Parabole du bon Samaritain

15è D TO C — (Lc 10, 25-37)

« Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30,14). C’est bien un appel à aimer Dieu et son prochain qu’il nous faut entendre aujourd’hui. Cette Loi doit être dans notre bouche (répétition), dans notre cœur (mémorisation, incorporation), dans nos mains (mise en pratique), pour vivre : « Fais ainsi et tu vivras » (Lc 10,28).

Exprimer la miséricorde divine

Se faire le prochain de l’autre en exerçant la miséricorde envers lui (v. 37), c’est dans la parabole : soigner et prendre soin. C’est ce qui est demandé aux disciples lors de l’envoi en mission (cf. 10,9 : « Guérissez les malades… et dites-leur : « Le règne de Dieu s’est approché de vous. » »), et ce que Jésus fait lui-même.

La miséricorde était déjà présente au cœur du discours dans la plaine (cf. 6,36 : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »). Cette qualité motive l’accueil des exclus (cf. 17,13, les dix lépreux : « Jésus, maître, prend pitié de nous » ; 18,38-39, l’aveugle de Jéricho : « Jésus, fils de David, prend pitié de moi ! »).

Il en sera à nouveau question plus loin dans la montée vers Jérusalem, dans le chapitre 15, où l’accueil que fait le père au fils perdu est expliqué par les mêmes causes que celles qui motivent le comportement exemplaire du Samaritain à l’égard de l’homme blessé (cf. le mot esplanchnisthè, « il fut pris de pitié », en 10,33 et en 15,20).

Se laisser bousculer

La parabole, véritable condensé de thèmes chers à Luc, met aussi en scène le renversement inattendu dont il était question précédemment : le prêtre et le lévite sont l’exemple à ne pas suivre (affirmation subversive), tandis que le bon exemple est, comme par hasard, un Samaritain, c’est-à-dire un exclu.

Les insiders religieux peuvent suivre certaines demandes de la Loi, mais ils échouent quant aux choses les plus importantes (cf. 11,42 : « Ceci, il fallait l’observer, sans abandonner cela »). Par leurs actions exclusivistes, ils s’excluent eux-mêmes du Royaume.

L’outsider, par son acte de miséricorde, fait ce qui est nécessaire pour hériter de la vie éternelle. Le Samaritain sans honneur se montre honorable par ses actions ; les Juifs honorables se déshonorent à cause de leur inaction. Le récit implique que l’exclu Samaritain, en agissant comme prochain, a en héritage la vie éternelle ; les insiders religieux, à qui sans cela le légiste s’identifierait volontiers, échouent à agir en prochain et ainsi à hériter de la vie éternelle.

Accepter l’appel à la conversion

C’est d’abord, dans le contexte immédiat, une leçon pour le légiste, qui n’ose même pas nommer cet étranger dans sa réponse (v. 37 : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui ») ; Jésus le presse de dépasser les limites de son intérêt pour inclure le pécheur, le pauvre et l’ennemi, ennemi qui ignore, lui, de telles limites, etdevient par là un exemple dérangeant.

Mais la parabole estaussi, dans le contexte plus large de la composition de l’envoi en mission, une leçon pour les disciples, qui leur défend de juger et de condamner, comme ils ont voulu le faire à l’égard, justement, du village samaritain mis en cause lors de la montée (cf. 9,52- 56), et leur commande au contraire de faire miséricorde. C’est la condition sine qua non de l’accomplissement de la mission de paix dont Jésus vient de les charger… Et cet appel à la conversion, qui de nous refuserait de l’entendre ?

Se mettre en chemin

La parabole est en outre liée au contexte de la mission grâce au motif du chemin. Tout le monde est en route. Jésus voyage, il monte vers Jérusalem ; c’est le grand voyage dans Luc (ch. 9-17). Le Samaritain, dans la parabole, est en voyage (v. 33), une façon supplémentaire d’identifier Jésus en filigrane. En renvoyant le légiste par les mots « va, et toi aussi, fais de même », Jésus l’appelle à se mettre en chemin pour vivre plus largement la miséricorde. Mais pas seulement lui, nous aussi…

Vivre plus largement la miséricorde. Si Jésus a empêché ses disciples de punir le village samaritain qui n’a pas voulu le recevoir, c’est parce que leur mission et la sienne consistent seulement à accueillir, en exerçant la paix et la miséricorde.

Se faire proche

Dans cette charité active du Samaritain, on repère trois moments. D’abord le moment de l’émotion : en arrivant près de la victime, le Samaritain a été « remué », dit l’Évangile. Vient ensuite le moment des premiers soins, où il lui faut soulager le blessé sans se laisser arrêter par le sang ou les plaies, faire les gestes qui sauvent pour un homme quasi inerte, et le hisser tant bien que mal sur sa propre monture pour le transport. Enfin, et c’est le troisième moment : le Samaritain prévoit lui-même un relais de sa propre charité, non pas pour se désintéresser, car le Samaritain reviendra, et d’un bout à l’autre, c’est lui qui aura payé : payé de sa personne, de son temps, de ses deniers. Tout un programme.