Cette décision est une offense indicible

Après la nomination par Mgr Kerimel, archevêque de Grenoble (issu de la Communauté de l’Emmanuel), comme chancelier de l’abbé Spina, prêtre qui a été condamné à de la prison ferme pour le viol d’un adolescent voilà trente ans, et ses piteuses tentatives de justifier l’injustifiable, la polémique n’est pas près de retomber dans et en-dehors du diocèse. Je sais que le ministère de l’évêque est difficile, mais cette nomination est un manque de jugement et de bon sens comme il y en a peu. Au vu du bruit médiatique produit, l’abbé Spina aurait dû se retirer de lui-même. Où sont le bon sens et le sens de l’honneur dans tout cela ? D. Auzenet

Lettre d’une victime à Mgr de Kérimel

Cette personne n’est pas victime de l’abbé Spina, mais d’un autre prêtre.

Lettre de Margot Ferreira, responsable d’équipes MEJ au diocèse de Toulouse

La victime du prêtre, qui avait porté plainte à l’époque, témoigne auprès de « Charlie Hebdo »

Lire sur le site de Charlie Hebdo

Le pape François

« D’autre part, le courage que vous, et d’autres, avez montré en exposant la vérité, a été un service d’amour, portant à la lumière une terrible obscurité dans la vie de l’Église. Il n’y pas de place dans le ministère de l’Église pour ceux qui commettent ces abus, et je m’engage à ne pas tolérer le mal infligé à un mineur, par qui que ce soit, indépendamment de son état clérical. Tous les évêques doivent exercer leur service pastoral avec le plus grand soin pour assurer la protection des mineurs, et ils rendront compte de cette responsabilité. »

https://www.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2014/documents/papa-francesco_20140707_omelia-vittime-abusi.html

(MESSE EN LA CHAPELLE DE LA DOMUS SANCTAE MARTHAE AVEC QUELQUES VICTIMES D’ABUS SEXUELS COMMIS PAR DES MEMBRES DU CLERGÉ)

Mgr Hervé Giraud, évêque de Viviers

©PHOTOPQR/LA MONTAGNE/Jérémie FULLERINGER ; ; 26/01/2019 ; Herve GIRAUD, eveque Sens Auxerre, messe, VEZELAY 2019, 26/01/2019. Photo Jeremie Fulleringer

Enfin, un évêque qui prend la parole pour dire son désaccord. Extrait d’un article de La Vie :

Vous vous êtes exprimé sur les réseaux sociaux au regard de la décision prise dans le diocèse de Toulouse. Quʼest-ce qui vous a poussé à sortir de votre réserve ?

Ma première réaction a été de penser aux victimes. Leurs réactions indignées ne se sont pas fait attendre. Comme beaucoup dʼautres, jʼai donc été atterré par cette nomination. Après tant dʼannées de prise de conscience, de rapports dont celui de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans lʼÉglise, ndlr), comment pouvait-on encore nommer un prêtre coupable, même ayant accompli sa peine, à un tel poste qui demande une « réputation intègre » ? Lʼarchevêque de Toulouse parlait de « principe de miséricorde » mais je me suis dit que nous nʼavions vraiment pas la même notion de la miséricorde. Qui doit faire miséricorde ? Je ne pense pas quʼun évêque puisse faire miséricorde sans prendre en compte les personnes victimes. Certes, ce nʼest pas simple car il faut bien veiller aussi à lʼavenir du prêtre mais il y a bien dʼautres manières de lui ouvrir un chemin de vie.

Il est rare quʼun évêque prenne la parole au sujet dʼune situation impliquant un confrère. Au nom de quoi lʼavez-vous fait ?


En écoutant et en lisant les vives réactions des fidèles, et notamment des victimes, je me suis dit quʼil me fallait réagir. Jʼai pris conseil auprès de confrères, de femmes et dʼhommes, victimes eux-mêmes ou engagés dans des associations de défense ou de « réparation ». Puis jʼai écrit à lʼarchevêque de Toulouse pour essayer de comprendre sa décision (cf. Mt 18, 15). Comme le Seigneur nous exhorte vivement à ne pas être un scandale pour un seul de ces petits (cf. Mt 18, 6), jʼai décidé, en conscience, de poster sur un réseau social un message inspiré de la lettre du pape François au peuple de Dieu, et surtout de la parole de Dieu : « Si un membre soufre, tous les membres soufrent avec lui. » (cf. 1 Co 12, 26). Mon but nʼétait pas dʼabord de critiquer un confrère mais de dire clairement que cette nomination était inacceptable et intenable. Inacceptable par les victimes de violences sexuelles. Intenable, car il ne me semble pas possible de la maintenir en lʼétat. Les vives réactions le montrent bien.

Quel rôle a joué lʼindignation de « lʼopinion publique chrétienne » dans votre décision de prendre la parole ?

En voyant les réactions à mon post, je vois bien que jʼai dit simplement tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, y compris des évêques. Mais il me semble que nous manquons dʼune instance, sorte de groupe de sages, qui puisse aller voir un confrère quand il y a un problème sérieux et grave. Notre institution est lente. Il va nous falloir, là aussi, progresser dans la manière de nous « corriger » fraternellement. Ce qui mʼinquiète le plus, cʼest que non seulement des clercs mais aussi des fidèles laïcs nʼarrivent pas à comprendre le point de vue de tous ceux et toutes celles qui ont soufert et soufrent encore de nos attitudes « en surplomb » ou sans une vraie compassion ou juste miséricorde.

https://www.lavie.fr/christianisme/la-collegialite-entre-eveques-ne-suffit-pas-mgr-giraud-denonce-la-nomination-a-toulouse-dun-pretre-condamne-pour-viol-100449.php


Le commentaire du P. Vignon

« Ce qui est en jeu, c’est la théologie de type fondamentaliste de l’archevêque de Toulouse selon laquelle il faut tout pardonner, tout de suite et sans condition. Cette idéologie d’apparence évangélique n’est pas chrétienne. Pour l’être, il conviendrait d’admettre que le pardon est un chemin spirituel qui prend du temps et d’accepter la phrase de Benoît XVI du 11 mai 2010 à Fatima : « Le pardon ne remplace pas la justice ».

Le deuxième point est la grave faute de la Section Disciplinaire du Dicastère pour la Doctrine de la Foi qui n’a pas révoqué DS de l’état clérical. D’autres considérations seraient à prendre en compte mais ce serait trop long de les exposer. A partir de là, on s’enferme dans un faux problème dont la solution ne serait que la décision de l’archevêque de Toulouse. Monsieur DS a transgressé gravement les lois de la République ainsi que le fondement du saint état du sacerdoce. Son rôle ne peut être désormais considéré que sous l’angle d’une vie d’effacement et de pénitence.

J’ajoute qu’en agissant comme il l’a fait, l’archevêque de Toulouse a manqué gravement de jugement en ne prenant pas en compte le travail de la Conférence des Evêques de France pour la sortie de la crise des abuseurs. C’est comme s’il voulait faire la morale à ses confrères : regardez comme moi je suis évangélique et combien vous ne l’êtes pas. Cette situation est fausse et ne pourra perdurer. Tôt ou tard, il lui faudra se démettre, ce qui n’est pas dans ses intentions présentement.

Il est évident que nous avons à réfléchir ensemble au reclassement des prêtres criminels mais la solution ne pourra jamais être celle défendue par l’archevêque de Toulouse. Je suis frappé du silence prolongé du Conseil permanent de l’épiscopat et de son président sur le sujet. Ce style de gouvernance selon l’aphorisme de Queuille (Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne permette de régler.) est une regrettable manifestation de cléricalisme.

Heureusement les victimes protestent et les partisans du bon sens avec eux. Cette histoire du parti de la miséricorde est un leurre tout comme une insulte à la vraie miséricorde, tout simplement parce que le pardon ne remplace pas la justice. Merci Benoît XVI ».

Père Pierre Vignon