C’est le moment de la décision

(26° D. TO A) Au début du chapitre 21, Jésus est entré au temple de Jérusalem puis en a chassé les vendeurs et les changeurs (v. 12). Cela a grandement irrité les chefs religieux. Lorsqu’il y revient pour enseigner (v. 23), les grands prêtres et les anciens l’interpellent immédiatement au sujet de son autorité. C’est dans le cadre d’une controverse avec eux que Jésus prononce trois paraboles. Celles-ci mettent en scène l’incroyance des chefs religieux et annoncent qu’ils devront faire face au jugement de Dieu. La première d’entre elles est propre à l’Évangile de Matthieu. Une fois de plus, il s’agit de travailler à la vigne, et « aujourd’hui, maintenant ».

Voici deux attitudes

Je ne veux pas… s’étant repenti…Le fils qui répond sans détour « je ne veux pas » (v. 29) manque totalement de respect envers l’autorité du père. Sa réponse constitue une véritable rébellion. « À la fin », hysteron (v. 29), il se repent. Le verbe grec metamelomai évoque une transformation du cœur. Il traduit le regret, le repentir. Le fils revient à de meilleures dispositions et opte finalement pour l’obéissance. Cela s’incarne dans des actes concrets. En ce sens, la parabole est un appel à se repentir maintenant. La repentance, même tardive, ouvre le chemin de la vigne, au Royaume, mais le refus de s’engager en rend l’accès impossible. Précisément, Jésus reproche aux chefs religieux de ne pas s’être repentis, « même pas à la fin », oude hysteron (v. 32)…

Ego, kyriemoi, seigneur C’est la réponse littérale du second fils, qui semble vouloir se différencier de son frère. C’est comme s’il disait : « Moi, je ne suis pas comme ton autre enfant, je te respecte profondément », ce qu’il souligne en employant un titre de grande politesse comme « Seigneur ». « Moi (d’accord), Seigneur ». Ce deuxième enfant se présente comme un fils modèle. Cette image positive vole cependant vite en éclats, car il ne se rend pas à la vigne (v. 30). Il en reste aux belles paroles. Dans les faits, il n’obéit pas. Il n’a qu’une apparence d’obéissance.

Il faut exercer un discernement

À partir du verset 31, Jésus passe à l’explication de la parabole. Encore une fois, il procède en impliquant ses auditeurs dans la découverte du sens, comme au tout début : « Quel est votre avis ? » (v. 28). Il le fait à nouveau en leur posant une question : « Qui des deux a fait la volonté du père ? » (v. 31). Jésus les invite en fait à exercer un discernement. Il s’agit d’un moyen subtil pour amener ses vis-à-vis à porter un jugement sur leur propre compor­tement sans qu’ils s’en rendent compte. Ils peuvent alors répondre en toute lucidité sans se sentir menacés.

Sans se douter de rien, les grands prêtres et les anciens se laissent prendre au jeu. En répondant que c’est le premier qui a fait la volonté du père, ils donnent raison à Jésus et se condamnent eux-mêmes. En effet, ces chefs religieux ont beau se donner des airs d’hommes pieux, ils refusent néanmoins d’accueillir Jésus et de se convertir. Certes, ils célèbrent de belles liturgies et ils prononcent des paroles édifiantes, donnant ainsi l’impression d’obéir fidèlement à Dieu. Or, il n’en est rien. Leurs actes témoignent de leur infidélité. Ils sont en fait comme le second fils. Leur rébellion est démasquée.

Auquel des deux fils t’identifies-tu ?

Un refus serait tragique. Comme c’est le cas pour les chefs religieux. Puisque Dieu agit dans la continuité, la docilité à l’appel de Jean-Baptiste était le test du vrai chemin de justice et de foi : ce qu’il fallait faire, c’était de croire à la parole de Jean-Baptiste (v. 32)1… Les publicains et les prostituées, qui avaient d’abord refusé la volonté de Dieu manifestée par la Loi, se sont retournés vers Jean-Baptiste, et par lui, ont découvert la voie du salut dans le Royaume annoncé par Jésus. Ainsi devancent-ils les chefs du peuple qui se déclarent fils d’Abraham (3, 9), mais refusent l’autorité du Fils de Dieu (21, 23). Même en voyant les pécheurs se convertir, ils n’ont pas été ébranlés dans leur perception d’eux-mêmes. Par conséquent, ils n’ont pas cru bon de se présenter au baptême de Jean. Et malheureusement, ils se ferment encore une fois à l’envoyé de Dieu, ils refusent la seconde chance offerte en Jésus.

Alors, où doit se situer notre conversion ? Pouvons-nous nous identifier clairement à l’un ou l’autre des deux fils ? Ne sommes-nous pas plutôt tantôt l’un et tantôt l’autre ? Avouons que notre réponse à l’Évangile ne ressemble pas nécessairement à une belle ligne droite. Dans ma vie de prière, je dis « oui » à Dieu et à l’Évangile. Mais y a-t-il des zones de mon existence qui expriment des « non » ? Se pourrait-il que je sois à la fois l’un et l’autre fils ? Se trouve-t-il en ma vie des espaces de rébellion ? Ai-je des conversions à opérer ? Y a-t-il des domaines où j’aurais à me repentir ?

Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie (Ez 18, 27)

Pas d’homélie en raison de l’animation d’un pèlerinage diocésain à Lisieux.

1La question de l’attitude par rapport à Jean-Baptiste encadre cette parabole : vv. 25 et 32. On ne peut opposer Jean-Baptiste et Jésus (comme on le fait de François et de Benoît XVI) : la Parole de Dieu est une.