5è D TO C — (Lc 5,1-11)
« La foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu » (5,1). Le rythme du début de l’évangile de Luc est haletant… « Et la réputation de Jésus se propageait dans toute la région » (4,37). « Les foules le cherchaient ; elles arrivèrent jusqu’à lui, et elles le retenaient pour l’empêcher de les quitter » (4,42).L’empressement de la foule ne tient pas aux signes et miracles précédents, mais à la parole de Dieu provenant de Jésus, une Bonne Nouvelle pour un temps de grâce (comme entendu précédemment à la synagogue de Nazareth).
Et Jésus s’assied dans la barque de Simon pour enseigner de nouveau. Dans l’évangile de Luc, Jésus est celui qui vient prendre place dans la vie des croyants. Il s’invite chez les uns et les autres. L’épisode annonce bien des rencontres salvatrices avec les pécheurs de tout bord et de toute barque : la pécheresse chez Simon le pharisien (7,36- 50), les deux fils de la parabole du père miséricordieux (15,11- 32), Zachée (19,1- 10), le larron en croix (23,26- 43) et très bientôt Lévi le publicain (5,27- 32).
Avance au large… Éloigne-toi de moi…
La pêche était finie. Les deux barques étaient sur le rivage, et eux nettoyaient vainement leurs filets. D’ailleurs il n’y avait pas eu de pêche. Tant de peines pour rien. Pourtant Jésus leur demande de ragréer, d’aller en plein jour (quand le poisson s’enfonce au frais), pêcher plus loin, donc un endroit encore plus profond… Étonnamment, Simon accepte. C’est sur la parole de Jésus, une parole de grâce, pleine de folie, que Simon, lui le pêcheur professionnel, se laisse diriger, posant un acte de confiance totale. Si la pêche de Simon et ses compagnons s’était conclue par un échec, malgré leur savoir-faire, la pêche de Jésus est surabondante et aussi déraisonnable que sa Parole. Mais quand Dieu parle, il agit. Dieu donne ce qu’il ordonne.
On se serait attendu à des cris de joie, des chants de louange à la suite d’un tel miracle. Mais le récit montre une réaction d’effroi et un tableau plutôt sombre qui contraste avec une pêche généreuse. Il faut comprendre le grand effroi de Simon dans son acception biblique. La crainte représente le sentiment du croyant face à la sainteté de Dieu, le juge divin (cf. la réaction d’Isaïe, Is 6,5, 1è lecture). Ce n’est pas à cause d’une menace ou d’une punition que Pierre se reconnaît pécheur, mais à cause du don inouï reçu de Dieu.
À bord de cette petite barque, sur ce lac, au large, sans échappatoire, Simon-Pierre demande à Jésus : Éloigne-toi de moi, Seigneur (litt. : Pars loin de moi). Mais la distance à mettre ne s’impose plus. Le tout autre est en même temps le tout proche. Le royaume est proche annonçait Jésus. Le Saint se fait proche des pécheurs. Jésus a embarqué ce pêcheur galiléen avec lui, pour lui être plus proche.
Simon pécheur devient Pierre pêcheur
Loin de réprimer Simon, Jésus l’appelle à la mission. Ce sont des hommes que tu prendras ou plus littéralement, que tu auras à capturer vivants (c’est le sens du verbe zôgréô), à amener à la Vie. Plus que la pêche miraculeuse, Simon est ici le signe même de la mission évangélique : appeler des pécheurs, les tirer hors du mal pour les faire revivre. Jésus conduit Simon et ses compagnons non plus sur un lac fermé mais sur un monde ouvert, où la parole de Dieu retentira en son Fils. Laissant là tout, y compris une pêche surabondante et lucrative, ils le suivirent. Ce récit est moins un récit de miracle qu’un récit d’appel…
La parole de Jésus s’est imposée comme compétente dans un domaine qui n’est pas le sien. Simon a bien compris, et il est maintenant comme dépouillé. Et de Simon Jésus fait émerger un Pierre nouveau. Plusieurs détails originaux contribuent à le montrer : * C’est sa barque à lui, plutôt que l’autre, que Jésus choisit pour enseigner (v. 3). ** c’est lui personnellement qui reçoit et exécute l’ordre de jeter les filets (v. 4,6). *** Il exprime la conscience dramatique de son état de pécheur (v. 8). **** C’est à lui qu’est confiée la mission : désormais, ce sont des hommes que tu prendras ! (v. 10). Pierre est mis en évidence, aux dépens de Jacques et de Jean également présents (quant à André, il n’est même pas nommé).
Ainsi va toute forme de réponse à l’appel de Jésus Dans un instant de silence, vérifions que nous sommes dans une vraie réponse de disciple à l’appel de Jésus : 1 — Accepter que Jésus monte dans ma barque, dire mon oui. 2 — Écouter sa parole divine (c’est lui qui donne les ordres) et m’y soumettre. 3 — Laisser Jésus donner la fécondité surabondante, plutôt que d’adopter des méthodes performantes. 4 — Accepter de travailler en équipe avec les associés (faire signe aux associés de venir en aide, v. 7). 5 — Rester dans l’humilité (v. 8) et continuer à suivre Jésus (v. 10).
