Le grand témoignage de Jean-Baptiste

2è D TO A — (Jn 1, 29-34)

Pourquoi s’attarder encore sur le personnage de Jean-Baptiste après la fête du Baptême du Seigneur ? Il semble que ce soit lié à la « suite liturgique » des 3 manifestations de Jésus comme Roi des nations — Fils bien-aimé du Père — époux de l’humanité (Epiph.-Bapt.-Cana), suite considérée comme un déploiement de la fête de Noël. Ici l’évangile des noces de Cana est remplacé par le témoignage de celui qui affirme « celui qui a l’épouse est l’époux » (Jn 3,29). Juste après cet épisode, Jésus accueille effectivement ses premiers disciples, Jean et André.

Le Précurseur, un grand témoin de Jésus

Sa place est capitale dans ce premier chapitre de Jean qui nous parle d’une nouvelle Genèse en 7 jours.

  • deux allusions dans le Prologue (1, 6-8 & 15) ;
  • son témoignage sur lui-même placé au « jour 1′ (1, 19-28) ;
  • son témoignage sur Jésus placé au « jour 2′ (1, 29-34) ; c’est l’évangile donné ce dimanche ;
  • et son renvoi vers Jésus d’André et Jean qui deviennent ses deux disciples (1, 35-39) au « jour 3′.

L’évangéliste Jean ne raconte pas la scène du baptême au Jourdain, il la fait raconter par la voix du Baptiste. Nous ne sommes plus témoins de la scène, mais auditeurs d’un témoin de foi.

Le témoignage de Jean-Baptiste sur Jésus lui a été donné comme une révélation, car, dit-il « je ne le connaissais pas » (v. 31. 33). D’ailleurs, c’est Jésus qui vient vers lui (v. 29), qui se manifeste à lui en quelque sorte, et à tout Israël (v. 31). En conséquence, le témoignage de Jean-Baptiste contient une révélation christologique puissante :

• Jésus est l’Agneau de Dieu (v. 29. 36), le Rédempteur,

• Jésus est celui sur qui repose l’Esprit Saint (v. 32), et celui qui baptise dans l’Esprit Saint (v. 33),

• Jésus est le Fils de Dieu (v. 34). On peut difficilement dire plus !

1. Jésus l’Agneau de Dieu

— « Voici l’Agneau de Dieu ». L’expression est unique et ne se trouve nulle part ailleurs dans la Bible. On la retrouve quelques versets plus loin lors de l’appel des premiers des disciples : « Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. » Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus » (Jn 1, 36-37). La mention de l’Agneau de Dieu encadre donc ce témoignage de Jean. Son témoignage permet de passer de « voir » Jésus à « suivre » le Fils de Dieu.

— En désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu, Jean reconnaît l’identité et la mission divines de Jésus qui vient réconcilier le monde avec le Dieu-Père. Car cet homme n’est pas un simple messie, il est celui qui était avant le baptiste. L’évangéliste fait écho ici au prologue de son évangile affirmant la préexistence divine du Christ, le Verbe, qui était au commencement auprès de Dieu et qui a planté sa tente parmi nous (1,2.14).

— L’Agneau de Dieu, c’est l’agneau du quatrième chant du serviteur de Yahvé (Isaïe, 53), l’agneau qui n’ouvre pas la bouche devant ceux qui le tondent et qui symbolise le Serviteur de Yahvé.

— Jésus, l’agneau véritable, ne porte pas les péchés, mais le péché du monde. Le singulier correspond pour Jean au fait qu’il n’y a qu’un seul péché, l’incrédulité, qui consiste concrètement à ne pas croire en Jésus et à sa mission. Tel est « le péché du monde ».

Écouter l’homélie

2. Jésus, celui qui baptise dans l’Esprit Saint

L’annonce du baptême dans l’Esprit Saint est l’une des caractéristiques de la prédication du Baptiste (la mention se trouve dans les 4 évangiles). Cet autre baptême supposait d’abord la descente de cet Esprit sur Jésus. Jean-Baptiste a pris part à cet évènement et peut en témoigner. Si l’Esprit descend sur Jésus est demeure sur lui, alors il s’en suit que Jésus doit être le Fils de Dieu. C’est l’expérience de foi du Baptiste, il en témoigne : il a vu, avec des yeux de croyant, Jésus comme le Fils de Dieu. Lorsque nous avons du mal à croire, demandons l’Esprit Saint.

3. Jésus, le Fils de Dieu

Dans la suite de cette affirmation du Baptiste, « C’est lui le Fils de Dieu », une succession en cascade de titres christologiques forme comme une introduction au mystère de Jésus, destinée aux croyants et aux catéchumènes. On y trouve un approfondissement progressif de la foi en Jésus, qui commence avec « l’Agneau de Dieu » (v. 36), pour conduire au « Rabbi » et « Maître » (v. 38), puis au Messie (v. 41), jusqu’à « celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et dans les prophètes » (v. 45), le « fils de Dieu, le roi d’Israël » (v. 49) et enfin le « Fils de l’homme » (v. 51). Avec les disciples, les lecteurs de l’évangile sont introduits pas à pas dans le mystère de Jésus.

Jean-Baptiste, un modèle de « disciple précurseur » ?

Certes, la place de Jean-Baptiste est tout à fait spécifique : être le Précurseur. En cela, peut-être est-il comme un modèle non pas de disciple-missionnaire comme on aime à le dire aujourd’hui, mais de disciple-précurseur :

• permettre à Jésus de se manifester (Jn 1, 31), en appelant à la conversion (Mt 3, 2),

• annoncer l’Époux et s’effacer devant lui (Jn 3, 29-30),

• entrer dans l’obscurité de la foi qui comporte bien des doutes et des incertitudes (3° D de l’Avent C : Mt 11, 2-11),

• aller jusqu’au bout du témoignage : le martyre (Mt 14, 1-13).

Je ne le connaissais pas. Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu !