Il parlait du Temple de son corps

(3° D. CAR B — Jn 2, 13-25) Trois dimanches de suite, nous allons lire des extraits de St Jean, proposés comme jalons sur notre chemin vers Pâques, et compréhension du mystère pascal. Aujourd’hui, l’épisode, présent aussi dans les 3 autres évangiles, des vendeurs chassés du Temple.

Un épisode déplacé par Jean

Le récit est commun avec les évangiles synoptiques (Mt, Mc, Lc), où cet épisode fait suite à l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, peu avant sa Passion, et désigné comme cause probable de son arrestation. L’évangéliste Jean situe cette scène non à la fin mais au début du ministère de Jésus. Ce déplacement tient à une stratégie narrative. Jésus prend la route pour se rendre au Temple, et il en fait le lieu privilégié de son enseignement dans les huit chapitres suivants. Par ailleurs, le récit précédant des noces de Cana, qui tourne autour de l’Heure, et celui de la purification du Temple, annoncent tous deux, avec une tonalité dramatique, la Passion et la résurrection le 3° jour…

Un jugement sur le Temple. Le zèle de ta maison me dévorera

L’action de Jésus n’est pas l’abolition d’un culte. Jésus chasse du Temple des personnes qui introduisent le profane dans le lieu saint, les marchands de bétail et les changeurs. Jésus s’engage tout entier pour la restauration de la sainteté du sanctuaire central du culte d’Israël, au risque de sa vie. La parole qui justifie le geste de Jésus (« le zèle de ta maison me dévorera »), est un extrait du Ps 68,10 décrivant la situation du juste souffrant et nous renvoyant à la croix. L’amour zélé du Fils envers cette maison, qui rassemble les enfants du Père, l’amènera jusqu’à l’offrande même de sa vie. Jésus, comme le psalmiste, doit souffrir en s’engageant en faveur de la maison du Seigneur.

Le fouet de Jésus, propre au récit de Jean, sert à illustrer la scène. Elle devient alors l’annonce du Jugement divin. Le fouet est bien souvent l’instrument symbolique de ce jugement envers les oppresseurs païens d’Israël (Is 10,26 : Contre eux, le Seigneur de l’univers va brandir un fouet ; aussi Na 3, 1) ou envers les fils d’Israël oublieux de la Loi et méprisant le juste et le pauvre. Que comprendre ?

Jésus critique les « COMMERCES », y compris dans la prière, qui viennent dévoyer le Temple de sa première vocation. Certes, les commerçants sont visés, mais aussi l’EXTÉRIORITÉ d’un culte lié aux sacrifices de bœufs, de brebis, de colombes venant empêcher la véritable rencontre salvifique avec Dieu. À la maison de commerce, remplie de gestes ostentatoires et extérieurs, Jésus propose une maison où se vit la gratuité filiale, la grâce, la « maison de mon Père ». Jésus se présente comme l’envoyé du Père, et appelle ainsi à la conversion pour une véritable adoration, en esprit et vérité.

Il n’y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur le Tout-Puissant en ce jour-là (Za 14, 21)

Écouter l’homélie

Le Temple de son corps. La foi en la passion et la résurrection

Les Juifs, présents au Temple, ont saisi la portée symbolique et prophétique du geste. Ils ne s’emportent pas mais, demeurent dans l’incompréhension quant à l’identité de Jésus. Ils introduisent la question des SIGNESpour vérifier l’autorité de celui qui a vidé le Temple. Ce vide est alors comblé par sa Parole annonçant la Passion. Une parole énigmatique, qu’ils ne peuvent comprendre : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »Parole qui, dans les synoptiques, est utilisée pour confondre Jésus lors de son procès juif (Mc 14, 58).

Le récit de l’évangéliste, à travers un malentendu, nous fait découvrir que le lieu de rencontre et de rédemption n’est plus dans un lieu habité, construit par les hommes, mais dans la personne même du Christ. L’image fait ici référence à la Passion et sa résurrection. Voilà LE signe qui révélera le Père, et jugera le monde.

Certes, beaucoup croient en Jésus à cause des signes de guérison qu’il donne. Mais attention, la foi qui s’appuie sur des signes demeure fragile. « Il ne se fiait pas à eux » ; il ne croyait pas aux hommes parvenus à une telle foi. Le récit de Jean insiste sur le nécessaire accueil de la Passion pour naître à la vraie foi.

Nous, nous proclamons un Messie crucifié… (et ressuscité !)