Nuit de Noël A — (Lc 2, 1-14)
Cette fête de Noël, comme celle de l’Épiphanie, et celle de la Présentation au Temple, est une invitation à reconnaître l’humilité de Dieu. Comme les bergers, comme les mages, comme Syméon et Anne, qui reconnurent leur Seigneur dans le petit enfant… accueillons ce soir Dieu qui se donne comme un petit enfant.
Un nouveau-né dans une mangeoire
« Voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). L’ange annonce aux bergers, veilleurs de la nuit, « une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur » (Lc 2, 10-11). Ce Messie surprenant n’apparaît avec aucun des attributs de la puissance qu’on attendrait de lui, mais dans la fragilité d’un enfant nouveau-né. Et, pour ce nouveau-né, à la fragilité habituelle de la naissance s’ajoutent l’inconfort et les aléas d’une naissance au hasard d’un voyage. Qui d’autre que de pauvres bergers habitués à vivre près de leur troupeau à l’écart des villages aurait pu reconnaître le Messie dans les incertitudes de cette naissance aventureuse ? Avec quelques paroles du pape Léon XIV en Turquie et au Liban, méditons ce mystère.
La voie de la petitesse
Nous sommes invités à adopter un regard évangélique éclairé par l’Esprit Saint. Quand nous regardons avec les yeux de Dieu, nous découvrons qu’Il a choisi la voie de la petitesse pour descendre parmi nous. Tel est le style du Seigneur que nous sommes tous appelés à témoigner : les prophètes annoncent la promesse de Dieu en parlant d’un petit bourgeon qui se dressera (cf. Is 11, 1), et Jésus loue les petits qui ont confiance en Lui (cf. Mc 10, 13-16), affirmant que le Royaume de Dieu ne s’impose pas en attirant l’attention (cf. Lc 17, 20-21), mais se développe comme la plus petite de toutes les semences plantées dans le sol (cf. Mc 4, 31). « Dieu n’a pas honte de la bassesse de l’homme, il y entre. […] Dieu aime ce qui est perdu, ce qui n’est pas considéré, insignifiant, ce qui est marginalisé, faible et brisé » (Dietrich Bonhoeffer, Riconoscere Dio al centro della vita, Brescia 2004, 12)
La logique de la petitesse
Cette logique de la petitesse est la véritable force de l’Église. Celle-ci, en effet, ne réside pas dans ses ressources ni ses structures, pas plus que les fruits de sa mission ne proviennent du consensus numérique, de la puissance économique ou de l’importance sociale. Au contraire, l’Église vit de la lumière de l’Agneau et, rassemblée autour de Lui, elle est lancée sur les routes du monde par la puissance de l’Esprit Saint. Dans cette mission, elle est constamment appelée à s’en remettre à la promesse du Seigneur : « Ne crains pas, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner son royaume » (Lc 12, 32).
Le Royaume de Dieu : un germe, un petit rameau
Jésus ne rend pas grâce au Père en raison des œuvres extraordinaires, mais parce qu’Il révèle sa grandeur précisément aux petits et aux humbles, à ceux qui n’attirent pas l’attention, qui semblent compter peu ou pas du tout, ceux qui n’ont pas de voix. Le Royaume que Jésus vient inaugurer a en effet cette caractéristique dont nous a parlé le prophète Isaïe : il est un germe, un petit rameau qui pousse sur un tronc (cf. Is 11, 1), une petite espérance qui promet la renaissance quand tout semble mourir. C’est ainsi que le Messie est annoncé et, venant dans la petitesse d’un germe, il ne peut être reconnu que par les petits, par ceux qui, sans grandes prétentions, savent reconnaître les détails cachés, les traces de Dieu dans une histoire apparemment perdue.
Savoir reconnaître et remercier
Puissions-nous avoir le regard assez clairvoyant pour reconnaître la petitesse du germe qui pousse et grandit même au sein d’une histoire douloureuse. Les petites lumières qui brillent dans la nuit, les petites pousses qui apparaissent, les petites graines plantées dans le jardin aride de cette époque, nous pouvons les voir nous aussi, ici aussi, aujourd’hui aussi. Pour ces lumières qui tentent avec peine d’éclairer l’obscurité de la nuit, pour ces petits germes invisibles qui ouvrent cependant l’espérance en l’avenir, nous devons aujourd’hui dire comme Jésus : « Nous te louons, ô Père ! ». Nous te remercions pour ton Fils Jésus, l’enfant de Noël.
« Dans une communauté chrétienne où les fidèles, les prêtres, les évêques ne prennent pas cette voie de la petitesse, il n’y a pas d’avenir, (…) le Royaume de Dieu germe dans le petit, toujours dans le petit » (Pape François, Homélie, 3/12/19).
