Agir soi-même ou recevoir de Dieu

1 D Car C — (Lc 4, 1-13)

Le premier dimanche de Carême nous montre Jésus face au Tentateur, dans un combat dont il sort vainqueur. Puisqu’on parle tant de fake news aujourd’hui, on pourrait dire que Satan nous est présenté comme le propagateur de fausses nouvelles. De la bouche du démon ne sortent que des mensonges habillés de vérités bibliques… Et Luc semble réserver le meilleur de sa sollicitude aux paroles du diable 1. Car dans sa perspective, Satan est l’acteur principal du drame de la Passion ; il nous présente l’Adversaire qui, vaincu dans le désert, triomphera à Jérusalem le Vendredi saint par la mise en croix du Messie. Luc précise que c’est rempli par l’Esprit que Jésus traverse les épreuves : c’est ainsi qu’il peut décliner l’invitation urgente à « faire » par soi-même et  vaincre en s’en remettant à son Père.

1. Au désert : sauve-toi toi-même, donne-toi à manger  ! Sois un Messie matérialiste

En situation de détresse — il y a 40 jours que Jésus ne mange rien —, se sauver soi-même, se donner à manger ! Combler les faims profondes de l’homme par une surabondance matérielle magique, s’affirmer comme un être qui n’existe que par soi-même, sans Dieu, sans les autres… un vrai mensonge dont nous ne cessons d’expérimenter la portée. Mieux vaut un désir à vif qu’une nonchalance repue.

Et Jésus met en œuvre cette parole :« l’homme ne vit pas seulement de pain ». Dans la quête de son bonheur, au lieu de se servir lui-même, l’homme reçoit le pain de la main du Père. Jésus réalisera la vocation première d’Adam. En Jésus, le Père recevra l’obéissance aimante qu’il attend de l’humanité.

2. Sur la hauteur : pactise avec moi pour dominer la terre  ! Sois un Messie dictatorial

Le diable place Jésus « plus haut »et lui montre qu’il a la main sur tous les royaumes. Luc précise que ce pouvoir « lui fut remis ». Si Satan exerce sa domination sur les nations, c’est que Dieu lui a donné ce pouvoir. Et Satan dévoile son offre (ce qu’il fait rarement2) : pactise, prosterne-toi, et tu pourras réaliser ta mission de Roi Messie en dominant la terre. Se servir de la politique pour dominer…

Mais Jésus met en œuvre cette parole : « C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte ». Se réaliser soi-même grâce au pouvoir et à la domination, telle était bien aussi l’offre mensongère du serpent à Adam et Ève ; son acceptation équivalait se prosterner. Jésus marche sur un autre chemin, de service et d’humilité : « Je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert » (Lc 22, 24-27).

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3. Au Temple : demande une aide extraordinaire à ton Père  ! Sois un Messie gourou

Le Temple de Jérusalem occupe une place importante dans l’Évangile de Luc. Jésus fut « présenté » au Temple pour y être « consacré au Seigneur » (2, 23), et c’est dans le Temple que Luc nous fait entendre ses premières paroles à l’âge de 12 ans : Jésus se doit aux affaires du Père (2, 49). Placer Jésus au sommet du Temple, c’est donc, dans ce contexte, le situer près du Père, ce Père qui lui a confié la mission messianique.

La provocation de Satan est donc claire : « Puisque tu viens de refuser mon aide (deuxième tentation), je te conduis chez ton Père (au Temple) pour qu’il t’apporte son secours : vas-y, épate la galerie ! » Contraindre Dieu à agir, le mettre à son service en jouant avec le danger pour former des groupies soumises. Luc cite avec soin le Ps 91 : les anges doivent « garder » Jésus, le « porter ». Se servir de la religion pour dominer…

Mais Jésus met en œuvre cette parole : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ». Ne pas contraindre Dieu, mais s’abandonner à son amour… Nous connaissons bien nous aussi ce combat intérieur.

La vérité : adorer le Père, servir ses frères

La surabondance matérielle, le pouvoir politique dictatorial, l’abus spirituel religieux contraignant… L’avoir le pouvoir, le savoir… Autant de MENSONGES que Jésus débusque, autant d’IMPASSES qu’il rejette pour la réalisation de sa mission. Il ne veut qu’adorer son Père et servir ses frères. Là sont la Vérité et la liberté. Luc termine son récit par une précision : « le diable s’éloigna de lui jusqu’au temps fixé ». Ce n’était qu’une première escarmouche, le combat continue…

Dans notre combat spirituel de carême, pour vaincre la pression mise par l’Adversaire, nous avons besoin comme Jésus de la force de l’Esprit pour cultiver l’abandon


1Chez Matthieu, le diable prononce 8 mots; chez Luc, 28.

2Dans la plupart des cas, l’origine diabolique de petits pouvoirs reçus reste cachée, même dans les cas de transmission familiale (p. ex. : coupeurs de feu ; magnétiseurs et énergéticiens de tous bords ; médiums)