« C’est quand même une chance de vieillir »

Pour l’écrivaine belge Colette Nys-Mazure, 87 ans, la poésie est une compagne quotidienne et essentielle. Dans Grand âge, nous voici, son dernier essai (Ed. Salvator) elle partage sa vision constructive du grand âge, où la poésie permet de maintenir dignité et humanité face aux défis du vieillissement.

Christine Mo Costabella /  Adaptation: Carole Pirker. Sur le site cath.ch

Il y a le dos qui fait mal, le rythme qui ralentit. Il y a les nuits sans sommeil et les amis qui disparaissent. Mais pour Colette Nys-Mazure (voir encadré), la vieillesse est aussi ce privilège d’avoir tout une existence derrière soi. Et la vie ne s’arrête pas: elle appelle chaque jour à apprendre, à rencontrer et à aimer.

Orpheline à sept ans après la mort accidentelle de ses parents, elle a développé une relation apaisée avec la mort et un élan vital profond. Croyante catholique, elle cultive trois antidotes contre les dangers de la vieillesse: la gratitude contre le ressassement, la curiosité contre le découragement, et contre la tristesse, l’attention aux vivants.

Est-ce que le titre de votre livre, Grand âge, nous voici, ne contient pas une espèce de défi lancé à la vieillesse?
Colette Nys-Mazure: Oui, c’est certain. J’avais été très impressionnée par le livre de Claudie Hunzinger, Un chien à ma table. Elle y disait que l’on sent bien que le corps décline dans le grand âge, mais c’est l’inconnu, et l’inconnu est toujours stimulant et excitant. C’est une sorte d’expédition en zone inconnue. Moi, je l’ai pris comme ça, vu mes 87 ans. Je vais vers ce que je ne connais pas, mais avec l’intime conviction qu’on a plus de force qu’on ne le croit et qu’on a de grâce que pour l’instant présent.

Quand vous étiez plus jeune, comment est-ce que vous imaginiez la Colette âgée?
Oh, je ne l’imaginais pas! J’ai toujours vécu de façon très «ici-maintenant», dans la plénitude. Je ne me suis pas projetée. Je voyais mes grands-mères, bien sûr, et je les aimais, mais je ne m’identifiais pas à elles. On est tellement prise dans le mouvement même de l’existence, l’élan à entretenir. C’était le plaisir d’être en vie. J’ai toujours adoré exister. Aussi, je n’ai commencé à y penser que lorsque j’ai eu les premiers ennuis de genoux et de dos…

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J’aime cette adresse du poète Saint-John Perse : “Grand âge, nous voici.” Dès que nous surgissons au monde, nous avons un âge qui s’oriente inexorablement vers celui que l’on dit “grand” ; au lieu de le fuir ou de le nier, opter pour le courageux et confiant “nous voici”.