L’espérance en la miséricorde

RAMEAUX-PASSION C — (Lc 23, 39-43)

En méditant la passion selon saint Luc, nous gardons le fil conducteur de la miséricorde divine découvert à travers les derniers évangiles de Carême : la parabole des deux fils et le pardon accordé à la femme adultère. Arrêtons-nous cette fois-ci aux deux malfaiteurs crucifiés autour de Jésus. Une scène qui surgit sous la plume de Luc quelques instants avant la mort de Jésus. Elle a été illustrée à l’infini par les artistes.Nous pouvons y puiser grande confiance et espérance en la miséricorde divine.
Image : Le Bon Larron dit Saint Dismas, Musée du Louvre

Une scène propre au récit de la Passion selon saint Luc

Sur la croix, Jésus prend la parole plusieurs fois. Cette fois-ci, dans une relation avec les deux criminels qui ont été crucifiés en même temps que lui et qui agonisent à ses côtés. L’un d’eux, rempli d’hostilité, se met à l’injurier. Plutôt que de se rapprocher de quelqu’un qui souffre comme lui, il choisit de se liguer avec ceux qui se moquent du « roi des Juifs » (Lc 23, 38). Devant cette attaque verbale, Jésus garde le silence. Il aurait pu lui tenir des propos culpabilisants. Ou encore, chercher à l’effrayer en lui parlant du jugement de Dieu. Rien de tout cela. Jésus ne fait aucune pression sur lui. Il respecte sa liberté jusqu’au bout.

Luc va plus loin que les autres évangélistes : il distingue les deux malfaiteurs, contrairement à Matthieu par exemple qui écrit : « Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière » (Mt 27, 44). En effet, pour Luc, l’autre condamné adopte une position diamétralement opposée. Tout en reconnaissant sa condition de malfaiteur, il commence à prendre la défense de Jésus. Après avoir clamé l’innocence de ce dernier, il se tourne vers lui et se met à le supplier : « Il lui disait : « Souviens-toi de moi lorsque tu viendras dans ton Royaume. » » (Lc 23, 42). Il implore ni plus ni moins la miséricorde par rapport à son passé. Peut-il encore compter sur le pardon de Jésus ? Il est sur le point de mourir ! N’est-il pas trop tard pour accueillir le salut ?

Il n’est jamais trop tard pour la miséricorde divine

C’est alors que Jésus ouvre la bouche pour énoncer ce qui sera sa dernière parole, dans l’Évangile de Luc, adressée dans cette vie à un humain : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. » (Lc 23, 43) La réponse de Jésus est très touchante. Saint Ambroise avait raison de commenter ce passage en écrivant : « Plus abondante est la grâce accordée que la demande qui avait été faite1 ». En effet, Jésus ne se bornera pas à se souvenir de lui, mais lui promet le salut. Il lui annonce qu’il vivra en communion avec lui dans le bonheur de la vie éternelle (le paradis en est l’image). La grâce est plus abondante que la prière.

Le malfaiteur n’aura pas le temps de produire des fruits de conversion, ce qu’exigeait Jean-Baptiste (Lc 3, 8). Il suffit qu’il se reconnaisse pécheur et qu’il se tourne sincèrement vers le Christ pour recevoir le pardon. Selon l’évangéliste, il n’est jamais trop tard pour se convertir. L’amour de Jésus est si grand qu’il est prêt à donner immédiatement ce qu’il a de meilleur même à qui vient à lui les mains vides. Nous reconnaissons dans ce passage une thématique chère à Luc : l’aujourd’hui du salut. Dès que quelqu’un reconnaît ses torts avec le désir sincère de se repentir, dès qu’il met sa foi en Jésus, le salut prend place en sa vie.

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La dynamique de l’amour de don (l’agapè)

Par ailleurs, cette dernière parole permet de voir que Jésus a continué à accomplir sa mission jusqu’à son dernier souffle. Même à l’heure de son agonie sur la croix, il a continué à être témoin de la miséricorde et à réconcilier les pécheurs avec Dieu. Rappelons-nous le dicton populaire « il est mort comme il a vécu ». Dans ses derniers moments, alors que la souffrance l’accablait, Jésus aurait pu se replier sur lui-même. Ou, de manière plus noble, il aurait pu être complètement accaparé par sa relation au Père. Il aurait pu dire au malfaiteur : « Excuse-moi, mais tu me déranges : je me prépare à mourir en priant mon Dieu. » Non ! Ses derniers moments, ses dernières forces, il les donne à quelqu’un d’autre… à un malfaiteur de surcroit !

Même si Luc n’emploie pas le terme ici, c’est bien de l’agapè, de l’amour de don qu’il s’agit. L’agapè se définit par un engagement de soi en vue du bien-être de l’autre. Elle implique une dimension de service et de don de sa propre personne. Il s’agit d’un amour oblatif. Voilà ce que Jésus, conduit et fortifié par l’Esprit Saint, s’applique à pratiquer jusqu’à l’extrême limite de ses forces. L’écoute des dernières paroles de Jésus montre qu’elles sont empreintes de la compassion et de la miséricorde qui avaient marqué tout son ministère. Jusqu’à la fin, il s’est fait le médecin des pécheurs (Lc 5, 31) et le berger des égarés (Lc 15, 4).

« Le sang versé avant la foi fut le sang d’un voleur ; après la foi, le sang d’un chrétien 2 »

1St Ambroise, Expositio evangelii secundum Lucam 10, 121.

2St Cyprien de Carthage, De Coena Domini.