15° D. TO A — Mt 13,1-23
Nous entrons aujourd’hui, pour trois dimanches successifs, dans une autre partie de l’Évangile de Matthieu : l’enseignement en paraboles, à commencer par la parabole du semeur. Après avoir donné ses consignes de mission aux Douze, Jésus expérimente les refus qui lui sont opposés. Seuls les petits reçoivent l’annonce du Royaume, et Jésus y discerne le bon vouloir du Père. Entre les deux scènes, la première, où Jésus montre qu’il choisit ses disciples plutôt que sa famille naturelle (Mt 12,46- 50), et la seconde, celle de Nazareth, où l’incrédulité de sa patrie est quasi unanime (13,54- 58), le discours parabolique de Mt 13 explique comment il se peut que le Règne de Dieu soit à la fois inauguré sur la terre et refusé (voire ignoré) par les hommes.
Plusieurs lectures possibles de cette parabole
On peut faire une lecture christologique, en rapport avec le passage d’Isaïe : « ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission » (Is 55). Jésus est le Verbe qui « tombé en terre… meurt et porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24).
On peut faire une lecture ecclésiale, en rapport avec la mission de l’Église. De ce point de vue, la parabole n’est pas très optimiste : dans trois cas sur quatre (75 %), le grain ne peut porter de fruit. Certes, Jésus annonce qu’il y aura une récolte (de cent, soixante ou trente pour un) ; mais le règne de Dieu, il faut bien l’admettre, ne s’établira qu’au travers de nombreux échecs.
On peut faire une lecture spirituelle, qui concerne le cœur malade de l’homme, et qui diagnostique l’état du cœur croyant dans l’accueil de la Parole. Commençons par ce fil conducteur.
Le grain semé, puis enlevé, desséché, étouffé
L’être humain n’habite pas son propre cœur, il reste en périphérie de son cœur, « au bord du chemin » (13, 19), il ne saisit pas la Parole. Cela donne prise au « Mauvais » qui « survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur ». Il ne faut pas sous-estimer cette œuvre diabolique, l’avortement de la Parole.
Ou encore, le cœur est inconstant. Il reçoit la parole avec joie, mais c’est un enthousiasme momentané. « Il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment », il ne fait pas un travail sur lui-même pour prendre une décision durable, et donc « détresse ou persécution à cause de la Parole » empêchent la croissance.
Ou encore le cœur est partagé. Ce que Jésus appelle « les ronces » est nommé plus précisément : « le souci du monde et la séduction de la richesse », au fond, le matérialisme ambiant.
Dans les trois cas, Jésus nous dit que nous sommes superficiels : pas vraiment présents, pas décidés pour durer, pas mûrs pour faire des choix coûteux.
Le grain qui mûrit jusqu’à la moisson
La « bonne terre », le cœur bien disposé, c’est « celui qui entend la Parole et la comprend ».
* Entendre, être bien présent, et repousser le travail du Mauvais ;
* Comprendre avec le cœur et l’intelligence le coût à payer, c’est-à-dire
- s’engager dans la durée en acceptant que le chemin soit pavé de souffrances intérieures et d’oppositions extérieures
- consentir aux choix difficiles exigés par la suite du Christ, renoncer à courir après la réussite dans la société, renoncer à l’emprise du matérialisme…
À travers cet enseignement parabolique, la musique est identique à celle des choix de Jésus lors des tentations, ou encore à ce qu’il dit sur les exigences pour venir à sa suite. Les trois vœux religieux ne sont pas une invention de l’Église, mais la cristallisation de l’enseignement évangélique sur le Royaume de Dieu dans lequel nous cherchons à entrer.
Jésus ne rencontra pas toujours un accueil favorable dans son ministère, il se heurta aussi à l’opposition. Le succès tant souhaité fit parfois place à des échecs inexplicables. Mais Jésus veut exprimer sa confiance. Malgré les oppositions et les multiples échecs, le Règne de Dieu viendra. Les pertes ne pourront pas empêcher l’abondance de la récolte. C’est cette assurance-là que la parabole veut susciter.
« Vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! » (13, 16)
