St Bartolo Longo : un coeur libéré du diable pour servir Dieu et la Reine du rosaire

P. Jean-Baptiste Golfier, chanoine de Lagrasse

En ce moment même, place Saint Pierre à Rome, le pape Léon XIV préside une messe de canonisation où sept bienheureux sont proclamés saints1. Il se trouve que les textes de notre messe font un singulier écho à l’un d’eux, dont l’itinéraire est propre à réveiller notre ferveur ce matin et à stimuler notre amour du chapelet tout ce mois du rosaire.

Nous sommes à Naples, un soir de 18772. Le jeune avocat Bartolo Longo dans l’une de ces loges ésotériques, entre franc-maçonnerie et culte démoniaque, qui fleurissent alors. Bien connu de ce cercle dont il a longtemps été l’un des animateurs, Longo en a franchi sans peine les portes, même si, depuis des mois, on ne l’y voyait plus. On a mis son absence prolongée sur le compte de ses ennuis de santé. Mais, soudain, parmi ces habitués qui le connaissent tous, Longo sort de sa poche un chapelet béni, et le brandissant triomphalement, s’écrie : « Je renonce à l’occultisme, labyrinthe de mensonges où l’âme se fourvoie. » Puis il tourne les talons et sort. L’adepte de Lucifer est devenu l’avocat de Marie.

Bartolo avait bénéficié de la grâce de conversion et de libération que demandait l’oraison de Collecte à l’instant : « Dieu tout-puissant et bon, éloignez de nous tout ce qui nous est contraire, afin que, l’âme et le corps également dégagés, nous puissions d’un cœur libre nous attacher à votre service3. »

Car Longo revient de loin ! Le jeune Bartolo perd la foi durant ses études. Libertaire et libertin, il cherche son plaisir dans la drogue, l’alcool, le sexe et la pratique du satanisme. Il pratique des séances de spiritisme durant lesquelles il est persuadé d’être en rapport avec les esprits des morts. Ces démons qui se font passer pour les défunts vont jouer avec les angoisses métaphysiques du jeune homme, mêlant mensonges et vérités.

L’un de ces diables, osant usurper l’identité du saint archange Michel, flatte Bartolo et lui promet de faire de lui un grand initié. Longo accepte toutes les suggestions de ce prétendu maître céleste, s’abandonnant à des orgies à prétentions sacrées, toutes sortes de débauches, à l’alcool et enfin à la drogue. Or, le soir où Bartolo Longo est fait prêtre du démon, un séisme secoue la ville et la crypte où a lieu la cérémonie. Si les Napolitains sont habitués aux tremblements de terre, l’assistance est cependant prise de panique quand, après la secousse, l’on entend plusieurs minutes des voix étranges, tantôt geignardes tantôt menaçantes.

Trompé par le démon, Bartolo ne trouve dans cette initiation et ces pratiques aucune réponse ni satisfaction. Il se découvre de plus en plus malheureux, sa santé se dégrade et il commence à souffrir de troubles psychiatriques et de paranoïa. Mais il ne fait d’abord pas le rapport entre ses ennuis de travail et de santé et sa pratique démoniaque.

La chance de Bartolo est d’avoir été à sa naissance consacré à Marie par sa mère. Cette protection de la Vierge restreint l’emprise démoniaque, lui conservant un peu de lucidité et de libre arbitre. Une nuit, Bartolo est réveillé par la voix, toute proche qu’il reconnaît sans peine, de sa défunte maman qui le supplie d’abandonner ses erreurs et revenir à la foi catholique.

Merveille de la Communion des saints que nous chanterons tout à l’heure au Credo ! Que les mamans et les grands-mères inquiètes pour le salut de leurs enfants et petits-enfants, se rassurent et continuent de supplier la Vierge pour eux ! Bartolo ignorait que sa famille, inquiète de ses dérives, priait et faisait prier pour lui et ce soutien spirituel sera déterminant en lui permettant de se libérer de l’emprise démoniaque. Ses proches connaissaient bien l’épître que nous venons d’entendre où saint Paul nous supplie : « […] Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. Débarrassez-vous donc du mensonge, […] ne tombez pas dans le péché ; […] Ne donnez pas prise au diable. […] » (Ep 4,23-28)

Peu après, Bartolo ose confier ses problèmes à un ami qui comprend très bien ce qui lui arrive et l’incite à rencontrer un prêtre. Face aux réticences du jeune homme, son ami lui dit brutalement : «Préfères-tu mourir interné chez les fous puis aller en enfer pour l’éternité ? » Electrochoc pour lui ! Il est comme dans l’évangile de ce jour (Mt 22,1-14) à la croisée des chemins et se trouve invité au repas mystique des noces du Seigneur. Quelques semaines après, il accepte de voir un Dominicain qui le réconcilie avec Dieu et le libère de ses addictions. Dès lors, Bartolo change de vie, entre dans le Tiers-Ordre dominicain, se fait l’avocat bénévole des pauvres et défavorisés.

Terrifié cependant par les conséquences de son pacte satanique passé, il entend distinctement une voix lui dire : « Répands le Rosaire. C’est une promesse de Marie : celui qui répand le rosaire est assuré de son salut. » Dès lors, Bartolo est délivré de toute influence démoniaque et peut vouer sa vie à Dieu et au prochain. Comme le soulignera saint Jean-Paul II qui l’a béatifié en 1980, « Le bienheureux Bartolo Longo […] s’est senti appelé à construire à Pompéi un sanctuaire dédié à la Vierge du Saint Rosaire près des ruines de l’antique cité tout juste pénétrée par l’annonce évangélique avant d’être ensevelie en 79 par l’éruption du Vésuve et de renaître de ses cendres des siècles plus tard […] Par son œuvre entière, en particulier par les ‘Quinze Samedis’, Bartolo Longo développa l’âme christologique et contemplative du Rosaire4 ». Le pape François écrivant l’an dernier au sanctuaire de Pompéi rappelait « la nécessité de redécouvrir la beauté du Rosaire dans les familles et dans les foyers. Cette prière est une aide à la construction de la paix, et il est important de la proposer aux jeunes afin qu’ils ne l’entendent pas comme répétitive et monotone, mais comme un acte d’amour qui ne se lasse pas d’être déversé 5. »

Lorsqu’il meurt à Pompéi le 5 octobre 1926, les derniers mots du nouveau saint de ce jour sont : «Mon seul désir est de voir Marie qui m’a sauvé et me sauvera des griffes de Satan» Bartolo avait été exaucé de la prière qui sera nôtre dans la Postcommunion de cette messe : «Que votre action guérissante, Seigneur, nous délivre avec miséricorde de nos tendances perverses, et nous attache toujours à vos commandements. »

Alors prions pour terminer avec un extrait de sa Supplique à la Vierge de Pompéi6 :

« Du Trône de clémence, où tu es assise en Reine, tourne, ô Marie, ton regard compatissant sur nous, sur nos familles […] Aie compassion des angoisses et des tourments qui assombrissent notre vie. […] Ô Rosaire béni de Marie, douce Chaîne qui nous relie à Dieu, lien d’amour qui nous unit aux Anges, tour de salut contre les assauts de l’enfer, port sûr dans le naufrage commun, nous ne te lâcherons jamais plus. […] Amen. »


Homélie du 19 octobre 2025, XIXe dim ap. Pentecôte chez les sœurs d’Azille.

Reproduite avec son autorisation.


1 Les futurs saints sont : Ignazio Choukrallah Maloyan – évêque arménien et martyr, tué en 1915 durant le génocide ottoman ; Peter To Rot – catéchiste laïc de Papouasie-Nouvelle-Guinée, martyrisé pendant l’occupation japonaise durant la Seconde Guerre mondiale ; Vincenza Maria Poloni – fondatrice de la Congrégation des Sœurs de la Miséricorde de Vérone ; Maria del Monte Carmelo Rendiles Martínez – religieuse vénézuélienne, fondatrice des Sœurs esclaves de Jésus ; Maria Troncatti – missionnaire salésienne italienne, connue pour son travail auprès du peuple Shuar en Équateur ; José Gregorio Hernández Cisneros – médecin vénézuélien surnommé le « docteur des pauvres » ; Bartolo Longo (1841-1926) – avocat italien, ancien prêtre sataniste converti au catholicisme, promoteur du Rosaire et fondateur du sanctuaire de Notre-Dame du Rosaire de Pompéi. [www.vatican.va], [www.cathol…agency.com], [www.vaticannews.va]

2 Inspiré d’Anne Bernet, lettre@mariedenazareth.com, 1000 raisons de croire, 05/10/2024.

3 Oraison de Collecte du XIXe dim ap. la Pentecôte du Vetus Ordo.

4 Saint Jean-Paul II – Lettre apostolique du 16 octobre 2002, Rosarium Virginis Mariae, n°8, « sur les pas des témoins. »

5 Pape François, Message du 7 octobre 2024, pour le 150e anniversaire de l’arrivée du tableau de Notre-Dame du Rosaire à Pompéi.

6 Saint Bartolo Longo, Supplique à la Vierge de Pompéi, composée en 1883.


Ne craignez aucun abîme !

Étudiant en droit à Naples au milieu du XIXe siècle, Bartolo Longo se retrouve sous l’influence d’idées patriotiques anticléricales, imprégnées d’apostasie et de franc-maçonnerie. Peu à peu, il se détourne des sacrements et se mit à expérimenter la sorcellerie et la magie. D’un caractère entier, il se lance à corps perdu dans le spiritisme. Bartolo commence à assister à des séances de spiritisme, à expérimenter des drogues et s’adonne même à des orgies.

Toujours insatisfait, il se consacre à Satan en tant que « prêtre ». À la suite de ce pacte avec le Diable, sa vie se transforme en champ de ruines. Il devient triste, mais pas d’une manière habituelle, il ressent une tristesse oppressante et omniprésente. Il devient confus, ses « compagnons spirituels », qu’il appelle des « anges », lui donnent des réponses incohérentes et contradictoires aux questions qui lui tiennent à cœur.

La santé physique et mentale de Bartolo se détériore, son apparence devient inquiétante et méconnaissable pour ceux qui le connaissent. Sa santé défaillante et son anxiété n’ont cependant pas échappé à l’attention d’un « bon ange », l’un de ses anciens professeurs qui l’a appelé à la conversion. Peu de temps après, Bartolo se confesse au père Alberto Radente, un prêtre dominicain réputé pour ses conseils spirituels. Après trois jours de jeûne, d’actes de charité et du soutien des prières de religieuses contemplatives, l’absolution de tous ses péchés lui est accordée.

Toutefois, Bartolo continue à lutter avec les souvenirs de sa vie passée. Il se sent indigne du pardon de Dieu, certain d’être impur, et marqué à jamais par ses péchés. Un soir d’octobre, alors qu’il se promenait dans la campagne près de Pompéi, il se met à réfléchir à son mode de vie passé. Il ressent un lourd poids de tristesse et les influences démoniaques de son passé l’assaillent.

Submergé par l’angoisse, il entend au loin les cloches de l’Angélus. Il se tourne vers la Vierge Marie dans cette « vallée de larmes », et commence à prier le Rosaire. C’est alors que le conseil du père Radente lui revint à l’esprit : « Si tu cherches le salut, prie le Rosaire ».

Il décide alors de s’installer à Pompéi, où il crée des groupes de prière de prière du Rosaire, organise des processions mariales et commença à travailler à la construction d’un sanctuaire dédié à Notre-Dame du Rosaire. Il y place une vieille image de Marie Reine du Rosaire qui devient rapidement source de guérisons miraculeuses.

Dimanche le 5 octobre, c’était la fête du bienheureux Bartolo Longo.
Dimanche prochain, le 19 octobre, il sera déclaré saint !
De prêtre sataniste à apôtre du Rosaire, de pécheur à saint !

Comment est-ce possible ? Écoutez les paroles du pape Léon :
« Il n’y a pas d’histoire de vie tellement marquée par la tromperie ou le péché qu’elle ne puisse être visitée par l’espoir. Aucune chute n’est définitive, aucune nuit n’est éternelle, aucune blessure n’est destinée à rester ouverte pour toujours. Aussi éloignés, perdus ou indignes que nous puissions nous sentir, il n’y a pas de distance qui puisse mettre fin à la puissance inébranlable de l’amour de Dieu. »
C’est le Jubilé de l’ESPÉRANCE (pour moi et pour vous !)

Père Ivano Millico