Demeure de la Trinité

6è D TP C — (Jn 14,23- 29)

Les paroles de Jésus ne sont pas en apesanteur. C’est pourtant l’impression que donne le lectionnaire liturgique en plaçant régulièrement l’introduction : « En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples… » Dans le passage d’évangile que nous lisons ce dimanche, Jésus répond à une question de l’un des disciples, Jude : « Seigneur, que se passe-t-il ? Est-ce à nous que tu vas te manifester, et non pas au monde ? ».

Jésus a-t-il une vision étriquée de sa mission ?

Dans ses paroles d’adieu, au soir du jeudi saint, Jésus annonce son départ (v. 12), mais il dit aux disciples qu’il ne les laissera pas orphelins : « je reviens vers vous » (v. 18). Il semble réserver cette nouvelle venue à ses disciples. La question de JUDE porte sur ce mode de manifestation choisie par Jésus. Il semble chagriné que Jésus n’envisage pas du tout une manifestation publique, visible de tous. Sans doute exprime-t-il là le fond de son attente, insatisfaite jusqu’à présent. Nous aimerions bien nous aussi que Dieu soit reconnu de tous, parce qu’il imposerait une présence incontournable. Mais ce n’est pas ainsi que Dieu veut rencontrer chacune de ses créatures. Il les rencontre dans une relation personnelle d’amour. En tant que Pasteur, il attend de ses brebis qu’elles l’écoutent, le suivent, et acceptent de recevoir de lui la Vie éternelle (cf. Jn 10,27- 28).

La relation personnelle d’amour indispensable

Revenons à la question de Jude. Juste avant, Jésus dit : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui » (14,21). Il balise le chemin d’une rencontre d’amour. De notre part, il attend que nous recevions ses commandements, ses paroles, et que nous les gardions, les mettions en pratique ; c’est vraiment la preuve que nous l’aimons1. De son côté, il assure que toute marque d’amour que nous avons pour lui attire sur nous la bienveillance du Père : « celui qui m’aime sera aimé de mon Père ». Et le Père entraîne le Fils dans cette bienveillance : « moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ». Il ne s’agit pas d’un étalage public contraignant. Ni du tapage médiatique qui entoure Jonathan Roumie, l’acteur qui joue Jésus dans la série The Chosen (à comparer avec la sérénité du pape Léon XIV apparaissant à la loggia place Saint Pierre !)

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Chez lui, nous nous ferons une demeure

Continuons avec la réponse précise de Jésus à Jude. La MANIFESTATION dont il parle, c’est cela : Jésus et le Père viendront et établiront leur demeure chez le disciple. « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour » (Jn 15,10). Au début du ch. 14, Jésus promettait qu’il allait préparer pour les siens une demeure auprès de Dieu (14,2) ; il est maintenant question que Dieu demeure en nous. C’est la caractéristique du chapitre 14 dont la première partie pourrait s’intituler : notre demeure dans la maison du Père (v. 2-14 ; et le ch. 21 de l’Apocalypse sur a Jérusalem céleste y fait écho) ; et la seconde : le Père fait sa demeure en nous (v. 15-26). Nous y trouvons la réalisation des promesses de la « nouvelle alliance » évoquées par les prophètes 2. Cette demeure de Dieu en nous prend consistance à travers l’union eucharistique : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui » (Jn 6,56). Nous devenons demeure de la Trinité, demeure du Père par le Fils dans l’Esprit. Et nous demeurons en eux.

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix

Celle qui a poussé le plus loin la métaphore de la demeure est sans doute sainte Thérèse d’Avila dans son Château intérieur (1577).L’image du château lui permet de parler de la construction de son être spirituel, ce que Saint Paul appelle l’homme intérieur. Que dit-elle ? Dieu habite le cœur de l’homme, créé à son image et à sa ressemblance, par amour et par joie. Et l’homme est appelé à vivre cette communion, vivant et rayonnant de cette paix dont Jésus parle. Cette paix est comme un feu d’amour qui nous saisit de l’intérieur.

 « Oh quelle union à désirer ! Heureuse l’âme qui l’a obtenue, elle vivra en paix en cette vie, et également dans l’autre, car aucun des événements de la terre ne l’affligera, sauf de se trouver en quelque danger de perdre Dieu, ou de voir qu’on l’offense, mais ni la maladie, ni la pauvreté, ni mille morts » (Le château intérieur, cinquièmes Demeures, chapitre III, 3).

1Autre formulation : « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples » (Jn 8,31). On retrouve cela dans la première lettre : « Celui qui dit : « Je le connais », et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection : voilà comment nous savons que nous sommes en lui » (1 Jn 2,4-5).

2Jr 31,33 : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple ». Ez 36,26 : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. Je mettrai en vous mon esprit ».