INVITATION À LIRE L’ARTICLE DE JEAN-BENOÎT POULLE
S’il est encore trop tôt pour dégager avec assurance un profil-type du « prélat léonin », deux caractéristiques se dégagent de ses premières nominations curiales et dans les diocèses d’importance. La première est l’arrivée aux commandes d’une nouvelle génération dans l’Église catholique, celle qui a précisément l’âge de Léon XIV ou peu s’en faut : des quinquagénaires ou des sexagénaires, certes, mais encore jeunes à l’échelle de la gérontocratie vaticane où il est rare d’accéder à un poste de premier plan avant 70 ans ; et surtout, la première génération vraiment postconciliaire : pour les hommes de Léon XIV, le concile Vatican II est un événement de leur lointaine enfance, pas un souvenir-clef de leur formation ou de leur prêtrise, ce qui ne peut qu’influer sur son mode de réception, même s’il est vrai que cette génération a eu pour maîtres les prélats qui ont mis en œuvre les réformes postconciliaires.
Leur second trait commun est leur formation ou leur expertise comme canonistes, spécialistes du droit de l’Église. François voulait des pasteurs, Léon XIV nomme des juristes. Outre qu’il émane d’un pape docteur en droit canon de l’Angelicum à Rome, ancien chancelier et official diocésain au Pérou, le fait n’est pas anodin dans une Église touchée par les abus sexuels et qui a longtemps pâti des « procédures extraordinaires » et du traitement personnel des affaires, dans un sens sévère ou laxiste. Plutôt qu’un « retour à la normale » après le « pontificat d’exception » de François, ces orientations seraient à analyser comme une consolidation juridique des processus mis en œuvre par son prédécesseur. Le fond reste le même, mais il est assorti d’un style de gouvernement plus lent, traditionnel et synodal, moins autoritaire.
Autre évolution confirmée, la Curie s’internationalise : si l’ancrage des Italiens du sérail diplomatique reste puissant, la place des pays du Sud s’accroît. L’évolution, là encore, ne date pas de Léon XIV, mais les grands équilibres géographiques et géopolitiques de l’Église sont désormais mieux représentés au Saint-Siège.
La féminisation de la Curie, prudemment mise en œuvre sous François, puis accélérée dans les derniers mois de son pontificat, avec la nomination de religieuses secrétaires (n°2), voire co-responsable de Dicastère (mais avec un alter ego masculin), et même présidente de la Commission chargée du gouvernement temporel du Vatican, n’est pour l’instant pas poursuivie. Il faut sans doute davantage y voir une halte tactique qu’une remise en cause. À cet égard, l’objectif semble être moins une inatteignable parité que la visibilité et la représentativité, notamment des religieuses, qui jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement de l’Église universelle.
Le remodelage par Léon XIV de la Curie romaine et des grands diocèses à son image est en tout cas toujours en cours : d’ici la fin de l’année, 6 préfets de Dicastère (postes de rang ministériel), ayant atteint l’âge de 75 ans, devront présenter leur démission 1 : il faudra alors leur trouver des successeurs.
Le premier cercle : la Maison pontificale de Léon XIV
Pour l’assister dans son secrétariat et ses tâches quotidiennes, le pape dispose de la Maison pontificale…
