Fête de la Sainte Famille A — (Mt 2, 13-15.19-23)
La fête de la Sainte Famille est chaque année l’occasion d’une méditation sur la grandeur de la famille et d’une intercession pour les familles. Dans le souci d’un accueil de l’actualité ecclésiale dans ce domaine, je ferai plusieurs citations de Léon XIV notamment.
Joseph, époux de Marie, un homme éveillé par Dieu
Dans l’évangile selon Matthieu, l’ange du Seigneur s’impose à trois reprises dans la vie de Joseph et le même procédé est à chaque fois repris : « un ange du Seigneur lui apparut durant un songe, disant… » (lire Mt 1, 20; 2, 13; 2, 19-20). L’ange du Seigneur délivre à Joseph la juste interprétation de l’histoire qu’il s’imaginait jusque-là comprendre. C’est en lui que les mots sont déposés – lui ne parle pas, laissant le temps nécessaire à la parole venue de plus haut et de plus loin agir intérieurement, et engager sa vie dans des trajectoires aussi nouvelles qu’inattendues. L’ange du Seigneur mêle la parole créatrice de Dieu à son existence. Cette parole agit en lui. Littéralement, elle le réveille ou – pour le dire dans la traduction usuelle du verbe – elle le ressuscite (voir 1, 24; 2, 13 et 2, 14; 2, 20 et 2, 21). Dans ces textes dont nous lisons la traduction française, il faudrait remplacer « lève-toi » par « réveille-toi » pour bien correspondre au verbe grec egeïrô sous-jacent.
Jésus a vécu au cœur d’une vraie et sainte famille
On dira facilement que la Sainte Famille de Nazareth a vécu quelque chose de trop particulier, ou de trop spécial, pour qu’elle soit fournie en exemple aux familles. Pourtant, le pape Paul VI en 1970 (aux END) affirmait qu’il s’agit d’un vrai mariage et donc d’une vraie famille : « Quand ils analysent la nature du mariage, saint Augustin comme saint Thomas considèrent constamment qu’elle réside dans « l’union indivisible des esprits », dans « l’union des cœurs », dans le « consentement » (St Augustin), tous éléments qui se sont manifestés d’une manière exemplaire dans ce mariage. Voici qu’au seuil du Nouveau Testament comme à l’entrée de l’Ancien se dresse un couple. Mais, tandis que celui d’Adam et Ève fut la source du mal qui a déferlé sur le monde, celui de Joseph et de Marie est le sommet d’où la sainteté se répand sur toute la terre. Le Sauveur a commencé l’œuvre du salut par cette union virginale et sainte où se manifeste sa toute-puissante volonté de purifier et sanctifier la famille, ce sanctuaire de l’amour et ce berceau de la vie ».
Nous avons besoin de saints couples mariés
Le pape Léon XIV, lors du Jubilé des familles (1er juin 2025), soulignait : « Au cours des dernières décennies, nous avons reçu un signe qui nous remplit de joie et qui nous fait réfléchir : je veux parler du fait que des couples mariés ont été proclamés bienheureux et saints, non pas séparément, mais ensemble, en tant que couples mariés. Je pense à Louis et Zélie Martin, les parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; et j’aime rappeler les bienheureux Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, dont la vie familiale s’est déroulée à Rome au siècle dernier. Et n’oublions pas la famille polonaise Ulma : parents et enfants unis dans l’amour et dans le martyre. Je disais que c’est un signe qui fait réfléchir. Oui : en désignant comme témoins exemplaires des époux, l’Église nous dit que le monde d’aujourd’hui a besoin de l’alliance conjugale pour connaître et accueillir l’amour de Dieu et surmonter, par sa force qui unifie et réconcilie, les forces qui désagrègent les relations et les sociétés ».
Un appel à partir à la pêche aux familles
Le lendemain, le pape Léon transmettait un message aux participants au séminaire « évangéliser avec les familles » qui contient un vibrant et large appel à partir à la pêche aux familles. « C’est précisément ce désir d’aller « pêcher » cette humanité qui pousse l’Église dans son effort pastoral et missionnaire, pour la sauver des eaux du mal et de la mort à travers la rencontre avec le Christ. Il revient d’abord aux évêques… de jeter les filets en mer et de devenir « pêcheurs de familles ». Mais les laïcs sont eux aussi appelés à s’impliquer dans cette mission, devenant, aux côtés des ministres ordonnés, des « pêcheurs » de couples, de jeunes, d’enfants, de femmes et d’hommes de tout âge et de toute condition, afin que tous puissent rencontrer Celui qui seul peut sauver. (…) Je vous demande donc de vous unir aux efforts par lesquels toute l’Église part à la recherche de ces familles qui, seules, ne s’approchent plus ; afin de comprendre comment marcher avec elles et comment les aider à rencontrer la foi, pour qu’elles deviennent à leur tour « pêcheuses » d’autres familles. (…) Ne vous laissez pas décourager par les situations difficiles que vous rencontrerez ».
Une seule chair, un éloge de la monogamie
La Révélation chrétienne est aux prises avec toutes sortes d’obstacles, culturels et locaux. Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié (21 nov. 2025) une « Note doctrinale sur la valeur du mariage en tant qu’union exclusive et appartenance mutuelle. Une seule chair, un éloge de la monogamie ». « (Prés.) Ce document aborde sérieusement le contexte mondial actuel du développement de la puissance technologique, où l’être humain est tenté de se croire illimité, capable de réaliser tout ce qu’il imagine. Dès lors, la valeur d’un amour exclusif, réservé à une seule personne, est facilement occultée, ce qui implique en soi le renoncement à de nombreuses autres possibilités. (…) (Concl., n° 54) Nous pouvons reconnaître dans l’union conjugale intime, par laquelle deux personnes deviennent un seul cœur, une seule âme, une seule chair, le premier sens originel du mariage ».
