(4è D Pâques A — Jn 10,1-10)
Le chapitre 10 de Jean est proposé à notre méditation en trois parties qui couvrent les trois années A-B-C. Aujourd’hui nous en méditons la première partie (v. 1-10). Elle ne nous parle pas directement du bon pasteur, mais elle part de la constatation de la présence de pasteurs illégitimes. Ces Pharisiens présents à la rencontre finale de Jésus avec l’aveugle de naissance auquel il a précédemment rendu la vue (Jn 9,40- 41), Jésus les taxe de voleurs et de bandits. Ils sont rentrés dans l’enclos par effraction, en escaladant par un autre endroit que la porte. Ce sont des experts de l’abus de pouvoir. Cela permet à Jésus de dresser le portrait du pasteur légitime.
Il entre par la porte, c’est lui le pasteur, le berger des brebis
Le pasteur légitime rentre par la porte, il est donné par l’Église, il ne s’autoproclame pas pasteur de lui-même. Sa charge est d’être le berger des brebis, il est donné pour les brebis… Sa légitimité est reconnue d’emblée par le portier de l’enclos (10,3) comme par les brebis qui écoutent la voix de leur pasteur (10,3, puis 10,16). La légitimité du pasteur tient aussi au fait que les brebis lui sont données ; ce sont « ses brebis à lui ». Il peut ainsi appeler ses brebis parce qu’il les connaît chacune par son nom. Cette familiarité du pasteur prend visage de la connaissance réciproque et de la relation « personnalisée » qu’entretient le pasteur avec chacune de ses brebis. Celles-ci connaissent leur berger et savent reconnaître sa voix (10,4b.5b, puis 14 b), comme lui-même les connaît et appelle chacune par son nom (10,3).
# Toute personne en responsabilité pastorale, quelle qu’elle soit, est une personne donnée pour les autres. Sa responsabilité n’est pas un pouvoir, mais un service des autres.
En même temps, il est la porte des brebis
Alors qu’on s’attendrait tout naturellement à ce que Jésus reprenne le motif du pasteur pour se l’appliquer à lui-même, c’est plutôt à celui de la porte qu’il fait d’abord écho. La porte, qui était celle par laquelle passe le pasteur (10,2- 3a), devient maintenant « la porte des brebis », par laquelle doivent passer celles-ci pour avoir accès au pâturage (10,9) ; c’est-à-dire au don de la vie : « Je suis venu pour qu’elles (les brebis) aient la vie » (Jn 10, 10b). Le pasteur en tant que porte des brebis a une double fonction « vitale » :
– d’une part, l’entretien de la vie de ses brebis qu’il fait sortir, qu’il conduit au pâturage (10,9) et dont il veille ainsi à la subsistance ;
– d’autre part, le maintien de cette vie en lui assurant protection et sécurité, à l’encontre de ce qui la menace du côté des étrangers (10,5), des voleurs (10,10), des bandits (10,8), ou des loups qui égorgent (10,10.12).
# C’est une représentation pertinente pour toute personne qui a reçu une responsabilité pastorale. Cette fonction vitale doit être source de liberté pour tous.
L’amour des brebis
Le pastorat légitime parce que donné et reçu, un pastorat familier source de communion, un pastorat vitalisant et source de liberté, un pastorat orienté vers une perspective de vie éternelle… Quel portrait ! Ainsi, Jésus éclaire la mission pastorale, la définissant comme l’humilité d’entrer par la porte de l’enclos, et le dépouillement permettant de se faire porte soi-même. Le pape Léon XIV, lors de sa première homélie de messe chrismale soulignait : « Nous savons qu’au cours de l’histoire, la mission a souvent été dénaturée par des logiques de domination, tout à fait étrangères à la voie de Jésus-Christ. (…) Ni dans le domaine pastoral, ni dans le domaine social et politique, le bien ne peut découler de l’abus de pouvoir. Les grands missionnaires sont les témoins d’approches discrètes, dont la méthode repose sur le partage de la vie, le service désintéressé, le renoncement à toute stratégie calculatrice, le dialogue et le respect (…) L’amour n’est véritable que s’il est désarmé. Il n’a besoin que de peu de choses, d’aucune ostentation. Il préserve délicatement la faiblesse et la nudité ».
« En cette heure sombre de l’histoire, il a plu à Dieu de nous envoyer répandre le parfum du Christ là où règne l’odeur de la mort. Renouvelons notre « oui » à cette mission qui exige de nous l’unité et qui apporte la paix. Oui, nous sommes là ! Surmontons le sentiment d’impuissance et de peur ! Nous annonçons ta mort, Seigneur, nous proclamons ta résurrection, dans l’attente de ta venue » (Léon XIV, jeudi saint, messe chrismale, 2 avril 2026)
