Orban à l’Italie de Gorgia Meloni.
Cette radicalisation spectaculaire ne doit cependant pas masquer d’autres dynamiques profondes. Nous avons rencontré des jeunes catholiques, sensibles à l’appel écologique du pape François, qui inventent à bas bruit de nouvelles manières d’être croyants. Ils mettent en œuvre des formes concrète de solidarité face à un monde globalisé. Signe peut-être qu’après 2000 ans d’existence, le christianisme demeure capable d’inspirer de nouvelles utopies.
