26° D. TO A — Mt 21,28-32 — Écouter l’homélie
Resituons cette scène. Au début du chapitre 21, Jésus est entré solennellement au temple de Jérusalem, puis en a chassé les vendeurs et les changeurs (v. 12). Cela a grandement irrité les chefs religieux. Lorsqu’il y revient pour enseigner (v. 23), les grands prêtres et les anciens l’interpellent immédiatement au sujet de son autorité. C’est dans le cadre de cette controverse que Jésus prononce trois paraboles (21,28 : 21,33 ; 22,1). Celles-ci mettent en scène l’incroyance des chefs religieux et annoncent qu’ils devront faire face au jugement de Dieu. La première d’entre elles, que nous venons d’entendre est propre à l’Évangile de Matthieu. Une fois de plus, il s’agit de travailler à la vigne, et « aujourd’hui, maintenant ».
Voici deux attitudes
Je ne veux pas… s’étant repenti…Le fils qui répond sans détour « je ne veux pas » (v. 29) manque totalement de respect envers l’autorité du père. Mais « à la fin » (v. 29), il se repent. Le verbe grec évoque une transformation du cœur. Le fils revient à de meilleures dispositions et opte finalement pour l’obéissance. En ce sens, la parabole est un appel à se repentir maintenant. La repentance, même tardive, ouvre le chemin au Royaume, mais le refus de s’engager en rend l’accès impossible. Précisément, Jésus reproche aux chefs religieux de ne pas s’être repentis, « même pas à la fin » (v. 32)…
Ego, kyrie… moi, seigneur… C’est la réponse littérale du second fils, qui semble vouloir se différencier de son frère. « Moi (d’accord), Seigneur ». Ce deuxième enfant se présente comme un fils modèle. Cette image positive vole cependant vite en éclats, car il ne se rend pas à la vigne (v. 30). Il en reste aux belles paroles. Dans les faits, il n’obéit pas. Il n’a qu’une apparence d’obéissance.
Il faut exercer un discernement
Jésus passe à l’explication de la parabole (v. 31), en impliquant ses auditeurs dans la découverte du sens, comme au tout début : « Quel est votre avis ? » (v. 28). Il le fait à nouveau en leur posant une question : « Qui des deux a fait la volonté du père ? » (v. 31). Jésus les invite en fait à exercer un discernement. Il s’agit d’un moyen subtil pour les amener à porter un jugement sur leur propre comportement, en toute lucidité sans se sentir menacés.
En répondant que c’est le premier qui a fait la volonté du père, ils donnent raison à Jésus et se condamnent eux-mêmes. En effet, ces chefs religieux ont beau se donner des airs d’hommes pieux, ils refusent néanmoins d’accueillir Jésus et de se convertir. Ils donnent l’impression d’obéir fidèlement à Dieu par leurs paroles édifiantes et leurs belles liturgies. Or, il n’en est rien. Leurs actes témoignent de leur infidélité. Ils sont en fait comme le second fils. Leur rébellion est démasquée.
Auquel des deux fils t’identifies-tu ?
Le premier ? Ce serait tragique. Comme c’est le cas pour les chefs religieux. Puisque Dieu agit dans la continuité, la docilité à l’appel de Jean-Baptiste était le test du vrai chemin de justice et de foi : ce qu’il fallait faire, c’était de croire à la parole de Jean-Baptiste (v. 32)1… Les publicains et les prostituées 2, qui avaient d’abord refusé la volonté de Dieu manifestée par la Loi, se sont retournés vers Jean-Baptiste, et par lui, ont découvert la voie du salut dans le Royaume annoncé par Jésus. Les chefs du peuple n’ont pas cru bon de se présenter au baptême de Jean, et refusent la seconde chance offerte en Jésus.
Alors, où doit se situer notre conversion ? Pouvons-nous nous identifier clairement à l’un ou l’autre des deux fils ? Ne sommes-nous pas plutôt tantôt l’un et tantôt l’autre ? Avouons que notre réponse à l’Évangile ne ressemble pas nécessairement à une belle ligne droite. Dans ma vie de prière, je dis « oui » à Dieu et à l’Évangile. Mais y a-t-il des zones de mon existence qui expriment des « non » ? Se pourrait-il que je sois à la fois l’un et l’autre fils ? Se trouve-t-il en ma vie des espaces de rébellion ? Ai-je des conversions à opérer ? Y a-t-il des domaines où j’aurais à me repentir ?
Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie(Ez 18, 27)
1La question de l’attitude par rapport à Jean-Baptiste encadre cette parabole : vv. 25 et 32. On ne peut opposer Jean-Baptiste et Jésus (comme on l’a fait de François et de Benoît XVI) : la Parole de Dieu est une.
2Dans l’A.T., la prostitution renvoie au culte des idoles ; autant dire qu’elle détourne du vrai Dieu et de ses commandements. Et qu’à l’époque de Jésus, les publicains sont les collecteurs de taxes et d’impôts pour Rome, ce qui les rend impurs au regard des lois religieuses et odieux aux yeux du peuple.
