Une distinction plutôt pertinente par chez nous…
B.D.
1. Essai de définition
J’appelle « Noël » un fait de société d’origine occidentale(comprendre ici : européen exporté dans le Nouveau-Monde au XVIe s., puis en Afrique et vers l’Asie et l’Océanie à partir du XVIIe s.), annuel, cyclique et répétitif (toujours autour du 25 décembre) qui consiste en réunions familiales et rassemblements populaires festifs autour de symboles :
– l’hiver (Noël aux tisons est l’idéal car Noël = hiver/froidure/chauffage-flambées, évidemment tout cela vu de l’hémisphère nord !)
– une débauche de lumière artificielle (illuminations extérieures privées de maisons particulières et publiques de rues, places et monuments publics)
– temps commun dans toute l’année d’appel public municipal à faire la fête (sous l’appellation laïque (seulement en France) « bonnes fêtes [de fin d’année] » sur des calicots tendus au-dessus d’entrées d’agglomérations)
– des manifestations artistiques (spectacles de rues, concerts instrumentaux et choraux) et commerciales (marchés dits « de Noël », animations et décorations dans magasins de quartier et centres commerciaux, promotions de toutes sortes)
– des repas plantureux et aussi joyeux que possible plus ou moins typés
– des boissons et friandises de même (vin chaud à la cannelle, chocolat chaud, Christollen ou Panettone…)
– un arbre et un seul sur les places ou dans les foyers (épicéa exclusivement) avec des ndécorations typées
– des échanges de cadeaux
– dans un esprit si possible d’enfance (les enfants sont la cause, le motif et le prétexte de tout Noël), de solidarité (appels aux dons par une foule d’association d’entraide) et de paix momentanée (la fameuse « trêve des confiseurs »)
– … le tout avec un vague arrière-fond de christianisme (« petit Jésus », crèche, cantiques religieux chrétiens les plus archaïques possibles : Il est né, le divin Enfant, Entre le bœuf et l’âne gris, Douce Nuit etc.) décliné en mode postchrétien (airs incontournables : Jingle Bells/Vive le vent etc. ; Père Noël = avatar de l’évêque saint Nicolas sécularisé)
– … et le tout justifiant un consentement à beaucoup, pas mal dépenser « car c’est Noël ! »
… et j’appelle « la Noël » une solennité chrétienne annuelle ordonnée et ordonnancée par les Églises anglicane, catholique et protestantes du monde entier (l’Orthodoxie et l’Espagne privilégient le 6 janvier = la solennité de l’Épiphanie et du baptême du Christ)
– relative à la personne de Jésus de Nazareth et elle seule
– plus précisément à un événement : sa naissance (la Noël = la Nativité), en Judée (selon les évangélistes Matthieu et Luc), vers l’an 753 depuis la fondation de la ville de Rome
– mais évoquant plus largement les origines et circonstances de cette naissance, vues selon l’histoire des historiens (empereur CÉSAR AUGUSTE, roi HÉRODE….) la foi juive (prophéties, Messie attendu…) et la foi chrétienne accomplissant la foi juive
– avec la célébration de cette naissance à date fixe : chaque 25 décembre (avec départ la veille au coucher du soleil, héritage-continuité de la foi juive, qui considère que chaque 24h quotidiennes va d’un coucher de soleil au suivant, d’où les messes dites (à tort) « anticipées » du dimanche ou d’autres solennités ou de fêtes
– … et la désignation de cette naissance comme « mystère de la foi », c’est-à-dire événement inscrit dans l’histoire humaine, qui est histoire de la création visible, témoigné par des humains (Marie, Joseph, les évangélistes…), mais dont l’intelligence du sens est en grande part incompréhensible par la raison et par le cœur (le mystère nous « dépasse ») tout en étant approchable par la raison et par le cœur et nourrissante déjà (le mystère nous éclaire et nous porte)
-… avec des signes sensibles pour vivre ce mystère et en retirer bonheur et profit :
. la couleur blanche ou dorée comme couleur liturgique obligatoire (pour les chasubles, chapes et « antependia » (parement en tissu des devants d’ambons et d’autels)
. les hymnes et cantiques de la Noël (Puer natus est, Venite, adoremus, Aujourd’hui dans notre monde le Verbe est né , Tout le ciel s’emplit etc.)
. les concertos de Noël (le plus célèbre : celui d’Archangelo CORELLI, XVIIe s.)
. une grande bougie blanche déposée au centre des quatre violettes dont l’allumage progressif avait rythmé le temps liturgique de l’Avent
. le retour du Gloria dont le chant avait été suspendu pendant l’Avent
. les messes de la Nativité (depuis celle de la Veille au soir – 24 décembre, 18h… – jusqu’ à celle du Jour – 25 décembre, 10h30…, en passant par celle de la Nuit et celle de l’Aurore)
. la Liturgie des Heures de la Nativité (du soir du 24 décembre au soir de la fête du Baptême du Christ, deuxième dimanche de janvier)
. la cantillation de l’Évangile de la Nativité
. les processions à la crèche avec portement de la figurine de l’Enfant-Jésus-nouveau-né et encensement de la crèche entière
. la déposition des figurines des Mages dans la crèche, en la solennité de l’Épiphanie du Seigneur, 1er dimanche de janvier
2. Historique
. « Noël » est relativement récent. XIXe s. Importation et diffusion populaire en France de coutumes extérieures (le sapin, passé d’une cour germanique à celle du palais de Buckingham, puis à celle des Tuileries, mais surtout, à partir de 1871, de l’Alsace-Moselle (annexée par l’Allemagne) à la France dite « de l’intérieur » par les Alsaciens-Mosellans exilés volontaires en France intérieure : installer un sapin chez soi ou sur la place était un geste patriotique de non-résignation à la perte de ces deux provinces françaises ; mode commerciale des « Pères Noël » après 1918 en France, sous forte influence états-unienne (Santa Claus); vogue et mode de la bûche de Noël comme dessert etc.)
. « la Noël » remonte au milieu du IVe siècle (premières traces documentées ; mais célébrée à Bethléem même depuis le IIIe siècle)
. fixation au 25 décembre d’une date de solennité liturgique commune à toutes les communautés, aussi bien dans l’Empire romain qu’en dehors
. corpus de textes bibliques, oraisons propres, hymnaire propre
3. Rapports mutuels
On peut fêter Noël sans aucunement fêter simultanément la Noël (membres d’autres religions que la chrétienne, agnostiques et athées ; chrétiens baptisés non pratiquants)
On peut fêter la Noël sans fêter Noël (catholiques intégristes Amish ?) tout comme on peut les fêter ensemble, mais sans confusion et toujours Noël subordonné à la Noël (pratiquants catholiques latins, anglicans (et leurs célèbres « Carols ») et protestants)

