Précieuses consignes pour l’apostolat

14è D TO C — (Lc 10, 1-12.17-20)

La mission des soixante-douze disciples est un récit propre à l’évangéliste Luc. Si le passage semble reprendre celui de l’envoi des Douze, il se situe dans une section concernant la qualité du disciple de Jésus. Raison de plus pour méditer encore et encore ces précieuses consignes et y confronter notre vécu.

L’apostolat n’a qu’un seul message : Dieu règne !

Le chiffre 72 étant celui des nations païennes: son choix révèle l’intention de préfigurer la montée à Jérusalem : symboliquement la mission future telle que la racontera le livre des Actes. Le programme de la mission est semblable à celui du Maître : guérir les malades, annoncer l’approche du Règne de Dieu. « Dites aux gens : le Règne de Dieu est arrivé chez vous ! » (v.9). Si notre vie a quelque chose à dire au monde, c’est bien avant tout cela : Dieu existe; nous le rencontrons dans la foi, en Jésus-Christ, et il vient au-devant de tous ceux qui le cherchent. Notre joie, notre enracinement personnel dans la paix et la confiance, notre sérénité dans l’épreuve, notre enthousiasme n’ont que cela à proclamer, humblement et inlassablement.

L’apostolat se vit sur fond de victoire

Au retour de mission, les disciples ont expérimenté la force de l’Évangile et le pouvoir du Nom de Jésus sur les forces hostiles au Règne de Dieu : « Les démons eux-mêmes nous sont soumis ! » (v.17). Ils s’étonnent qu’un tel pouvoir soit passé par eux. Alors Jésus replace leur expérience dans le cadre de la victoire du Règne de Dieu présent en lui : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair » (v.18). Et il les rassure : « Voici que je vous ai donné le pouvoir contre toute la puissance de l’Ennemi. Rien ne pourra vous nuire » (v.19). Encore une leçon d’optimisme et de confiance que Jésus veut inculquer à ceux qui portent son témoignage : l’apostolat chrétien, jusqu’à la fin du temps de l’Église, se déploiera sur un fond de victoire. Si nous croyons à la puissance du Christ qui nous sauve, jamais nous ne devrons nous étonner de ce qu’il réalisera dans notre pauvreté.

Les envoyés en appellent à Dieu dans la prière

« Priez » (v.2). C’est la seule directive qu’il nous laisse, la seule solution qu’il nous propose, face au manque d’ouvriers et d’ouvrières pour la moisson de Dieu. Car c’est Dieu qui prépare, qui appelle et qui envoie; mais il ne peut envoyer que ceux et celles qui trouvent un terreau favorable pour une croissance et une réponse. « Priez donc ». Jésus Messie, de son vivant sur terre, a perçu le manque, la disproportion entre l’immensité du travail et le petit nombre d’hommes et de femmes disponibles. Ce manque de bras durera aussi longtemps que la mission de l’Église. C’est l’optimisme que Jésus lègue à sa communauté. Il ne dit pas: « Priez le Maître des labours », ni même : « le Maître des semailles », mais bien: « le Maître de la moisson ». Il souligne ainsi le travail essentiel accompli par Dieu lui-même.

Les envoyés doivent cultiver en vive conscience

  • l’acceptation de l’état de fragilité. Le succès de la mission ne dépend pas du nombre (faiblesse), d’une position de force personnelle (fragilité), de moyens matériels d’envergure (légèreté).
  • la conviction que l’action divine est première. Le déploiement de la mission s’articule sur la manifestation de signes messianiques (relisons les Actes) et l’annonce de la proximité du Règne.
  • la certitude que l’efficacité est d’abord d’ordre spirituel. L’efficacité se vérifie au recul du Mal sur le plan spirituel contre lequel Jésus nous donne pouvoir et protection.
  • l’absence de gratification personnelle. « Simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir » (Lc 17,10). Le réalisme nécessite aussi de prévoir le non-accueil et le rejet du message.

Les envoyés doivent accepter d’être purifiés

« Ne vous réjouissez pas que les esprits vous soient soumis » (v.20). Il ne peut donc être question de nous approprier les succès de la mission, de nous attacher à cette puissance qui ne nous appartient pas. Nul témoin du Christ ne peut ressaisir à son bénéfice les victoires que remporte l’amour de Dieu. Nulle communauté ne peut faire acte de propriétaire sur ce que Dieu, à travers elle, donne à l’Église. Et c’est l’œuvre rédemptrice que Jésus accomplit qui doit faire notre joie :« Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux ». Dès lors, qu’importent le succès visible, tangible, mesurable, de notre témoignage ou l’échec apparent de nos vies; la base inattaquable de notre espérance, c’est ce que Jésus fait pour nous.

« Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté » (Ga 6,14).