Sts Pierre et Paul C
La fête des saints Apôtres Pierre et Paul que nous célébrons ce dimanche est à la fois une commémoration reconnaissante de ces deux grands témoins de Jésus Christ, et une confession solennelle en faveur de l’Église une, sainte, catholique et apostolique1 puisqu’ils en sont les piliers.
C’est tout d’abord une fête de la catholicité
Le signe de la Pentecôte — la nouvelle communauté qui parle dans toutes les langues et qui unit tous les peuples en un unique peuple, en une famille de Dieu — ce signe est devenu réalité. Et le but de la mission de l’Église est bien une humanité devenue elle-même une glorification vivante de Dieu. Saint Irénée de Lyon au IIè s., a exprimé d’une très belle façon ce lien entre catholicité et unité : « C’est cette doctrine et cette foi que l’Église, disséminée dans le monde entier, conserve avec diligence, formant presque une unique famille : la même foi avec une seule âme et un seul cœur, la même prédication, enseignement, tradition comme si elle ne possédait qu’une seule bouche » (Adv. haer., I 10, 2). Et pour être exhaustif, la catholicité n’exprime pas qu’une dimension horizontale, le rassemblement de nombreuses personnes dans l’unité ; elle exprime également une dimension verticale : ce n’est qu’en tournant le regard vers Dieu, seulement en s’ouvrant à lui que nous pouvons devenir vraiment une seule chose.
L’Église est une
Catholicité signifie universalité — multiplicité qui devient unité ; unité qui demeure toutefois multiplicité. L’unité des hommes dans leur multiplicité est devenue possible, car Dieu, cet unique Dieu du ciel et de la terre, s’est montré à nous ; parce que la vérité essentielle sur notre vie, sur notre « d’où ? » et « vers où ? », est devenue visible quand il s’est montré à nous. En Jésus Christ, nous a fait voir son visage, lui-même. Cette vérité sur l’essence de notre être, sur notre vie et sur notre mort, vérité qui a été rendue visible par Dieu, nous unit et nous fait devenir frères. Catholicité et unité vont de pair. Et l’unité, pour laquelle Jésus priait le soir du jeudi saint, a un contenu : la foi que les Apôtres nous ont transmise de la part du Christ.
L’Église est apostolique
Qu’est-ce que cela signifie ? Saint Marc nous dit que Jésus appela les Apôtres pour « être ses compagnons et pour les envoyer prêcher » (Mc 3, 14). Le Seigneur a institué douze Apôtres, de même que les fils de Jacob étaient douze, en les désignant ainsi comme les chefs de file du peuple de Dieu qui, désormais devenu universel, comprend dès lors tous les peuples. L’Église est apostolique, car elle confesse la foi des Apôtres et cherche à la vivre. Il y a une unicité qui caractérise les Douze appelés par le Seigneur, mais il existe dans le même temps une continuité dans la mission apostolique. Saint Pierre, dans sa première Lettre, s’est qualifié de « co-presbytre » comme les presbytres auxquels il écrit (5, 1). Il a ainsi exprimé le principe de la succession apostolique : le même ministère qu’il avait reçu du Seigneur continue à présent dans l’Église, grâce à l’ordination sacerdotale.
L’Église est sainte
L’Evangile de ce jour nous parle de la confession de Pierre, à partir de laquelle l’Église a commencé : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Rappelons aussi cette autre confession de Pierre prononcée au nom des Douze à Capharnaüm : « Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le saint de Dieu » (Jn 6, 69). L’Église n’est pas sainte par elle-même ; elle est en effet constituée de pécheurs — nous le savons et nous le voyons tous. Mais elle est plutôt toujours à nouveau sanctifiée par le Saint de Dieu, par l’amour purificateur du Christ. Dieu n’a pas seulement parlé : il nous a aimés d’une façon très réaliste, aimé jusqu’à la mort de son propre Fils. C’est précisément là qu’apparaît toute la grandeur de la révélation qui a comme inscrit les blessures dans le cœur de Dieu lui-même. Alors chacun de nous peut personnellement dire avec saint Paul : « Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2, 20).
En ce jour, nous prions le Seigneur afin que la vérité de ce qu’est l’Église s’imprime profondément, avec joie et avec responsabilité, dans notre cœur ; nous prions pour qu’en rayonnant à partir de la célébration eucharistique, elle devienne toujours davantage la force qui modèle notre vie et le monde entier.
Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent. Saint Paul, 2 Tm 4,17
1D ‘après une homélie du pape Benoît XVI, le 29 juin 2005, pour la solennité des apôtres Pierre et Paul.
