Adaptez-vous !

3è D Avent A — (Mt 11,2-11)

Chemin d’Avent. Troisième électrochoc pour nous préparer à célébrer la nativité, à accueillir Jésus qui vient. La façon dont Matthieu met en scène Jean-Baptiste dès l’ouverture de son évangile (chapitre 3 entier) comporte un acte II quelques chapitres plus loin, avec cette double perspective : Jésus déroute Jean-Baptiste au point de le faire douter sur sa mission, mais aussi Jésus apprécie grandement Jean-Baptiste. 

Les doutes de Jean sur Jésus

La question que Jean pose à Jésus devrait nous surprendre : Es-tu celui qu’on attend, ou faut-il en attendre un autre ? Jean avait proclamé vigoureusement un baptême de conversion en annonçant la hache prête à couper l’arbre sans fruit, la séparation du bon grain et de la paille à brûler (3,7-12), des images bibliques évoquent le Jugement de Dieu. Et ce que Jean emprisonné (et la prison est souvent un lieu de retraite) entend dire à propos de Jésus ne correspond pas à son annonce. Jésus invite à ne pas arracher la mauvaise herbe ; ce sera à Dieu de séparer l’ivraie du bon grain (Mt 13,24-30). Au lieu d’accomplir le jugement attendu, Jésus annonce l’amour et le pardon de Dieu. Certes, il appelle à la conversion, mais avec patience et amour, dans la joie de l’Alliance, plutôt que dans la crainte et la colère… Où est la vérité ?

Dieu est toujours au-delà

Jésus conclut sa réponse aux envoyés de Jean par cet avertissement : « Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » Autrement dit : Dieu est toujours au-delà de ce que nous en percevons, ou de ce que nous pensons savoir de lui, et il nous déroute toujours. C’est le sens profond du cheminement mystique vers l’union à Dieu : la nuit des sens et la nuit de l’esprit sont nécessaires et indispensables pour nous « accommoder », nous « adapter » douloureusement à la sainteté divine. Jean-Baptiste, dans sa prison (et la prison est souvent un lieu de retraite et de retour sur soi) a dû faire ce travail. Et nous sommes invités nous aussi à ne pas fossiliser dans des crispations sécurisantes, mais à accepter de marcher joyeusement de découverte en découverte, en ne s’attachant à rien car Dieu est toujours au-delà.

L’adaptation à la miséricorde divine

La réponse de Jésus donne une liste d’actes bienfaisants tirés de textes d’Isaïe qui annoncent tous la venue du Messie ou du salut de Dieu (Isaïe 26,19 ; 29,18 ; 35,5-6 ; 61,1). Pour qui connaît les Écritures, Jésus s’identifie donc bien à Celui que l’on attend. Mais il le fait en soulignant plutôt le salut miséricordieux divin : quand Dieu vient, on est guéri, accueilli, relevé, etc. Aucune trace de jugement dans cette venue ! Les signes sont donnés pour nourrir l’espérance et la confiance en Dieu, et non pour entretenir la crainte. Voilà la Bonne Nouvelle de Dieu annoncée aux pauvres, à tous ceux qui peuvent perdre espoir. C’est ce coeur de la révélation : un Dieu miséricordieux, que nous sommes invités à accueillir, à mettre en pratique dans nos vies.

Écouter l’homélie

L’admiration de Jésus pour Jean

Dans la seconde partie du récit, Jésus s’adresse aux foules en exprimant son enthousiasme pour Jean. Il le traduit par un trio de convictions. (1) Jean est un « un roseau agité par le vent », qui plie mais ne rompt pas (La Fontaine, le chêne et le roseau) ; et il n’est pas guidé par l’opportunisme, et sait résister aux puissants, ce qui lui vaut la prison. (2) Jean n’est pas « un homme habillé de façon raffinée », car son austérité bien connue contraste avec l’apparat royal, lui assurant une pleine indépendance. (3) Jean est un authentique prophète, et même « plus qu’un prophète ». Car il n’est pas porteur d’une prophétie, mais en lui se réalise ce qu’avaient annoncé ses devanciers, notamment Malachie, cité dans le texte de Matthieu. C’est lui, « l’Élie qui doit revenir » (11,14). Prophète ultime, il atteste que Jésus est le Messie attendu, et que le Royaume est inauguré.

Mais le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui

D’étonnement en étonnement, il nous faut accueillir la déclaration solennelle de Jésus : « Amen, amen, je vous le dis ». Jean Baptiste est le plus grand des hommes sur la terre, mais « le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui ». Jean-Baptiste, lui, demeure l’homme de la première alliance. Mais avec Jésus s’ouvre une nouvelle étape de l’humanité : l’entrée dans le Royaume des Cieux. La possibilité de devenir enfant de Dieu, fils ou fille du Père, la naturalisation à la vie divine. C’est ce qui a provoqué la révolte de Lucifer, le porte-à-faux de Jean-Baptiste, et qui exige sans cesse notre adaptation.

Oui, chaque plus petit est plus grand que Jean, s’il accueille le visage et la vie de Dieu