Un tissage particulier : la prière et le service

Jeudi saint — (Jn 13,1- 15)

Cette dernière célébration de la Cène à l’intérieur de ce monastère revêt une solennité particulière, comme tous les offices de la semaine sainte, nous le savons bien. Puissions-nous en faire une action de grâce pour le don de l’eucharistie reçue quotidiennement, ce sacrement du service, et pour l’engagement des prêtres du diocèse dans sa célébration auprès de vous. Je propose d’écouter le pape Léon XIV : dans son encyclique « Dilexit te » sur l’amour et le service du prochain et des pauvres, il souligne comment ce service et cette solidarité avec les pauvres résonnent dans la vie monastique (n° 53-58). 

Le lavement des pieds, geste du service

Le geste emblématique du lavement des pieds, accompli en ouverture de la Passion, est l’expression du service de la rédemption qui va s’accomplir sur la croix. Jésus en fait un ordre, explicité spécialement dans les écrits de Jean, dans cet évangile : « Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (v. 14). C’est la seule fois où Jésus parle de cette façon, dans les Évangiles : « vous devez » ; on peut y percevoir le style johannique, qu’on retrouve ainsi dans la 1° lettre : (1 Jn 4, 11) : « Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres ». (1 Jn 3, 16) « Lui, Jésus, a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères ».

St Basile le Grand : proche de Dieu, proche des pauvres

Le pape Léon XIV cite l’exemple de St Basile le Grand. À Césarée, où il était évêque, il construisit un lieu connu sous le nom de Basiliade, qui comprenait des logements, des hôpitaux et des écoles pour les pauvres et les malades. Le moine n’était donc pas seulement un ascète, mais aussi un serviteur. Basile démontra ainsi que pour être proche de Dieu, il faut être proche des pauvres. L’amour concret est le critère de la sainteté. Prier et soigner, contempler et guérir, écrire et accueillir : tout est expression du même amour pour le Christ.

St Benoît de Nursie : la vie communautaire, une école de charité

En Occident, St Benoît de Nursie rédigea une règle qui allait devenir la colonne vertébrale de la spiritualité monastique européenne. L’accueil des pauvres et des pèlerins y occupe une place prépondérante. Le travail manuel n’a pas seulement une fonction pratique, mais forme également le cœur au service. Le partage entre les moines, l’attention aux malades et l’écoute des plus vulnérables préparent à accueillir le Christ qui vient dans la personne du pauvre et de l’étranger. L’hospitalité monastique reste encore aujourd’hui le signe d’une Église qui ouvre ses portes, qui accueille sans demander, qui guérit sans rien exiger.

Saint Bernard de Clairvaux : sobriété de vie et soin des pauvres

La tradition monastique enseigne ainsi que la prière et la charité, le silence et le service, les cellules et les hôpitaux forment un unique tissu spirituel. Le monastère est un lieu d’écoute et d’action, de culte et de partage. Saint Bernard de Clairvaux, le grand réformateur cistercien, « rappela avec fermeté la nécessité d’une vie sobre et mesurée, à table comme dans l’habillement et dans les édifices monastiques, recommandant de soutenir et de prendre soin des pauvres » (Benoît XVI, Catéchèse 21 octobre 2009). Pour lui, la compassion n’est pas un choix accessoire, mais le véritable chemin de la suite du Christ.

Service des prêtres et de la liturgie

Léon XIV ajoute : « La vie monastique, si elle est fidèle à sa vocation originelle, montre que l’Église n’est pleinement épouse du Seigneur que lorsqu’elle est également sœur des pauvres. Le cloître n’est pas seulement un refuge du monde, mais une école où l’on apprend à mieux le servir. Là où les moines ont ouvert leurs portes aux pauvres, l’Église a révélé avec humilité et fermeté que la contemplation n’exclut pas la miséricorde mais l’exige comme son fruit le plus pur ».

Les aubes, les chasubles et les étoles estampillées Merci Dieu resteront parmi nous, dans le diocèse du Mans, dans bien des diocèses et pays, comme le signe du chemin de beauté que vous avez tracé comme un service des prêtres et de la liturgie.