(3è D Pâques A — Lc 24,13-35)
Si les trois grands chapitres de Jean (4, 9, 11) sont les catéchèses du carême, le chapitre 24 de Luc est la catéchèse pascale par excellence. Sur la base des souvenirs de Cléophas, ce récit a pris la forme même d’une catéchèse traditionnelle, fixée en deux « arrêts » (v. 17 sur la route, & 29 à l’auberge).
- Dans la première moitié du récit, tout est obscur, on pourrait la symboliser par le visage sombre des disciples.
- Dans la deuxième partie, tout est lumière, vie et joie ; on pourrait la symboliser par le cœur brûlant.
- Au centre, Jésus formule la Révélation du dessein de Dieu réalisé en Lui, dont témoignent les Écritures : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (v. 26).
Un modèle de cheminement catéchétique et spirituel
L’expérience vécue par les 2 disciples devient l’image de notre cheminement spirituel. Ici, le voyage est décrit de façon à représenter la vie des disciples comme un drame en trois actes :
- La catéchèse se déploie sur la route ; elle est entretien (homiléô, v. 15), marche pas à pas et progrès sur la Voie.
- Le partage du pain se situe à Emmaüs, au gîte d’étape, au lieu où les voyageurs refont leurs forces.
- Le témoignage est proclamé à Jérusalem, et d’abord aux Onze. En trois expressions : « Il est vivant » (v. 23, Cléophas qui n’y croit pas) ; « Il est entré dans sa gloire » (v. 26, Jésus) ; « Il est réellement ressuscité » (v. 34, les Onze).
L’enseignement ainsi déployé porte : 1) sur la vie de foi, 2) sur la présence mystérieuse du Seigneur (invisible, aphantos, sans apparence) qui reste avec nous sur tous nos chemins, dans nos désespérances. 3) Et sur l’importance du sacrement eucharistique pour le chrétien, rencontre avec le Christ qui ravive la foi et fait brûler le zèle apostolique…
Tout baigne dans une atmosphère liturgique
Ce récit nous est donné dans l’atmosphère liturgique du partage eucharistique, moins centrée sur le récit de la Cène que sur celui des pains multipliés. En effet, contrairement à Mc et Mt, Lc rapporte une seule multiplication des pains. Il a omis la seconde, pour la transposer dans le partage du pain d’Emmaüs ; dans les deux récits (Lc 9 & 24), la même séquence : le jour décline, on s’attable, Jésus prend le pain, dit la bénédiction, le donnait…
Ainsi, c’est seulement après la Résurrection que commence la véritable multiplication des pains, celle qui dure (l’imparfait) jusqu’à la fin des temps. Jésus se fait le convive des hommes, il continue à leur donner le Pain de Vie, et dans ce contact avec lui, la foi le reconnaît. L’insistance au début du récit sur « le même jour » (v. 13) souligne la condensation liturgique du temps dans le dimanche chrétien.
On trouve le schéma de l’assemblée eucharistique
Bien souvent, nous y arrivons chacun avec le visage sombre, avec notre charge de préoccupations diverses, et nous ne sommes guère à l’unisson de ce qui se prépare. La célébration commence par des lectures, de l’AT et du NT… puis vient le commentaire, l’homélie : il leur interpréta, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. Et peu à peu toute cette préparation transforme notre cœur et le rend brûlant.
Alors, nous sommes prêts, nous sommes mûrs pour l’Eucharistie. Nous avons faim de sa présence. C’est le moment du « Reste avec nous ». Nos yeux s’ouvrent et nous pouvons communier. Nous avons rencontré le Seigneur. Un désir intense nous saisit : aller communiquer la bonne nouvelle. « Allez dans la paix du Christ, Allez porter l’Évangile du Seigneur ».
Jésus le Sauveur marche sur nos routes
En feuilletant l’œuvre de Luc, nous repérerons deux autres récits qui se rapprochent du récit des Pèlerins d’Emmaüs : en Luc 10, la parabole du bon Samaritain, et en Actes 8, le baptême de l’eunuque. Dans chaque récit, les voyageurs sont en état de privation ou de détresse : dans la parabole, l’homme blessé est dépouillé, à demi-mort. Les pèlerins sont privés de la grande espérance messianique qui les avait, soulevés avec Jésus de Nazareth. L’eunuque n’a pas l’intelligence de ce qu’il lit.
Par l’huile et le vin, le partage du pain, et l’eau, par les sacrements de l’Église, Jésus est le Sauveur qui guérit l’humanité blessée. Laissons-nous guérir et fortifier. Nous poursuivrons alors notre chemin avec une plus grande ardeur apostolique pour proclamer : « il est réellement ressuscité ! ».
