Épiphanie A — (Mt 2,1- 12)
Léon XIV nous disait le 24 décembre au soir : « Noël est la fête de la foi, car Dieu devient homme, naissant de la Vierge. C’est la fête de la charité, car le don du Fils rédempteur se réalise dans le dévouement fraternel. C’est la fête de l’espérance, car l’Enfant Jésus l’allume en nous, faisant de nous des messagers de paix ». Avec ces 3 vertus dans le cœur, accueillons le mystère de l’Épiphanie.
Trois manifestations
Tout d’abord, nous faisons mémoire d’une triple manifestation de Jésus, traditionnelle dans la liturgie. Lors de l’Épiphanie, c’est la manifestation de Jésus aux mages comme roi des nations ; lors de son Baptême (dimanche prochain) , comme Fils bien-aimé du Père rempli de l’Esprit ; lors des Noces de Cana (dans deux semaines, année C) ; comme le Messie annoncé qui se révèle par des signes, et l’Époux de l’Église. Cette « suite liturgique » est comme un déploiement de la fête de Noël. C’est comme un itinéraire spirituel, sur 40 jours, son aboutissement se situant à la fête de la Présentation, le 2 février 1. Il comporte une teinte mariale évidente (Noël, Les mages, Cana, mais aussi la fête de Marie Mère de Dieu le 1er janvier).
Trois rois
Les rois « mages 2 », sont en fait des sages, des savants astrologues, venus de l’Orient, des étrangers, des païens. On a voulu en faire des rois, mais c’est une sorte d’harmonisation de la tradition. Car ils cherchent « le roi des Juifs » qui vient de naître. La naissance d’un roi prend des allures de rival inquiétant pour le « roi Hérode3 », très en vue (versets 1, 3, 7, 9, 12), accompagné d’une cour imposante, « tout Jérusalem », « tous les grands-prêtres et les scribes de son peuple » (v. 3-4)… Alors, quel roi ? Le roi visible et le roi caché, le roi meurtrier et le roi espéré… Le roi qui répondra à Pilate : « ma royauté n’est pas de ce monde » (Jn 18,35- 36).
Trois prophéties
Il faut souligner un autre aspect de ce récit : il est truffé de réminiscences de prophéties de l’A.T. En voici trois principales dont la première est le recours à l’Écriture au cœur du récit :
- L’affirmation péjorative du texte de Michée, « tu es la plus petite parmi les places-de-gouvernement de Juda », est transformée dans l’évangile en une surenchère valorisante : « tu n’es nullement la plus petite ». Matthieu annonce ici le retournement que Jésus opère avec ce mot qui revient par deux fois dans son enseignement sur les plus petits (Mt 5,19 et 25,40.45). Le plus petit n’est « nullement » le plus petit !
- Une seconde : « Nous avons vu son étoile à son lever », disent les mages, annonce de la naissance d’un grand homme. Le prophète païen Balaam avait donné cet oracle : « Je vois, mais pas pour maintenant, j’aperçois, mais pas de près, une étoile se lève, issue de Jacob, un homme surgit d’Israël » (Nb 24, 17).
- Une troisième, disséminée. Le passage obligé des mages par Jérusalem prend une profondeur particulière si l’on écoute raisonner l’oracle jubilatoire du troisième Isaïe décrivant un triomphal retour d’exil et l’hommage adressé par les rois des nations à Jérusalem (Is 60, 1è lecture). En outre, vient à la mémoire le psaume 71 célébrant le roi juste qui gouvernera Israël selon l’espérance messianique : « Tous les rois se prosterneront devant lui… On lui donnera l’or de Saba » (Ps 71, 10-11.15).
Trois offrandes
L’or symbolise depuis l’Antiquité la puissance et le règne. Il peut symboliser ici la dignité royale de cet enfant-Dieu, donc sa divinité.
L’encens est le symbole de la prière qui monte vers Dieu, de l’adoration, du culte : « Que ma prière devant toi s’élève comme un encens » (Ps 140, 2). Comment encensons-nous Dieu dans notre vie de tous les jours ?
La myrrhe, parfum d’embaumement pour les sépultures, est le symbole annonciateur de la passion, de la mort en croix et de la mise au tombeau du Christ, insistant plus sur son humanité.
Trois personnes offertes à notre contemplation
Jésus dans les bras de Marie, devant qui nous nous prosternons dans un geste d’adoration. Marie, qui présente l’enfant Dieu, et que nous vénérons comme Mère de Dieu. Ne confondons pas adoration et vénération. Également, gardons unis Jésus et Marie comme nos frères orthodoxes dans l’écriture des icônes. Et Joseph, l’absent volontaire de la scène, qui nous oriente vers la conception virginale et le service caché. Respectons le silence de cette scène, qui porte à la contemplation.
1On peut lire en ce sens le texte de Benoît XVI cité par le P. Bernard Maitte,« Les « épiphanies » du Seigneur, véritable itinéraire spirituel ».
2Le mot « mage » n’apparaît dans la Bible grecque qu’au livre de Daniel, lors des démonstrations de sagesse de celui-ci à la cour du roi de Babylone ; il y est toujours associé à d’autres désignations des représentants de la sagesse orientale : « sages, magiciens, enchanteurs, devins, astrologues » (voir Daniel 1-5).
3L’histoire profane, très documentée grâce à Flavius Josèphe, nous rapporte que ce Hérode dit « le Grand » n’est pas un « hasmonéen », un descendant de la lignée légitime, même pas un «Judéen/ Juif», mais un Iduméen, originaire du pays voisin, Édom, rival exécré d’Israël. Établi « roi de Judée » par les Romains en 40 avant le Christ, il s’est toujours montré le client fidèle et avisé du pouvoir romain.
