Le Christ, Juge souverain

(34° D. TO A — Mt 25, 31-46). Cette dernière parabole et dernière instruction de Jésus se passe juste avant sa Passion ; c’est dire que ces ultimes paroles de Jésus prennent valeur de testament (comme en Jn 17) : c’est une représentation apocalyptique du jugement dernier, envisagé ici comme le Jugement des Nations. cela correspond bien à la perspective universaliste de Mt. Car depuis la venue des mages (2,1),le monde entier est le champ du Fils de l’Homme (13,38).

Un jugement universel basé sur l’amour concret

De par son contenu, la parabole constitue un résumé de l’enseignement du Christ : c’est l’amour qui en dernière analyse déterminera le sort final de chacun ; le seul fait de confesser (dire, 7, 21) le nom du Seigneur ne saurait remplacer la pratique (faire) de la volonté du Père et ne saurait suffire pour donner l’accès au Royaume. Cette parabole offre à l’évangéliste l’occasion d’insister sur la priorité de l’amour (c’est la miséricorde que je veux).

L’évangéliste a déjà présenté des épisodes du jugement dernier, sous forme de dialogue du Seigneur avec des subordonnés (7, 21-23 ; 25, 10-11 ; 14-30) ; mais ici le jugement a un caractère cosmique. Une fresque puissante qui montre le Christ en gloire : c’est lui qui en tient les assises, comme un juge solennel et souverain. Le Fils de l’homme « vient » dans « sa gloire » « escorté de tous les anges » et prend place sur « son trône de gloire » (v. 31).

Écouter l’homélie

Une séparation des hommes en deux groupes

La scène de la séparation reprend un thème central de la tradition du jugement que Mt a à plusieurs reprises introduit dans les paraboles. Ce trait originel qui concernait deux groupes est maintenant porté au niveau du monde entier. De plus il s’agit ici d’un jugement dont le critère n’est pas spécifiquement chrétien (ce motif exclusif de l’amour), de la sorte nul n’en est exclu, qu’il soit chrétien, juif ou païen. C’est le Fils de l’Homme lui-même qui juge, en tant que Pasteur connaissant chacune de ses ouailles.

Cette division en deux groupes est basée sur l’accueil fait ou refusé aux indigents. L’insistance porte sur le service matériel et non plus sur la conversion, la foi ou même sur le double commandement d’amour. Il s’agit en effet de toutes les nations, dont certaines ne se réclament pas d’une appartenance au Christ. Le critère de service matériel est à la portée de tous, ne serait-ce que du seul fait de la solidarité humaine.

Les justes ont fait miséricorde au Christ sans le savoir

Les bénisauxquels est destiné le Royaume éternel sont par deux fois appelés « justes » (25, 37.46). Ce terme désigne chez Mt ceux qui ont accueilli et pratiqué la Parole et dont la conduite correspond à la volonté du Père. Le groupe de droite, aussi bien chrétiens, juifs que païens, est appelé « juste » à cause du seul fait qu’il « a fait » la miséricorde, tandis que le groupe de gauche est maudit pour ne l’avoir pas « faite ». Ce « faire » est l’accomplissement des commandements régis par la loi d’amour, surtout de la miséricorde.

Par l’accomplissement de la miséricorde, les justes ont été mis en relation avec Lui, Jésus, même inconsciemment. Par leurs actes d’amour envers les démunis, même des païens ont posé un acte de justice : ils ont été en relation avec le Christ. Le groupe de gauche qui a négligé toute occasion d’être en contact avec lui, et par conséquent d’être justifié, est rejeté.

Car le Juge s’est identifié aux pauvres

Le fait absolument singulier de cette parabole est la déclaration du Juge-Roi. Il parle de lui-même, à la première personne, de sa situation propre « j’avais faim et vous m’avez donné à manger ». Les justes et les maudits sont étonnés de ce que leurs actes ou leurs omissions aient un rapport quelconque avec le Fils de l’homme. Les uns et les autres n’ont pas su qu’ils rencontraient le Fils de l’homme. La vraie portée de leurs actes leur demeure inconnue jusqu’à l’heure du jugement (« Ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra », 6, 4.18). Chacun a donc l’occasion de prendre position vis-à-vis du Christ par des actes concrets envers les pauvres. Au moment de quitter ce monde, Celui qui nous fait confiance, comme il nous l’a dit dans la parabole des talents, nous confie ce qu’il a de plus précieux au monde : l’humanité, où il reste bien présent jusqu’à la fin.

Et toi, mon troupeau – ainsi parle le Seigneur Dieu –,

voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs. (Ez 34, 17)