2 fév. — (Lc 2, 22-40)
Cette année, cette fête a lieu un dimanche, et la liturgie lui donne priorité. La Présentation est une fête de la Lumière. C’est pourquoi on procède à la bénédiction des cierges, symboliques de la Lumière du Christ, d’où l’appellation ancienne de « Chandeleur » en certaines contrées, pour désigner le jour de la « Présentation ».
Une fête à multiples résonances
La fête de la Présentation est une manifestation du Christ Lumière des Nations (épiphanie de plus !), une rencontre entre Dieu et son peuple symbolisé par Syméon et Anne, une entrée du Seigneur en son Temple, réalisation de la prophétie de Malachie. Selon la composition littéraire très précise de Luc, c’est la parole de Syméon à Marie qui se trouve au cœur du récit, soulignant un aspect de sa mission : la compassion. Ainsi, comme un diamant à multiples facettes, la fête de la Présentation du Seigneur déploie la lumière du Christ, la compassion de Marie, la fidélité de l’un et l’autre à la volonté du Père.
Jésus, présenté à Dieu, son Père, par Marie et Joseph, en un acte de parfaite obéissance, nous fait songer au « oui », que répondent tous les baptisés (spécialement les « consacrés », d’où la « journée de la vie consacrée »), en écho à la parole du psalmiste que le Christ est le seul à pouvoir prononcer en toute perfection : « Alors j’ai dit : voici, je viens ! » (Ps 40, 8).
Purification ? Consécration ? Présentation…
Luc dessine un portrait des parents de Jésus, des plus pieux au sein du judaïsme, se conformant à la Loi de Moïse en ce qui concerne l’enfant, après la circoncision au huitième jour (2,21). Ces quelques versets semblent cependant confus en matière de Loi juive. Luc fait référence à trois éléments liés à la Loi (2,22.23.24, et 2,27.39) en un seul et même geste : la purification de la mère, la consécration de l’enfant, et l’offrande faite au Temple. En réalité, la Loi de Moïse distingue la purification de la consécration du premier-né, tous deux accompagnés d’un sacrifice.
Luc synthétise les trois en parlant de Présentation, rite inconnu. Le mot manifeste cependant ce qui arrive : l’entrée de Jésus au Temple remplit le sanctuaire vide, depuis la disparition de l’Arche d’Alliance. Jérusalem et le Temple sont purifiés (« leur » purification, texte gr.) par la visite de Jésus enfant, la prophétie de Malachie 3 est ainsi réalisée.
Syméon : mes yeux ont vu ton Salut
Syméon est un représentant typique du grand événement appelé « Consolation d’Israël », de cette espérance suscitée au cœur des pauvres par l’Esprit Saint. Selon Luc, le rite accompli par les parents de Jésus pour observer la Loi fut l’occasion d’une nouvelle intervention de l’Esprit Saint (nommé 3 fois : v. 25.26.27), donnant à l’événement un sens messianique, et y développant une dimension prophétique.
Syméon rappelle que Jésus n’est pas devenu le Sauveur, le Christ et Seigneur (2,11), il le fut dès sa conception et sa naissance. Il est consolation d’Israël et Lumière des Nations. Syméon contemple ce Sauveur dans la fragilité d’un enfant, comme, plus tard, ce même Sauveur sera contemplé dans l’abaissement du crucifié.
Et Syméon donne une prophétie de la passion du Christ. Jésus sera un signe contesté, contredit. Il opérera un renversement au cœur de son peuple, un renversement — jugement, tel que l’évoquait le Magnificat : chute et relèvement, abaissement et exaltation. Syméon n’appelle pas par son nom le sacrifice de la Croix, mais transfère la prophétie au cœur de Marie, qui sera « transpercé par une épée », comme participante aux souffrances du Fils. Seconde annonciation faite à Marie, qui unit sa mission non seulement à l’Incarnation du Fils, mais aussi à la Rédemption qu’il vient accomplir.
« MARIE est la Virgo offerens, la Vierge qui offre. L’Église, surtout à partir du Moyen-Âge, a entrevu dans le cœur de la Vierge, qui porte son Fils à Jérusalem pour le présenter au Seigneur (cf. Lc 2, 22), une volonté d’oblation, qui dépasse le sens ordinaire du rite qu’elle accomplissait. De cette intuition, nous avons un témoignage dans l’affectueuse interpellation de saint Bernard : « Offre ton Fils, Vierge sainte, et présente au Seigneur le fruit béni de tes entrailles. Offre pour notre commune réconciliation la victime sainte qui plaît à Dieu » ». (Paul VI, Le culte marial aujourd’hui, 1974, n° 20).

