Puissance de la prière du pauvre

30° D. TO. B — (Mc 10,46-52) Jésus essaie de faire comprendre au groupe des Douze que se faire « esclave de tous » (v. 44) doit être leur spécificité. Et nous voici géographiquement au plus bas, à JÉRICHO, une des plus anciennes villes du monde (9000 ans av.J-C), et aussi la ville la plus basse du monde avec une altitude proche de -240 m.

Jésus passe-murailles à Jéricho

«  Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse »… Curieusement, le texte de Marc, au v. 46, nous présente Jésus comme traversant cette ville et ses murailles imprenables sans effort ! Il y a là comme un clin d’œil avec l’épopée sacrée de Josué en Jg 6,1-20. On trouve encore d’autres résonances, comme le rempart infranchissable que représente la foule pour Bartimée, dans son désir d’accéder à Jésus, mur invisible mais réel, que le son de sa voix va justement renverser. En effet, il « crie » (kratzein), cela est souligné par deux fois ; et le verbe « appeler » utilisé par la foule est ici le grec phôneô, « donner de la voix, se faire entendre », et non pas kaleô (appel des disciples)…

Écouter l’homélie

Des fils de Zébédée au fils de Timée

Il faut également souligner le parallèle avec l’épisode précédent. Jacques et Jean auraient voulu des honneurs, des places d’honneur dans la gloire de Jésus. Et le nom Timée se rattache à la racine tima, « honneur, honorer »… Jacques et Jean demandaient une promotion, mais Bartimée demande sa guérison. « Que voulez-vous que je fasse pour vous ?/ Que veux-tu que je fasse pour toi ? » La prière de Jacques et Jean n’était qu’une demande intéressée ambitieuse, tandis que la prière de Bartimée nous est présentée comme une pauvre demande audacieuse. La leçon de l’épisode porte bel et bien sur la prière, ce que l’on peut demander (en pauvre, au plus bas), et ce qui n’est pas exauçable (en ambitieux, au plus haut).

Nous le pouvons… il jeta son manteau

Ces deux prières sont vraiment opposées (cf. Lc 18). Jacques et Jean, familiers de Jésus, voulaient s’appuyer sur ce qu’ils pensaient être leurs capacités ; ils disaient : « nous le pouvons ! », nous en sommes capables. Bartimée, qui n’a pas accès à Jésus, mais plutôt devant lui des gens qui lui font barrage, prend des risques : il bondit (dangereux pour un aveugle), il jette son manteau, son unique protection1. Il vient à Jésus sans précaution et sans rien ! Dans cette audace, Jésus reconnaît assurément la foi, la seule véritable force : « Ta foi t’a sauvé ». La demande de Jacques et Jean s’exprimait dans le verbe « siéger, s’asseoir », recherchant de bonnes places, et n’a pas été exaucée ; celle de l’aveugle « assis au bord du chemin », enfermé dans sa pauvreté et son handicap, a été exaucée. Guéri, « il le suivait sur le chemin ».

La dynamique d’un cri fort et fragile

* Il est fragilisé par les éteignoirs. « Beaucoup de gens l’interpellaient vivement pour le faire taire. » * Il est encouragé par les optimistes. « Aie confiance, lève-toi, il t’appelle ». « Confiance » : la confiance indéfectible en son amour ; « lève-toi » : la certitude que Jésus va transformer notre démarche en résurrection spirituelle. « Il t’appelle » : c’est nous qui crions vers Jésus, mais en fait, c’est lui qui nous a appelés. * Il est dynamisé par l’engagement de notre foi. « L’aveugle jeta son manteau, bondit, et courut vers Jésus ». « Le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent » (Mt 11,12). * Il est scellé par notre décision de changer de vie. « L’homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route ». Nous avons sans cesse à exprimer notre désir du chemin qui mène à Dieu, et besoin de nous remettre au Seigneur Jésus qui est le chemin.

Suivre sur le chemin de Jérusalem

Ce récit clôture la séquence qui précède et ouvre sur la suite. « Les disciples étaient en route pour monter à Jérusalem… ils étaient saisis de frayeur»  (v. 32). Depuis le refus par Pierre de l’annonce de la passion, ils le pouvaient adhérer au chemin du Serviteur qu’empruntait Jésus. Ce tiraillement est aussi le nôtre, et à l’origine de nos peurs secrètes. D’où peut-être ce mot APPEL qui retentit trois fois (v. 49). Un aveugle, reconnaissant en Jésus le « Fils de David », se donne lui-même sans réserve et le suit sur le chemin de Jérusalem, où Jésus va maintenant entrer et être acclamé : « Béni soit le Règne qui vient, celui de David ! » (11,10).

1Le manteau du mendiant est selon la Torah la seule chose qu’on ne pouvait en aucun cas lui prendre en gage.