12° D. TO A — Mt 10,26-33 — Écouter l’homélie
« Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur. Il suffit que le disciple soit comme son maître, et le serviteur, comme son Seigneur. Si les gens ont traité de Béelzéboul le maître de maison, ce sera bien pire pour ceux de sa maison » (v. 24-25). Ce sont les versets qui précèdent notre passage d’Évangile de ce dimanche. Telle est la condition du disciple envoyé : être conformé à son maître. On ne sera donc pas étonné de constater que la persécution est largement évoquée dans ce chapitre 10, avec les mentions de la mort, des inquiétudes, des craintes, des hommes persécuteurs.
La persécution, une réalité à laquelle s’attendre
Il faut regarder les versets qui précèdent le passage d’évangile d’aujourd’hui : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups… Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez conduits devant des gouverneurs à cause de moi… Vous serez détestés de tous à cause de mon nom. »
Et c’est ici que commence notre texte d’aujourd’hui. Jésus poursuit en disant : « Ne les craignez pas… ». Jésus invite les disciples à avoir l’audace de témoigner quand même. Son argument pour les encourager, c’est : la Vérité est irrésistible. Rien n’arrêtera la Révélation. « Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. » Ne vous censurez pas, soyez libres de parler. En sachant que le risque de la persécution est le prix à payer pour cette liberté.
Mais ce qu’il faut redouter, c’est le péril de l’âme
Quand Matthieu écrit son évangile, la persécution des chrétiens par les Juifs est une réalité. En disant « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps », Jésus envisage les périls corporels bien réels auxquels s’exposent les disciples. Ils risquent effectivement la mort : « Le frère livrera son frère à la mort, et le père, son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mettre à mort » (Mt 10,21).
Mais Jésus poursuit : « Craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la Géhenne l’âme aussi bien que le corps ». C’est-à-dire le Tentateur qui vous poussera à la désertion. Car le mot « PÉRIR » désigne le danger de la mort spirituelle, la rupture avec celui qui est le maître de notre destinée. Devant cette perspective de la persécution, Jésus invite à la confiance ; il nous rappelle que nous sommes sans cesse dans la main de Dieu (les moineaux et les cheveux !) et nous encourage : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. »
Jérémie, l’exemple du prophète
La première lecture nous offre en exemple Jérémie le prophète persécuté et fidèle. Jérémie a été un très grand prophète, mais c’est seulement après sa mort qu’on s’en est aperçu. De son vivant, sa parole était trop dérangeante. De 627 à 587 avant J.C., pendant quarante années, il a vu se succéder plusieurs rois à Jérusalem : mais bien peu l’ont écouté. Que lui reprochait-on ? Simplement d’avoir le courage de dire la vérité. Et la vérité n’était pas brillante : du haut en bas de l’échelle sociale, les infidélités à l’Alliance se multipliaient dans tous les domaines. Il passe sa vie à « prophétiser » sans succès.
En lisant le livre de Jérémie, on pense inévitablement à cette phrase du psaume 68/69 : « Le zèle de ta maison me dévorera » (citée plus tard à propos de Jésus par St Jean). Rien ni personne n’a pu le détourner de sa mission. Il avait la conscience d’être en mission, envoyé. Il se savait trop petit pour la tâche, et il puisait ses forces en Dieu. « Je suis avec toi pour te délivrer », lui avait-il promis, au jour de sa vocation (Jr 1,19). Enfin, il s’abandonnait à Dieu, se déchargeait sur lui : « c’est à toi que j’ai remis ma cause ».
Prions le Ps 68 avec les persécutés
« C’est pour toi que j’endure l’insulte, que la honte me couvre le visage :
je suis un étranger pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère.
L’amour de ta maison m’a perdu ; on t’insulte, et l’insulte retombe sur moi.
Et moi, je te prie, Seigneur : c’est l’heure de ta grâce ;
dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi, par ta vérité sauve-moi ».
